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29.06.2007
Choc impressioniste des civilisations 2

Chine, pays qui s’écrit au pluriel, se conjugue au futur et n’a pas de grammaire à proprement parler.
Chine, pays où l’on devient l’autre, le différent, le sujet de conversation et l’objectif des regards.
Chine, pays où la bridée se débride, et où le ridé est respecté.
Fête du printemps (jour de l’an chinois) : rapport annuel à faire devant ses parents sur l’année écoulée, au programme mariage, travail, biens matériels. Tout est passé en revue.
Fête du travail : sorte d’hérésie qui a perdue de son sens premier où la cité interdite est prise d’assaut par 300 000 touristes chinois par jour.
Fête de la mi-automne : un Thanksgiving sans la dinde mais avec des gâteaux de Lune.
Parti Communiste : Club où il fait bon être privilégié.
NBA: I love this game. La première phrase en anglais acquise par l’adolescent chinois moyen.
CCTV : chaînes de télévision, un des seuls endroits en Chine où les gens parlent un mandarin standard.
Banane : les chinois à culture occidentale ou les étrangers d’origine chinoise. La peau jaune et le cœur blanc.
Hawllow (hello avec accent chinois) : borborygme utilisé pour vous apostropher dans la rue si vous avez une tête d’étranger souvent pour impressionner quelques membres du sexe opposé aux alentours ou les petits copains. A répondre par un très agressif : GanMe ! qui pourrait se traduire par : qu’est ce qui sa passe par là ? ou version班门弄斧BanMenNongFu pour les lettrés, un petit chengyu pour les replacer à leur juste valeur.
MingGong : les nouveaux héros du 21ème siècle. Désigne les travailleurs migrants dans les grandes villes.
JO 2008 : le moment où « on va enfin battre les américains »
Les pays étrangers vu par le chauffeur de taxi:
Comme tout bon étranger, le premier contact avec la population se fait par les conducteurs de taxi à l’accent impitoyable.
France : sorte de pays loin là bas en Europe. Patrie de Zidane ou de Platini suivant la génération du conducteur de taxi. Romantique (comprenez coquin). De Gaulle. N’aime pas les américains.
Japon : méchant.
Inde : bons films.
Canada : patrie de DaShan, ouvertement détesté de la communauté des étrangers qui parlent chinois, son mandarin est beaucoup trop parfait…
Etats-Unis : gros méchant. Variante: ABA, American Born Chinese. Des prophètes en leurs pays.
12:20 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Chine, culture, expatrié, anecdote
27.06.2007
Aux frontières de l’éthique
Voici deux histoires qui résonnent comme un écho aux tribulations du géant laitier au pays du lait de soja, j’ai bien entendu nommé Danone vs Wahaha.
En novembre 2000, une autre multinationale, américaine celle là, Proctor & Gamble, annule tous ses contrats avec deux de ses plus grands fournisseurs en Chine, Dalian Dafu Plastic and Colour Printing Co. et Zhongshan Dafu Plastic Packaging, après avoir découvert que des shampoings et des détergents griffés de la marque P&G étaient vendus sans apparaître dans les comptes de P&G. Après étude, l’américain s’est rendu compte que c’était près de 15 à 20% de son chiffre d’affaire en Chine qui était perdu à cause des contrefaçons. En 2000, si vous achetiez un shampoing sous cette marque, vous aviez une chance sur cinq qu’il soit contrefait.
De longues procédures judiciaires s’en sont alors ensuivies avec très peu de résultats car P&G perd tous ses procès auprès des autorités officielles, des agences de protection de propriété intellectuelle et même des cours judiciaires locales. Dans certains cas, les autorités locales détiennent des intérêts dans les marchés de distributions des produits contrefaits… Finalement, P&G n’a remporté que deux de ces innombrables procès et les accusés s’en sont sortis avec des peines dérisoires.
Dans le même temps, de nombreuses histoires existent contant l’incroyable générosité de certains managers asiatiques envers leurs partenaires commerciaux, profitant de relations de confiance, stables et sur le long terme s’approchant même de liens que l’on peut tisser à l’intérieur d’une même grande famille. La compagnie Wuthelam de Singapour fait partie de ces success story asiatique. En effet, le fonds d’investissement Wuthelam opère comme un traditionnel chinois d’outremer et connait de très grands succès à utiliser un style chinois de management et de prises de décisions. Parmi ses succès, Wuthelam compte l’entreprise Nippon Paints, le leadeur asiatique qui a mené avec succès la construction de sa marque en dehors de son pays d’origine, le Japon. Néanmoins, dans les années 90, les top managers de Wuthelam décident d’implémenter des procédures plus claires et précises, plus professionnelles. Ils découvrent toutefois que de nombreux employés de valeurs, loyaux enver l’entreprise n’arrivent pas à s’adapter au nouveau style de management. Plutôt que de les remplacer ou de les envoyer en pré-retraite, Wuthelam fonda une filiale où les placer pour les retenir et les rassurer avec des pratiques d’affaires moins révolutionnaires. Ainsi, cette filiale conserva les anciennes techniques de business, pendant que la société entière se préparait à entrer dans la globalisation des marchés. Après quelques mois et un peu de recul, quelle surprise de constater que c’est précisément cette filiale qui réalise le plus de profits.
Sans suivre ces préceptes de confiance mutuelle et de révérence envers les aînés, cette entreprise ne se serait jamais rendu compte des erreurs qu’elle commettait.
Dans les économies basées sur la relation, c’est l’économique et l’éthique qui fusionnent. Tout comme les chaebol en Corée, les Keiretsu au Japon, les grupos au Mexique, faire passer la relation de confiance avant la relation de business semble être la leçon numéro 1 du business en Chine.
04:00 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : chine, relation, business, interculturel, culture
25.06.2007
Le Dao pour sauver l’imagination compétitive
A la fin du 19ème siècle, un légendaire écrivain américain, Horatio Alger, raconte les histoires de personnalités qui se sont extirpées de l’état de pauvreté et sont devenues riches à force de persévérance, de travail et de chance tout en conservant leurs propres valeurs, leurs racines.
Pan ShiYi de Beijing personnifie un de ces héros d’Alger. Contrairement à beaucoup de notables ou entrepreneurs de la capitale, il n’est pas né à Pékin et il n’a pas étudié dans les universités occidentales. Il est né dans une ferme du Gansu où ses parents travaillaient pour la communauté. Sa mère tomba malade et son père dépensa tout l’avoir de la famille pour prendre soin d’elle. La famille dut même confier deux des sœurs de ShiYi à des familles plus aisées qui les ont adoptées.
Pan a reçu une éducation d’ingénieur technique à l’école de Lanzhou, où ses résultats lui ont permis d’obtenir une bourse pour étudier dans l’université du pétrole. Il commence à travailler pendant la période de première libéralisation de la Chine pour une entreprise d’état dans le pétrole et c’est en 1987 qu’il passe dans l’immobilier en tant que promoteur immobilier entre Shenzhen et Hainan après avoir connu cette région pour y avoir travaillé pour son premier job. C’est à cette époque qu’il se rend compte aussi que les programmes libéraux économiques soutenus par l’Etat dans certaines régions sont efficaces, notamment dans la région de Shenzhen qui devient en un temps record extrêmement riche et attractive.
Espérant une libéralisation au niveau national, il déménage à Pékin et continue à travailler dans l’immobilier pour cet immense marché. Il crée Soho avec sa femme Zhang Xin, Soho qui devient une nouvelle référence dans le paysage urbain de Pékin. Ensemble, ils développent une variété de projets de la construction et du développement du nouveau centre d’affaires de Pékin à des projets de villas de luxe à Hainan, en passant par des maisons contemporaines de luxe conçues par des architectes asiatiques d’avant-garde. Il remporte à la biennale de Venise en 2002 le premier prix du jury, une première pour un chinois. Son style est marqué par une originalité remarquable et par un travail de fond sur la valeur à long terme de ses projets : des matériaux locaux, un style chinois mais neuf et coloré à l’image de la fusion entre style scandinave et dynastie Ming qu’il a choisi pour son bureau. Non, ce n’est pas un hasard si Soho est devenu le projet urbain le plus rentable en Chine.
A l’instar des héros d’Horatio Alger, Pan n’a jamais abandonné ses racines ou oublié les leçons qu’il avait reçu étant enfant. Il croit très fermement que celui qui veut connaître la Chine, ne doit pas connaître seulement Beijing ou Shanghai mais s’imprégner aussi des 56 minorités ethniques et visiter l’ouest chinois qui représente la vraie Chine, celle où la religion est la plus influente aussi.
Pan a vu la Chine changer, pas si rapidement à certains égards lorsqu’il dit que « le Guanxi est important en Chine, mais la relation que l’on se doit de plus privilégier, c’est celle avec les ouvriers, pas avec le gouvernement ou quiconque ». Pour lui, toutes les philosophies sont originaires du taoïsme et comme le dit LaoZi, nous ne pouvons aller contre la nature, mais s’adapter à elle. Une philosophie qu’il adapte au quotidien.
10:50 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Entrepreneur, chine, valeur
22.06.2007
De la guerre de Troie à la guerre économique, la place du mentor
Dans l’Odyssée d’Homère, Ulysse éprouve toutes les peines du monde à retrouver la route du retour vers son royaume d’Ithaque une fois la guerre de Troie terminée. Il passe tant bien que mal nombre de péripéties aidé en cela par le réconfort de savoir qu’il a laissé derrière lui son compagnon Mentor, gardien et précepteur de son fils Télémaque durant son absence.
Les employés modernes, tout comme Télémaque, ont besoin de mentors surtout ces temps ci en Chine où tout change très rapidement. J’ai pu ainsi bénéficier des conseils et de l’expérience de ma hiérarchie, de mon management et surtout au quotidien de ce bon vieux monsieur G., m’expliquant l’histoire de la Joint Venture, pourquoi ne pas installer son siège à Shanghai mais à Beijing selon lui, comment le prix de l’immobilier peut être négocier auprès des autorités locales bienveillantes…
Aujourd’hui, quels seront mes collègues de Centrale qui pourront travailler pour la même entreprise pendant 30 ou 40 ans et ensuite partir à la retraite avec une montre dorée et la maison dans le Lubéron ? Ce modèle est terminé et la nouvelle génération, la génération Y comme la nomme les sociologues occupera différents postes, se lancera dans des carrières multiples pour différentes entreprises. Il est donc normal de constater que la loyauté réciproque employés-entreprises s’est atténuée au fil des années.
Pourtant, le mentoring n’a jamais été aussi important chez les jeunes qui désirent apprendre les ficelles du métier. Quelle satisfaction en effet de rencontrer le haut du haut du management et d’échanger quelques mots, de deviner dans des regards à la fois que l’on est constamment jaugé sur notre potentiel mais aussi de la sagesse et de l’expérience.
La culture d’entreprise, voilà une notion dont je ne soupçonnais pas la portée et l’importance en étant étudiant, et le mentor peut vous aider à mieux comprendre cette culture et la politique de l’entreprise. Au risque de ne pas se reconnaître dans certains de ses aspects. Avec en plus, cette difficulté en étant à l’étranger et de surcroit en Chine de comprendre ce qu’il en est de la confrontation entre culture locale et culture d’entreprise. Les employés chinois sont ils d’abord des employés de L.&Co et ensuite chinois ou sont-ils chinois et ensuite employé de notre entreprise ? Ce sont toutes les clés du management universel versus management culturel qui sont en jeu.
Terri Scandura, professeur de management à l’université de Miami après une étude sur le mentoring en entreprise annonce que parmi les 500 plus grandes entreprises du monde, 71% d’entre elles ont ce type de programme. C’est un type de relation qui permet au « protégé » d’être plus productif, de connaître une évolution de carrière plus rapide, de socialiser plus efficacement et c’est aussi un lieu où l’on peut trouver un feed-back déterminant, aussi bien psychologique que social.
Qu’est ce que le mentor y gagne à part la satisfaction de voir quelqu’un se développer sous ses yeux ? Essentiellement, de nouvelles idées, un nouveau réseau et une compréhension plus rapide aux nouvelles technologies, un regard frais et extérieur de l’entreprise et sur les attentes de la nouvelle génération.
Est-ce que le mentoring serait une solution pour le problème du turnover incroyablement élevé en Chine ? Sans doute est-ce une réponse parmi d’autres, ce que je constate c’est que le service le plus stable est celui où l’allégeance au manager est la plus forte, dans lequel ils se reconnaissent et veulent se valoriser auprès de lui.
En Chine, on appelle un responsable hiérarchique assez souvent un Laoshi, synonyme de professeur.
12:05 Publié dans Vie de l'Entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ressources humaines, chine, mentor
20.06.2007
Entrez dans l’ère du Mandarin 2.0
Il est 7 heures à Pékin et dans le bus qui m’amène doucettement à travers embouteillages et camions accidentés à mon lieu de travail, je somnole en écoutant les voix de Jenny et John, mes compagnons de solitude dans ce long apprentissage du mandarin, sacerdoce quotidien que je m’impose. J’aurais pu, si j’avais été à San Francisco ou Rio de Janeiro avoir au bout du fil virtuel de Skype à peu de frais un tuteur en mandarin qui m’aurait enseigné à quelques dizaines de milliers kilomètres de distance ce beau langage abscons.
C’est ce que l’on appelle l’apprentissage des langues 2.0 et le service que j’utilise est celui de Chinesepod.com et de la compagnie Praxis crée par quelques geeks à Shanghai en 2005.
Le croirez vous ou pas, mais c’est une dizaine de millions de personne à travers plus de 110 pays qui téléchargent quotidiennement les podcasts de ChinesePod dont 250 000 régulièrement et quelques milliers ont souscris au service Premium qui inclut un service de tutorat individualisé en ligne avec des professeurs. Un second service a été lancé sur le même modèle, SpanishSense et on attends la version FrançaisPod ou FrenchFlair…
L’irlandais businessman à l’origine du projet a toujours cru que les nouvelles technologies pouvaient révolutionner l’apprentissage de la langue, douloureuse s’il en est pour le mandarin à travers les livres et des vieilles classes où on ne prend jamais la parole (surtout en France du reste). Désormais il emploie 35 professeurs, tous sur Shanghai qu’il paye aux alentours de 500 dollars par mois et qui parlent avec des gens du monde entier tous les jours, de Paris à Damas. Imaginez comme il est difficile de trouver un professeur pour qui le chinois est la langue natale dans certaines régions du monde, c’est désormais possible grâce à une simple connexion internet.

07:45 Publié dans Vie du Marché | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, chinois, Web 2.0, langue
18.06.2007
Le retour de Confucius
"Etudier l’histoire passée pour prévoir le futur” disait le sage Confucius qui est désormais devenu le sujet des études qui se tournent vers le passé.
Confucius a été révéré, on lui a même voué un véritable culte en Chine depuis plus de 2000 ans. Mais ni le Parti Communiste, ni le 20ème siècle n’ont été tendre avec le sage prophète.
La Chine moderne a vu la fin du service civil impérial qu’il a inspiré, la fin de la période impériale elle-même, puis la répudiation de tous les classiques chinois parmi lesquels ceux de Confucius. Pendant la Révolution Culturelle, les partisans du grand timonier ont pris un malin plaisir à répudier, humilier, dénier toute appartenance à cette culture millénaire afin de construire la nouvelle Chine.
En 2007, le professeur Kang Xiaoguang de l’université Renmin de Pékin proclame que le confucianisme doit devenir la religion d’état en Chine. Encore un autre indice prouvant que l’enthousiasme pour le communisme est bien éteint depuis de nombreuses années et que les chinois recherchent une idéologie alternative. En vérité, je n’ai jamais rencontré un véritable communiste en Chine au sens des idéaux véhiculés par cette philosophie politique.
La vitesse à laquelle la Chine est passée du communisme à une économie de marché depuis son adhésion à l’OMC en 2001 ne devrait pas être si surprenante. La Chine est tout de même un pays où on se souhaite la bonne année par Gongxi Facai恭喜发财 qui pourrait se traduire par : je te souhaite de devenir riche. C’est un pays où l’on brûle de faux papiers de monnaie lors des funérailles pour apporter fortune au sens moderne du terme au défunt. C’est un pays où la cérémonie de mariage se transforme en véritable festival de la face et du RenMinBi (monnaie chinoise). Les enveloppes rouges pleines de billets se succèdent aux congratulations sur l’honneur de votre présence en cette humble demeure, etc.
Ce n’est pas surprenant de revoir surgir les valeurs de la profonde culture chinoise en voyant que Yu Dan a vendu plus de 4 millions de copies de son livre sur Confucius (un chiffre extrêmement élevé en Chine) véhiculant des valeurs d’éthiques personnelles et de philosophie politique équilibrée. C’est autant dans le plaisant son des petits élèves chinois de la maternelle qui récitent les classiques de Confucius, dans les sections consacrées au sage à l’université et jusqu’au module culturel proposé dans les nouveaux MBA à Shanghai que l’on peut prendre la mesure du phénomène.
Ce n’est pas surprenant non plus qu’au sein même du Parti Communiste, Hu JinDao lance de nouveaux slogans de « Société harmonieuse » et de XiaoKang Shehui pour une société modérément riche. Des concepts confucéens d’ordre, d’équilibre et d’harmonie sont autant de remèdes aux maux de la croissance effrénée chinoise : les disparités régionales et de richesses, la corruption et les tensions sociales en constante hausse.
Le seul problème toutefois avec le confucianisme est qu’il n’offre pas de véritable modèle de transition politique…à part la révolution.
02:25 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Confucius, société chinoise, culture, chine
15.06.2007
Des chartes éthiques, pas des chartes cosmétiques.
Il existe une fameux proverbe chinois qui lie la faisabilité de profit à la poursuite du Dao (道), ce que l’on appelle la Voie du Tao dans la traduction française : 君子爱财,取之有道. JunZi AiCai, QuZhiYouDao ce qui pourrait se traduire par faire des affaires avec éthique, utiliser des ressources naturelles en préservant l’environnement.
Beaucoup d’entreprises ont déjà fait beaucoup pour aller plus loin dans leur engagement sociétal et environnemental mais leurs efforts n’ont pas assez productifs comme on aurait pu l’espérer pour deux raisons principales :
Premièrement, les entreprises font une séparation brutale et définitive entre business et société, alors que les deux sont intimement liés.
Secondement, les entreprises pensent la Corporate Social Responsability en termes génériques et ne l’adaptent pas de façon appropriée à leurs propres stratégies.
Il serait donc peut-être temps de penser la CSR non plus comme un coût, une contrainte ou une action charitable mais comme une source d’opportunité, d’innovation et d’avantage compétitif. En 2005, 360 entreprises ont lancé des résolutions plus ou moins proche de la CSR sur des questions allant de la protection de l’environnement, le réchauffement climatique aux conditions de travail. Dans le même temps, les rapports financiers s’accompagnent souvent de rapports sur les actions éthiques effectuées lors du dernier exercice. Une loi en passe d’être votée en Grande Bretagne, autre exemple, engagerait les entreprises à publier tous les risques éthiques, sociaux et environnementaux lié à leurs activités. Les entreprises semblent avoir compris qu’il existe un lien entre performance à la Bourse et performance sociale mais très peu ont su intégrer dans leur stratégie ces actions. On en reste toujours à des chartes qui relèvent plus de la cosmétique que de l’éthique. Le vernis des campagnes média, de relations publiques ne tiendra pourtant pas longtemps. Parmi les 250 plus grandes multinationales, 64% ont publié des rapports de développement durable, un nouveau métier est né : rédacteur de rapports éthiques.
Le stakeholder relationship marketing est devenu non seulement pratique en Chine mais critique. L’économie chinoise servant 1,3 milliards de consommateurs, son activité a pillé les ressources naturelles pour supporter cette croissance mais prospérité économique ne doit pas devenir synonyme de dégradation environnementale et sociétale.
9%, c’est le pourcentage de la population de moins de 15 ans qui restent illettrés dans le Gansu, soit cinq points de plus que la moyenne nationale.
6, c’est le nombre de semaines que la branche indienne d’Univeler impose à tous ces managers de passer dans les villages pauvres pour générer des idées d’amélioration d’hygiène et connaître les pratiques dans le milieu rural des have-nots indiens.
07:40 Publié dans Vie de l'Entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Business, éthique, stakeholder, chine, développement durable, stratégie
13.06.2007
Etes vous un bon expat ?
Lancé au Japon, le questionnaire vérité sur le comportement de la grande famille des expatriés peut s’appliquer en Chine. A mon tour d’esquisser quelques réponses.
Êtes-vous déjà allé chez le dentiste dans votre pays d’expatriation ?
A voir la santé bucco dentaire de mes très chers collègues et l’épisode que j’ai particulièrement affectionné à l’hôpital de quartier à Pékin… je me dis que le plus tard sera le mieux.
Fantasmez-vous encore aux filles/hommes de votre pays d’origine ?
Shenme ? Ces barbares français qui critiquent tout, râlent tout le temps et pensent que leur pays est le meilleur du monde ?
Êtes-vous inscrit sur la liste électorale du consulat le plus proche ?
En bon citoyen…
Regardez-vous TV5 ?
Je n’ai malheureusement accès qu’à la CCTV 9 pour avoir des informations télévisés du monde extérieur, ce qui me rapproche du club des fans de Jacqueline Chen.
Avez-vous besoin d’un steak-frites par semaine ?
C’est malheureusement pour mes billets Mao une obligation après 10 jours de régime : riz midi et soir.
Avez-vous des difficultés chez le coiffeur de votre pays d’expatriation ?
Grande peur avant d’arriver en Chine, mais après avoir fait le grand bond en avant chez notre ami le coiffeur, c’est la révolution culturelle capillaire. Toujours de grands moments de solitudes ces après midi chez le coiffeur.
Parlez-vous la langue de votre pays d’expatriation ?
Assez bien pour qu’on commence à se moquer de certaines tournures bizarres, ce que je prends comme un compliment car les chinois ont du mal à être second degré avec les étrangers, barrière de la langue oblige. On devrait avoir une épreuve de second degré au TOEFL et il en faut beaucoup pour comprendre les blagues chinoises. Un vrai défi culturel.
Faites-vous la bise aux Français que vous rencontrez ?
Très bonne question. Lorsque je suis revenu en France pour Noël, j’ai eu beaucoup de mal à retrouver ce contact disons un peu trop proche. De même la poignée de main n’est pas d’usage le matin pour saluer mes collègues…à part pour les français.
Vous sentez-vous obligé d’aller à la fête du 14 juillet de l’ambassade ?
Grosse ambiance au lycée français de Pékin en 2006 pour se rattraper après une funeste soirée du 9 Juillet.
Ecoutez-vous France-Inter en critiquant tout ce qui se passe en France ?
Je suis plus BFM, et la France tu l’aimes ou tu la quittes ne fonctionne pas pour les expatriés. Ce serait plutôt : la France tu l’aimes, alors revenez français d’outre mer.
Ramenez-vous forcément un fromage de France ?
Forcément pas. Dans le même registre, je me souviens d’un épisode épique dans un aéroport chinois (étais ce à Pékin ou à Chengdu) où mon bon GeLei avait ramené une bouteille de pastis dans ses bagages. Et là que d’interrogations du côté de la douane. Mais quel est ce curieux breuvage ? Jusqu’à ce qu’il ose mettre son nez dedans, se rendant bien compte qu’il s’agit bien d’alcool. La bouteille fut saisie et finira ses jours comme élixir inspirateur des contrôleurs sans doute.
Au sujet de pastis, deux anecdotes :
Les coréens le boivent sec (du moins dans mon entreprise).
On me la servit sec aussi à gauche en entrant au Mix Club. Pour 3 euros, c’est du bonheur. Si je me rappelle que l’été, on diffuse le Tour de France dans certaines boîtes (décalage horaire oblige), on se croirait presque à la maison.
Quand vous rentrez en France, vous sentez-vous Français ?
Plus que jamais je me sens décalé lorsque je reviens. Serais-je de un Œuf, blanc d’extérieur et jaune à l’intérieur comme certains se revendiquent Banane ?
Fuyez vous en voyant la police locale ?
Je ne comprends plus le chinois au contact de la police locale, surtout au commissariat du village olympique, seul bâtiment survivant au milieu d’une forêt au stade végétatif.
Regrettez-vous les apéritifs en terrasse ?
Et la huoguo (fondue chinoise) en terrasse alors ? Oui définitivement oui, cet art de vivre ne s'exporte pas très bien, ou au prix fort à Shanghai où je ne reviens toujours pas des prix de côté des terrasses de Xiantiandi.
Avez-vous changé vos habitudes concernant le petit déjeuner ?
Je ne peux pas, c’est mon corps qui refuse les baozi, mentou et autres étranges mets matinaux au fumet plus qu’improbable. C’est tout le bus du matin qui se trouve embaumé pourtant. Un vrai défi olfactif.
Laissez-vous tomber les bonnes manières de votre pays d’origine pour vous adapter à celles de votre pays d’accueil ?
La première pensée qui me vient, ce sont les « mais dépèche toi de me servir mon Gongbaoditing ! », sorte de grand classique chez le chinois qui vient passer un moment exprimer son fiel sur les serveuses au restaurant proche de mon appartement. Non, je ne m’y fais pas. Mais je n’adopte plus les QingWen (s’il vous plait) qui ne sont pas d’usage semble t-il.
Quelle attitude de votre pays d’expatriation espérez-vous garder ?
Modestie et humilité du pékinois.
Ambition d’entrepreneur du Zhejiang.
Chaleur et hospitalité du sichuanais.
Le sourire des enfants du Hebei.
Quelle attitude de votre pays d’expatriation espérez-vous ne jamais prendre ?
No, it’s not all about face.
Les musiques karaoké.
La conduite au son, c'est-à-dire au son philarmonique du klaxon.
Note1: photo de G. LiMu la star de WuHan.
06:05 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Chine, culture, expatrié, anecdote
11.06.2007
Entrepreneur en Chine: 12- La sinotocratie
Je clos cette série consacrée au management en Chine, où se sont rassemblées au fil des semaines plusieurs histoires d’entrepreneurs autour d’une problématique : comment manager une entreprise sur un marché si imprévisible et en constant mouvement ?
Abandonner la fiction de la prédiction, de la grande vision kennedienne qui rassurerait les collaborateurs certes mais qui empêcherait de repenser sa stratégie pour naviguer dans ce brouillard du futur. Après tout, n’est ce pas la différence entre le Mao pragmatique qui n’a pas adopté aveuglément le communisme soviétique pour l’adapter à la Chine paysanne de l’époque et le Mao du grand bond en avant et de la révolution culturelle qui fait fit d’une réalité insoutenable pour s’accrocher désespérément sur sa vision désastreuse.
La visibilité très limitée empêche toute prise de contrôle sur les prises de décisions à long terme, il faut plus se figurer une succession de rounds où opportunités et menaces vont se succéder. Ainsi le cycle SAPE, comme il a été présenté précédemment, est une réponse à l’adaptation constante des managers au grès du vent oriental. Tous les leaders doivent être concernés pour voir émerger ces opportunités et menaces, choisir les priorités, construire et maintenir une hiérarchie flexible, et périodiquement faire l’effort supplémentaire pour poursuivre une golden opportunity comme lorsque Deng Xiaoping laisse la porte ouverte à l’investissement foncier, porte qui se referme quelques mois après, ou pour se battre contre une menace létale, typiquement l’entrée sur le marché d’un gros player international.
Courage et ténacité, voilà les valeurs clés.
Comme le résume Mianmian, responsable chez Haier, il y a trois Q’s (comme j’avais présenté qu’il y avait 3 Q’s pour les étrangers en Chine pour réussir) nécessaire dans la palette du manager en Chine :
Un premier Q’s pour QI pour comprendre une situation, un deuxième Q’s pour QE pour travailler avec les autres et adopter une attitude positive mais aussi un dernier Q’s dans QT pour Quotient de Ténacité, ne pas se décourager devant les changements et les difficultés qui surviennent. Après avoir été attiré dans le pays du bas coût et de ce qui deviendra le plus grand marché du monde, c’est la ténacité et le courage qui sont les clés du succès, les clés de la sinotocratie.
02:35 Publié dans Vie du Marché | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, culture, entreprise, entrepreneur, stratégie
08.06.2007
Manager l’Outsourcing comme l’on manage une Joint Venture
Propriété intellectuelle, éthique, stratégie de croissance, l’outsourcing est au cœur des sujets chauds de l’entreprise de ce début du 21ème siècle.
Lorsque les compagnies ont commencé à sous traiter les domaines non stratégiques à un tiers comme la comptabilité, la maintenance informatique ou la logistique, le but était de réduire les coûts. Aujourd’hui, les entreprises pensent à outsourcer des opérations plus délicates pour améliorer leur performance globale. Pourtant, elles n’ont pas changé fondamentalement leur façon d’effectuer de l’outsourcing, les pratiques s’approchant toujours plus ou moins de l’achat. Or on n’achète pas comme on outsource.
Rien moins d’étonnant alors de constater que la majorité des projets d’outsourcing connaissent des problèmes dû à une performance de prix pas assez satisfaisante, à un manque de flexibilité, un service défaillant ou à des solutions de sortie mal maîtrisées.
Lorsque le périmètre de l’outsourcing se confinait à seulement des secteurs non stratégiques, les risques et les implications étaient limités mais désormais ce sont des stratégies proches de celles connues en MandA qui s’appliquent.
Il faut d’abord clarifier l’objectif de la mise en sous-traitance, est ce seulement pour le prix attractif, pour réaliser une structure coût plus variable ou pour mesurer le degré de compétence d’un partenaire ?
Lorsque l’objectif devient clair, la structure à mettre en place devient claire aussi.
Si l’objectif est d’améliorer la performance d’une fonction stratégique, on peut être amené à considérer à partager avec son partenaire le contrôle du capital, partager les coûts et les technologies et les améliorations opérationnelles. Ainsi le partenaire voit ses efforts récompensés et le donneur d’ordre conserve flexibilité et contrôle.
Alors qu’aujourd’hui on se concentre essentiellement sur une analyse du prix, demain il faudra aussi considérer dans le contrat non plus seulement ces promesses risquées mais aussi le niveau de service, les plans de transition, le supply management et la gestion de la demande.
Les gens qui pratiques les fusions acquisitions ou MandA ont développé des gardes fous pour garantir leurs intérêts. En finance on appelle earn-out une clause qui permet d'indexer une partie du prix de la transaction sur les résultats futurs de la société achetée. Deux modalités sont alors envisageables : soit l'acheteur prend le contrôle de la totalité du capital de la cible sur la base d'un prix plancher, qui ne pourra être revu qu'à la hausse, soit-il n'achète qu'une quote-part du capital à un certain prix et achètera le solde ultérieurement sur la base des résultats futurs de l'entreprise. Les critères d'indexation du prix peuvent être les suivants : multiple du résultat d'exploitation, de l'excédent brut d'exploitation, voire du résultat courant.
En outsourcing, un contrat pourra être renégocié après des benchmarkings périodiques, un mécanisme peut être construit afin d’altérer le prix en fonction des prix du marché des matières premières par exemple, un tiers peut intervenir dans la relation afin de garantir les intérêts réciproques et juger de la performance du vendeur.
De plus, en processus d’outsourcing, de nombreux stakeholders sont impliqués : des domaines techniques, du middle management jusqu’au board et aux financiers donc les négociations doivent se faire d’abord en interne avant d’être projeté à l’extérieur.
Alors que les managers opérationnels se concentrent sur les niveaux de responsabilités, de service et d’engagement, celui qui aura à conduire les négociations devra développer une perspective plus large en termes de plus value.
04:19 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : outsourcing, stratégie, best practice, management, sous-traitance

