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27.02.2007

De l’irrationnel décisionnel

Les habitants de Guangzhou, dans la province chinoise méridionale du Guangdong, ont acheté 8 tonnes d'or pendant les 2 dernières semaines. C'est l'augmentation des prix sur le marché international qui motive les acheteurs. Les consommateurs chinois achètent aussi le précieux métal en prévision d'un éventuel boom des mariages et des naissances pendant l'année du cochon. Selon l'horoscope chinois, l'année du cochon est propice aux mariages et aux bébés.

Qui a posé comme hypothèse que l’acteur économique était un acteur rationnel ?

Voilà un des faits qui m’a le plus frappé d’une part pour ma première expérience professionnelle, et d’autre part du fait qu’elle soit en Chine. Combien de décisions sont prises sur un préjugé, un apriori, une croyance populaire, et surtout combien ne le sont pas suivant une analyse rationnelle des faits !
A commencer par le recrutement. Au Japon, on utilise l’horoscope pour sélectionner des candidats. A quand le tarot ? Et le test que l’on m’a fait avant d’être accepté en expatriation, est-il bien rationnel ? Essayer de nous mettre dans des cases comme les ressources humaines ont parfois la prétention de le faire lorsqu’on m’a dit que j’étais dans la case : organisateur-entrepreneur relève pour moi du même bon sens que celui de me dire que je suis valet de cœur ou gémeau ascendant souris de feu. Mais l’exercice du recrutement est un exercice difficile j’en conviens, heureusement encore que la majorité des embauches se fait sur le marché parallèle par son réseau ou ses connaissances.

L’année prochaine est l’année de la souris, mon année puisque je suis né en 1984 selon l’horoscope chinois et ceci n’arrive que tous les 12 ans. Ce sera alors le moment pour moi de porter du rouge selon la tradition chinoise car si je ne le fais pas, ce sera une année de mauvaise fortune pour moi. Et puis je ne pourrai pas prévoir une grande réunion avec déplacements des interlocuteurs le 4 Avril, car en chinois, on prononce cette date Si-Si, ce qui veut dire : double mort. D’ailleurs, il n’y a pas d’étages 4-14 ou 24 dans mon immeuble. Par contre, je serai heureux de constater que les jeux olympiques débuteront le 8 Aout (8ème mois) à 8 heures dans l’année 2008. Quand on sait que 8 se prononce Ba, et veut dire bonheur, félicité…

medium_HK_fengshui.2.jpgJe passe l’influence du feng shui sur la construction des buildings, notamment à HK. Sachez qu’il faut que mer et montagne soit en harmonie, que les mauvais esprits doivent être écartés et ceci a une conséquence visible sur l’architecture des tours HSBC ou Bank of China par exemple.

Dans une moindre mesure, même en France, combien d’a priori nourrissent les incompréhensions. Ma première semaine de jeune stagiaire, on a vite fait de me faire le procès trop facile de quelqu’un de trop théorique et prétentieux car je venais d’une grande Ecole. Je n’avais pas encore eu le temps d’ouvrir la bouche. A contrario, on m’a parfois imaginé comme un surnaturel car je parle chinois et que sur mon CV est écrit que le jury m’a félicité lors de la grande messe du baccalauréat… mais parfois on a besoin de sentir qu’il y a du fantastique, de la limite entre rationnel et irrationnel, entre inné et acquis, entre instinct et désir chez l’autre.

Maintenant, la question est, et elle se pose en des termes encore plus vrais en Chine, que fait-on de l’irruption de l’irrationnel dans les décisions économiques ou micro-économique au niveau de l’entreprise ? Va-t-on se transformer en fervent défenseur de la Raison, au risque de faire la double erreur d’Auguste Comte qui a transformé la valeur Raison en valeur religieuse, et l’erreur de penser que la civilisation chinoise s’est construite avec les mêmes référents socratiques et didactiques ? Non, je ne crois que ce serait la bonne réaction à avoir. Alors, je ne planifierai pas de réunion le 4 Avril, et je porterai du rouge l’année prochaine, j’abonderai dans le sens de mon boss chinois lorsqu’il critiquera les japonais et j’essaierai de démystifier les lignes de mon CV en montrant que je ne suis ni Rainman, ni Superman.

Parce qu’il faut parfois savoir émotion garder et que l’on peut être superficiel par profondeur.

25.02.2007

Taiwan, Chine, je te hais, moi non plus.

J’ai passé la semaine de la fête du printemps avec des amis venus de Taiwan, qui n’ont pas pu malheureusement profiter des charters entre Taipeh et Shanghai ou Beijing et qui ont du faire le passage par Honk-kong pour arriver en Chine mainland.

La Chine et Taiwan, c’est une histoire de haine compliquée et difficile à résumer. J’essaye d’en esquisser quelques traits caractéristiques d’après mon expérience et les rencontres que j’ai pu faire. Comme souvent en Chine, les ambiguïtés et paradoxes vont bon train.

Il y de l’admiration du côté de Taiwan, ou République de Chine envers la République Populaire de Chine. Après tout, ce sont les mêmes racines et mes amis taïwanais ont adoré visiter le sacro saint de la culture chinoise, TianAnMen, le temple du ciel, la grande muraille, etc.

medium_newtaiwan_256sq.gifIl y a aussi de l’admiration du côté de la RPC envers Taiwan, surtout parmi la jeune génération. Les stars à la télévision sont souvent taiwanaises, l’influence de cette petite île de 20 millions d’habitants sur la région est incroyablement grande du point de vue culturel mais pas seulement. Ils sont des millions à avoir investi en Chine mainland, les taiwanais afin de profiter d’un marché immensément plus grand. La colonie des taiwanais à Shanghai est quelque chose de visible et leur influence est d’autant plus grande que tout comme les chinois, ils profitent encore plus d’un réseau puissant.

Mais les incompréhensions demeurent, les chinois deviennent d’un coup très orgueilleux lorsqu’il s’agit de parler de leur île séparatiste. Après tout des milliers de missiles sont pointés sur Taipeh au cas où l’indépendance serait proclamée. Pas très rassurant tout ça…

Comme souvent de la part des autres pays périphériques de la Chine, les taïwanais prennent un peu de haut les chinois encore un peu trop rustres, pas assez dans le coup, pas assez cultivés ou ouverts d’esprit. Ils sont aussi très fiers d’affirmer que leur île est bien différente de l’immense pays qui réclame la charge du gouvernement de Taipeh. Après tout, ce comportement des habitants insulaires, nous le connaissons bien du côté européen. Maintenant, dire que les taiwanais sont les anglais de l’Asie, je n’irai pas jusque là…le Japon est là pour jouer ce rôle.

Historiquement l’île est chinoise de par 4 faits historiques :

L’île fait partie de l’empire mandchou dès 1683.
Taiwan a le statut de province de la Chine dès 1885.
Taiwan a été rétrocédé par le Japon en 1945.
La reconnaissance, notamment après les déclarations du Caire et de Postdam que Taiwan est bien une province de la grande Chine.

Et pourtant…

Cette île a bien des caractéristiques intéressantes, tour à tour portugaise, mademoiselle Formose se découvrit néerlandaise puis mandchoue pour devenir japonaise après la guerre sino japonaise fin du 19ème siècle. Elle redeviendra ensuite chinoise, japonaise puis…chinoise ou indépendante ?

Dans tous les cas, son influence est grande sur la région Asie Pacifique et fait l’objet de la convoitise de Pékin mais une majorité de la population verrait mal un troisième Honk-Kong, Macau s’appliquait pour leur pays. L’influence américaine et japonaise est aussi très grande à Taiwan, les gens sont généralement plus ouverts d’esprit, parlent plusieurs langues, dont le mandarin en majorité pour la jeune génération. L’anglais, le japonais, et le langage local sont aussi parlés. Je vois mal Beijing traiter des affaires locales insulaires comme ils aimeraient le faire, mais les chinois n’ayant pas la même façon de penser l’histoire, et ayant cette incroyable capacité à se transformer en pragmatique féroce sur le terrain et à nourrir le paradoxe au nom de l’harmonie, je ne m’étonnerai de rien sur le futur retour dans le giron national de la belle île.

23.02.2007

Lenovo, une fusion hardie

Alors bien sûr William Amelio, actuel président de Lenovo, parle moins bien mandarin que son fils de 6 ans mais lui aussi croit que le cross-cultural thinking va pouvoir transformer Lenovo en grande marque sur le marché global.

Un extrait de l’article de The Economist :

medium_xin_041201081128816129515.jpg“The Chinese part of the firm, beset by deeply hierarchical and deferential behaviour, needs to get people to talk more openly to each other even if that means confronting a superior. An “Executives Expressions” course helps Chinese managers learn how to put their message across and oppose their colleagues. The importance of straight talk in meetings, not afterwards, is constantly emphasised to all workers.”

Ceci ne sera pas de trop si Lenovo veut atteindre ses objectifs stratégiques :
Imposer son modèle de vente chinois au reste du monde. En Chine, avec 36% du marché, c’est largement le leader mais à l’étranger les ventes se concentrent sur les gros business ou les gouvernements.
Ensuite, faire de son business hors chine un business compétitif ainsi que d’améliorer sa supply-chain où la marge de manœuvre est grande. 95% de livraison sous huit jours en Chine contre 40% hors Chine. Enfin dernier objectif, celui de construire une marque globale crédible avant 2010 où le nom IBM ne sera plus utilisé.
Serez vous prêt à acheter un PC chinois d'ici quelques années ?

21.02.2007

Ressources humaines mon amour...

Que ce soit les multinationales installées en Chine ou les entreprises chinoises aux dents longues, que ce soit les américaines, les petites françaises, ou les grands chinois des télécommunications ou de l’énergie, tous vous le diront : les ressources humaines constituent un secteur hyper sensible dans ce pays.

J’attends de voir au retour des vacances d’hiver pour constater les changements de têtes. En effet une prime est accordée à chaque employé lors du Chunjie, et donc le turnover se fait plutôt en retour des vacances.

Les conciliabules dans les services de mon entreprise autour d’un employé qui s’était absenté 2 ou 3 heures. « Alors, alors ? Comment ça s’est passé ? » se sont multipliés ces dernières semaines. De turnover parlons en, il est en moyenne de 20 à 30 % annuel, ce qui incroyablement élevé par rapport aux pays européens et ce qui pose des problèmes de transmission de savoirs extrêmement durs à résoudre. Il faut alors encore appeler à grands frais quelques expatriés techniques qui, eux n’ont pas bougé depuis des dizaines d’années dans leur entreprise d’origine.

J’ai deux remarques à faire à ce sujet d’après mon expérience et des échanges que j’ai pu avoir avec les chinois sur place :

medium_garepekin.jpgTout d’abord, mêmes les programmes de fidélisation ne fonctionnent pas, que ce soit chez nos concurrents ou chez nous, nous avons tous construits des systèmes de primes, de contrats à longue durée, etc. mais le problème est que le chinois ne faisant pas confiance à l’employeur préférera aller voir ailleurs au risque de choisir la voie bénéficiaire à court terme mais pas forcément intéressante sur le long terme. Les choses vont tellement vite ici, que les perspectives sont pourtant intéressantes pour les chinois qui sont un peu patient et restent quelques années dans la même entreprise. Mais le nerf de la guerre économique sera toujours l’argent. Si l’employé trouve même 500 RMB (50 euros) de plus ailleurs, il choisira la solution à quelques dollars de plus...
Autre remarque, le modèle de management, très peu participatif, très à la chinoise avec un respect presque divinatoire du boss, ne favorise pas l’épanouissement au sein de l’entreprise en ce qui concerne la prise de responsabilité ou la créativité. Pas étonnant de constater que les chinois sont les meilleurs au monde en production où ce modèle d’entreprise est viable, mais encore à la traîne pour la RetD ou les services où la créativité est encore l’affaire de gens adoptant un autre modèle.

Le « supply paradox » comme le présente McKinsey dans une récente étude est que le nombre de chinois diplômé est de plus en plus important sans pour autant que les entreprises ne trouvent satisfaction notamment en ce qui concerne des postes de middle management comme le montrait une conférence donnée par la chambre de commerce américaine.
Des universités plus à l’écoute des attentes des entreprises est un des thèmes qui reviennent le plus souvent. J’ai pu le constater l’année dernière en constatant que le programme proposé par la prestigieuse TsingHua University était considérablement universitaire : c’est de la recherche que l’on me proposait ! J’ai donc choisi cette expérience en entreprise et mes collègues français de Tsinghua se ruent aussi sur les stages proposés par les entreprises pour accroître leur attractivité.

Pensez qu’il y a dans ce pays 1,6 millions de jeunes ingénieurs, plus que partout ailleurs dans le monde ! Mais que l’on estime les ingénieurs capable de s’intégrer dans la value chain à seulement 160 000. Ce qui s’approche d’un pool comparable à un pays comme le Royaume-Uni. Lorsque je vois le peu de stagiaires dans mon entreprise ou ce qu’ils en font, ou le nombre de travaux en team pour arriver à trouver des solutions pratiques dans les universités chinoises, je ne suis pas du tout étonné. Le niveau d’anglais est aussi une des barrières à l’emploi considérable. Moi qui voulais progresser en chinois, je suis servi ici. Mais me direz-vous, le niveau d’anglais des français…

19.02.2007

Beijing, Washington, Bruxelles…

Beijing, le 19 février


La Chine se construit contre.
Les Etats-Unis sont devenus les numéro 1 en fournissant ressources humaines et matérielles aux européens lors des deux premières guerres mondiales mais ne se sont pas construit contre l’Europe mais grâce aux capitaux européens et profite toujours de l’immigration positive venue du monde entier. medium_chinamilitary.jpgAlors que peut-être pour la première fois de l’histoire les américains vont sortir déficitaire d’une guerre, en l’occurrence la guerre d’Irak, le déficit commercial se creuse entre américains et chinois mais on ne peut pas comparer les deux situations. L’Amérique n’est pas en faillite et la Chine ne se pose pas en sauveur des américains dans cette guerre. La Chine va plutôt se construire contre avec l’éclatante possibilité de battre enfin les américains à Pékin en 2008. Ces jeux là seront les plus politisés depuis Berlin 36.

Je suis français, européen. Je vois un jeu à 3 voire 4 dans les années à venir entre américains, chinois, européens et en périphérie japonais. Tout d’abord, comme dit McGregor, il est temps pour les américains de « shut up ». Même si l’Amérique exerce toujours une si grande fascination, plus les chinois sont cultivés et ont même étudié aux EU, plus ils sont critiques sur le désir d’hégémonie du peuple américain. Il est temps de laisser donc aux chinois le soin de gérer leur budget militaire qui est ridiculement petit par rapport à celui des américains si l’on rapporte à la population.

Lors d’un diner avec des jeunes entrepreneurs chinois, le grand Henry Kissinger posa cette question : « maintenant que le développement de la Chine est en passe d’être acquis, n’est-il pas temps de penser à la modernisation démocratique de votre pays ? » La réaction fut on ne peut plus circonspecte, un chinois répondant : voulez vous détruire tout ce que nous avons construit ces 25 dernières années ?

MuLin, AnLin, FuLin voilà le slogan des chinois dans leurs rapports avec leurs voisins, ce qui se traduit par soyez amicaux, faite naître le sentiment de sécurité, et rendez les heureux. Et ça marche, un sondage de la BBC sur un groupe de 23 000 personnes de 22 pays montrait que 48% des personnes interrogées pensaient que la Chine avait une influence positive sur le monde, soit 10 points de plus que les EU.

Quel rôle peut jouer l’Europe face à la montée de la méfiance des chinois envers les américains et à la haine respective entre japonais et chinois ?
A nous de jouer en équipe, pour une fois, je le vois tous les jours que nous français avons une meilleure image que les américains, que les espagnols sont réputés chaleureux, les italiens classe, les allemands très fort technologiquement et les anglais ont Beckham. Je vois un de mes collègues chinois travaillant à la mission économique européenne de Chengdu nouvellement ouverte très enthousiaste en voyant arriver les investisseurs européens. J’espère sincèrement que nous arriverons à nous unir car nous n’avons absolument rien à envier aux américains à tous les plans.

Marquons l’essai économique, et nous pourrons ensuite essayer de transformer l’essai en construisant la nouvelle société européenne, société de connaissance, de services et de hautes technologies.

17.02.2007

Beijing se réveillera en pétards

medium_newyear.jpgC’est dans une ambiance de Pékin sous les bombes que j’écris cette note. En effet depuis quelques jours, c’est comme une ambiance de joyeuse et bruyante pétarditude pour paraphraser une grande spécialiste de la chine qui s’installe sur la capitale. Je n’ai de cesse de croiser des familles au grand complet à 3 voire 4 générations réunies pour célébrer le passage à l’année du Cochon d’Or ce soir à minuit.

Caractéristiques de cette fête si chère au cœur des chinois :
C’est une ambiance détendue au travail depuis quelques jours voire quelques semaines.
C’est la plus grande transhumance humaine traditionnelle humaine sur la planète, les bus sont bondés, les trains pris d’assaut, les avions ont du mal à décoller. Les étudiants rentrent dans leur province d’origine, les employés de bureau s’excitent à trouver leur billet d’avion ou de train, même les travailleurs migrants sont de relâche, et mon centre de fitness est fermé. C’est vous dire…
C’est donc l’occasion de se retrouver en famille élargie, cousins, oncles et tantes y compris pour pouvoir comparer la performance de chaque enfant lors d’immenses repas. medium_chunjia.jpgAucune question n’est indiscrète à cette occasion, tout est permis, la vie privée étant une notion perçue différemment dans l’empire du milieu.
C’est aussi l’occasion de manger les JiaoZi, les raviolis chinois, les NianGao, les yuanxiao et autres xiangchang et de regarder le grand show télévisuel sur la CCTV.
Mais en 2007, ce sont aussi des nouveautés pour ce nouvel an : les premiers vols charters entre Shanghai et Taipeh qui témoigneraient d’un début de réchauffement des relations entre taiwan et la mère patrie ?
En tout cas mon ami taiwanais a bien du prendre le vol par Honk Kong pour venir me rejoindre lundi prochain…

Bonne année à tout mes amis chinois, que cette nouvelle année vous apporte chance et prospérité !

medium_Bianpao.2.jpg

14.02.2007

Ce que j’ai appris ici…

Ne parlez plus de QI, ni de QE, parlez de QC.

有福同享,有难同当. YouFuTongXiang , YouNanTongDang.
Deux ChengYu pour le prix d’un, celui-ci pourrait se traduire par : Pour acquérir le respect et la reconnaissance de son prochain, il faut passer ensemble par des moments de joie et des moments de peine. Il faut partager de l’affect avec lui.
Je ne sais pas si ma première expérience professionnelle sera parfaitement réussie. J'espère qu’au point de vue des résultats, on n’aura pas grand-chose à me reprocher mais ce à quoi j’attache le plus d’importance, c’est le respect que j’essaye de témoigner au quotidien envers mes collègues chinois. J’ai à travailler avec beaucoup de services pour conduire des chantiers d’amélioration et de mise en place de procédures, donc à travailler avec beaucoup de chinois.

Je crois que dans les années à venir, on ne pourra plus venir ici en Chine sans parler la langue, sans s’être au moins imprégné au préalable de la culture et de la façon de pensée à la chinoise. Je crois que le mandarin peut devenir langue de business. medium_QC.jpgJe crois aux équipes multiculturelles si et seulement si le chinois et l’étranger sont sur un pied d’égalité. Chinois, émancipez vous. Français, respectez et écoutez plus. Un management qui n’est pas multiculturel est un management démembré. On ne peut avancer ensemble, aux incompréhensions se succèdent les préjugés. Encore faut-il trouver les ressources humaines idoines.
Nos systèmes de sélection dans les établissements supérieurs sont censés faire sortir des gens aux QI satisfaisants, dans les entreprises, le QE va prendre une part encore plus importante pour sélectionner des managers pouvant faire la part entre empathie et fermeté. Je crois au QC, quotient culturel, nouvel aspect sélectif pour les managers à l’international.

12.02.2007

Du traité de l’éthique à la chinoise



伦理, LunLi, voilà ce que me renvoient les dictionnaires dont je dispose lorsque je demande de traduire « ethics » en anglais ou « éthique » en français. Pourtant, cette traduction ne me satisfait que moyennement puisque lorsque je la place dans mes rapports audits fournisseurs et que je le soumet à mes collègues ou partenaires chinois, ils ne comprennent pas très bien où je veux en venir par ce LunLi. En effet LunLi va plus renvoyer à ce que Freud appellerait la conscience sociale, le sur-moi qui régit les savoir-êtres de la société chinoise. Il serait aberrant de sous-estimer la puissance de ce regard collectif sur l’individu mais il est vrai que le sens du LunLi s’apparente plus à de la morale collective qu’à une éthique source de l’introspection individuelle.
J’ai déjà pu constater le caractère outrageusement « judgemental » des chinois notamment en entreprise. Les gens parlent, ne le montrent pas, jamais en face bien évidemment et ils ont vite fait de vous classer dans la catégorie des HuaHua GongZi (花花公子) que l’on peut traduire par playboy (tiens connotation positive chez nous…) et qui désigne quelqu’un qui ne sera pas digne de confiance. Lorsque l’on sait que la confiance est le ciment des relations de business dans ce pays, être classé de HuaHuaGongZi est bien un adjectif résolument péjoratif.
Même si mon nom chinois est un peu trop sérieux par rapport à mon âge, j’ai bien fait attention à choisir un nom qui, outre rappelant la sonorité de mon nom français a pour signification : « celui qui ira jusqu’au bout de ses engagements ». Je consacrerai une rubrique sur le choix des noms propres en Chine, c’est terriblement important.

J’en reviens sur la conception de l’éthique en Chine qui serait plus de la morale sociale qu’autre chose et donc assujetti à l’éducation.
Une précision à ce stade là de ma note dans la catégorie vie en entreprise, je traite ici de l’éthique au sens d’éthique des entreprises et des individus. J’ai pu constater ces derniers mois qu’il devenait urgent que je réfléchisse sur ces sujets là d’après ce que je vois au quotidien.

Il est vrai qu’il serait absurde de penser que des termes qui viennent du latin pour morale et du grec pour éthique serait applicable de ce côté ci de la planète. On reconnaîtra aisément dans la distinction entre visée de la vie bonne et obéissance aux normes l'opposition entre deux héritages : l'héritage aristotélicien, où l'éthique est caractérisée par sa perspective téléologique (de telos, signifiant « fin ») ; et un héritage kantien, où la morale est définie par le caractère d'obligation de la norme, donc par un point de vue déontologique (déontologique signifiant précisément « devoir »).

Peut-on toutefois catégorisé la perception de l’éthique en Chine dans la famille de la morale au sens Kantien du terme ?
Je ne le pense pas, je pense qu’il faut là encore penser différemment lorsqu’il s’agit de penser la philosophie chinoise. C’est ce qui m’a troublé à mes 17 ans lorsque j’ai découvert Confucius alors que j’étais pétri des pensées des Lumières, de Kant puis de Nietzsche. Il faut penser différemment.

Ici le terme clé est l’harmonie :
L’harmonie est pièce maîtresse de cette éthique. Lorsque Confucius dit : l’harmonie prime en tout, c’est dans les relations à toutes les échelles que je constate la résonance de ses paroles si simples.

A QingDao, une japonaise à nationalité américaine me disait : vous les étrangers, je pense que vous ne comprenez pas que la japonaise est très heureuse de suivre les choix de son mari. De choisir si elle veut le suivre certes, mais toujours de suivre et de témoigner un immense respect de la décision qu’il a prise. Il y aussi du confucianisme dans l’incroyable respect du chef dans mon entreprise. Absolument 100% des décisions, y compris les plus bénignes comme le choix de mon appartement attendra sa signature. Mon caractère parfois un peu rebelle a du mal à l’accepter.

门当户对 MenDang HuDui désigne la situation typique où un couple aura de part leurs familles respectives la même culture, la même situation financière et position sociale et pourra ainsi emprunter le terme d’harmonie pour désigner le couple.
Chez nous, ce sera plutôt Capulet et Montaigu, les contraires s’attirent.

Je pourrais par la force du verbe, balayer en un instant toute conscience éthique chez le chinois notamment d’après ce que j’ai vu de la conduite du business ici et de l’éthique des acheteurs par exemple mais je reste optimiste par volonté comme à mon habitude.
L’éthique chinoise tend vers l’harmonie théorique mais se meut en sagesse pratique au quotidien.
On ne recherchera pas le conflit direct, on évitera de prendre trop de risques, on cultivera la stratégie à la SunZi (j’y reviendrai, c’est un des auteurs clés de la pensée chinoise), on privilégiera l’accord moral plutôt que le contrat écrit.

Je me pose la question suivante, après la visite de Ségolène Royal qui évidemment n’a jamais du mettre le nez dans un bouquin de SunZi ou KongZi (confucius) avant de parler des droits de l’homme en Chine. Faut-il avoir cette attitude d’éducateur envers ce peuple ? Peut-on leur apprendre la valeur des droits de l’homme et on va imposer notre vision de l’humain, champion de la vertu que nous sommes, nous français ? Je ne le pense pas. Soyons plus stratégique que le stratège lui-même. Adaptons plutôt ce genre de discours : vous, chinois savez très bien que le stade ultime de développement passera par une considération plus éthique de la société, je pense aux droits de l’homme mais aussi aux problèmes de corruption et plus de liberté démocratique. Nous, français, européens, avons un modèle de droit et un modèle social qui ne sera pas applicable à votre société certes mais par votre force d’appropriation, ne pourriez vous pas vous en inspirez ? Soyons plus fin, ne passons pas pour des donneurs de leçons. C’est inefficace et de toute façon, le chinois n’écoutera pas ou acquiescera « confuciusénement » sans aucun suivi derrière.

10.02.2007

Un ChunJie si puissant...

Le moteur du talent est la vanité, le moteur du génie est l’orgueil. La vanité mendie l’approbation d’autrui, l’orgueil se nourrit de ses propres certitudes.
Il n’y a rien de vanité dans la culture chinoise actuelle, mais il y a de l’orgueil. Ce peuple est immense de puissance, fier de ses racines et conscient qu’ils sont en train de bouleverser le monde.

medium_NianHui1.JPGUne salle immense, une centaine de tables pour 700 convives (tiens une entreprise, ça fait vivre des gens quand même !), une atmosphère enfin détendue et résolument à la fête. La scène se déroule à ChangPing, banlieue nord de Pékin et constitue la fête traditionnelle en entreprise marquant le nouvel an chinois.

C’est alors que je découvre que mes chers collègues sont formidables de volonté et d’abnégation lorsqu’il a fallu organiser cette fête. Des danseuses ouvrières, des animateurs employés qui ont tout l’air de professionnel, animations visuelles, tombola géante, un discours du chef avec présentation PPT sur écran géant, des danses traditionnelles, du théâtre traditionnel ou moderne, des jeux….bref toute la panoplie du parfait réveillon de la fête du printemps sur CCTV.

medium_Nianhui2.JPGJ’avais déjà constaté les années précédentes en France cette fois ci toute l’importance que revêtait cette communion lors des célébrations du ChunJie mais le vivre de l’intérieur, de plus à Pékin, c’est extraordinaire.
Ils m’ont impressionné, et je suis fier d’avoir choisi la Chine comme terre de prédilection. Quelle puissance dans la façon de préparer, d’organiser, de mettre du bonheur et des sourires sur des vies qui sont parfois un peu trop moroses !
Quel respect des cultures traditionnelles, terreau de l’unité chinoise !
Et enfin quel étonnement ai-je eu de constater que mes collègues timides pouvaient se transformer en bête de scène du jour au lendemain !

Alors bien sûr, les discours sont mielleux et sans trop grand fond (bien m’en a pris d’avoir appris le chinois vu la mine de mon voisin français), les musiques ne sont peut-être pas du plus fashionable Shanghai mais ce show, à la mesure de ma petite filiale chinoise m’a impressionné.

Que seront-ils capables de faire en 2008 ? J’ose à peine le penser.
medium_NianHui3.JPG

05.02.2007

Les FuWa : 福娃

Voilà qui ferait presque sourire, mais j’ai pu constater qu’à la CCTV on pouvait passer presque 30 minutes de reportage sur l’état de la contrefaction des FuWa, comprenez les mascottes olympiques pour Pékin 2008. Pourquoi je souris, parce que je n’ai qu’à faire 30 min. de taxi pour aller m’acheter toute la panoplie du parfait touriste habillé contrefait : sac Vuitton, chaussures Prada et chemises Ralph Loren.
Lorsque la Chine est attaquée sur ses propres marques sur ce sujet, la propagande n’est pas loin pour lutter contre ce fléau.
Petite présentation toutefois des 5 mignonnes créatures :
medium_Fuwa.jpgBeiBei, JingJing, HuanHuan, YingYing, NiNi respectivement le poisson, le panda, la torche olympique, l’antilope du Tibet et l’hirondelle. Lorsque vous prenez ensemble la première syllabe de chaque nom, on arrive à construire cette phrase : BeiJing Huanying Ni(n), ce qui donne en français : bienvenue à Pékin. Encore illustration de la symbolique de l’harmonie des chinois : les 5 éléments sont représentés, l’eau, la forêt, le feu, la terre et l’air et renvoient des messages de prospérité, de bonheur, de passion, de bonne santé et de chance.

Depuis les mascottes n’ont eu de cesse de prendre différentes formes : T-shirt, tasses, assiettes, serviettes, stylo, théières… à des prix incroyablement élevés. On se les arrache dans les rues de Wangfujing.
Selon le department marketing du BOCOG (Beijing Organizing Committee for the Games of the XXXIX Olympiad), plus de 6 000 produits vont être développés portent le logo Beijing 2008 d’ici le lancement de l’olympiade et vendus dans plus de 7000 points de vente en Chine. Les prix sont élevés, 50 dollars pour les 5 mascottes mais les clients sont là spécialement pendant les week-ends et les vacances. Le Spring Festival arrivant, de nouveaux produits sont lancés pour l’occasion. Juste en 2006, sur un point de vente à wangfujing, les ventes ont atteint plus de 5millions de dollars en 6 mois.

3 types d’offres ont été lancé pour les entreprises : devenir sponsor, fournisseur ou partenaire. Les grandes entreprises nationales se sont ruées, comme Tsingtao ou Yanjing Beer, Haier, Sohu mais aussi les multinationales : McDonalds, GE, Coca-Cola, Samsung, Visa et surtout Adidas qui espère par la même occasion prendre le meilleur sur son éternel concurrent Nike. Herbert Hainer espère ainsi son objectif d’atteindre le milliard d’euro de CA d’ici 2010 sur ce marché chinois. L’enjeu est de taille, si Adidas atteint ses objectifs, il sera numéro 1 au monde. Tout simplement.

Comme quoi la Chine et son marché où les chiffres sont vertigineux, est en totale adéquation avec la devise olympique : Citius, Altius, Fortius (faster, higher, stronger). Toujours plus rapide dans son développement, toujours plus haut dans les chiffres et toujours plus fort dans l’impact sur le consommateur mondial.

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