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31.10.2007
Le travailleur du 21ème siècle
Il est un proverbe chinois qui interpelle avant de faire réfléchir :
钱可通神 Qian Ke Tong Shen
Si l’on retient comme traduction de Shen : Dieu ou les dieux, on arrive à la traduction quelque peu subversive : l’argent peut faire bouger (même) les dieux. Notre équivalent occidental, "l’argent peut tout acheter", voire même "l’argent n’a pas d’odeur" est biaisé car le 21ème siècle tel qu’il se présente renvoie l’idée que le travailleur devra migrer pour aller chercher l’argent là où il est. C’est donc une traduction presque au sens premier qui peut être retenue : l’argent fait bouger les masses, les personnes, les cerveaux.
Jacques Attali, dans son livre l’Avenir du Travail écrit :
« Aujourd’hui, 150 millions de personnes vivent dans un pays différent de celui de leur naissance. En 2050, les expatriés seront dix fois plus nombreux. […] Au total, en 2007, 5,5 % des travailleurs qualifiés dans le monde sont nomades ; ils seront au moins 15% en 2050. Le savoir créatif, sera de plus en plus rare, mobile et de plus en plus courtisé. Les pays en forte croissance rivaliseront pour accueillir cette immigration qualifiée et mettront en place des programmes attractifs en matière financière, sociale, fiscale, familiale.
A l’avenir, la concurrence en matière de talents sera plus rude, plus professionnelle, mieux organisée ; elle constituera un des points les plus sensibles des négociations économiques et sociales internationales. Il faudra sans doute aller vers l’édiction de règles mondiales, comme on a fait en d’autres domaines, pour éviter que certains pays n’attirent à peu de frais, notamment par le jeu de déductions fiscales, des cadres que d’autres pays auraient mis très longtemps à former. »
La vision d’Attali m’a rappelé deux anecdotes :
Les paroles d’un de mes profs (Khôleurs pour tout vous dire) : on fera de vous des Zidane des espaces préhilbertiens, des Ronaldo des équations de Maxwell, vous êtes des sportifs de haut niveau en devenir, donc bien sûr tout le monde ne peut survivre et intégrer l’équipe de France de Polytechnique.
Les paroles de mes collègues centraliens : je veux une expérience à l’étranger, je veux le campus américain, les pom pom girls et les hot dogs. On sous estime l’attrait du soft power américain.
Enfin, je vous invite à visiter le site web du gouvernement singapourien. Tout y est : attraction des investisseurs potentiels, facilités pour les visas, services pour vous et votre famille à l’installation dans la capitale asiatique, des campus de rêves, des banques à votre écoute, le respect de la propriété intellectuelle, bref tout pour attirer les cerveaux caucasiens, asiatiques, indiens...

Pendant ce temps, en France, seule réponse pour l’instant à la mondialisation des talents : le ministère de l’Immigration et les débats sans fin sur la régularisation de quelques milliers de familles aux codes civils douteux et candidats au regroupement familial.
16:25 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Migrations, travail, avenir, attali, Singapour, immigration
29.10.2007
Tugud, Warren et Geng
Alors que la longue marche du baril de pétrole à 100 dollars s’accélère, à Shanghai c’est tous les flux financiers qui sont attirés par l’IPO de plus de 440 milliards de dollars de PetroChina.
La compagnie pétrolière chinoise est devenue la deuxième capitalisation boursière du monde, devant General Electric et le but est bien entendu d’aller chercher le titre de numéro un du géant Exxon-Mobil. 夸夸其谈, we’re talking really BIG.
Dans le même temps, la China National Petroleum, la société mère de Petrochina, qui a injecté la plupart de ses actifs et passifs en 1999 (exploration & production, raffinage & vente, produits chimiques & gaz naturel) dans Petrochina est côté à Hong Kong et New York.
D’où la question : qui est le principal actionnaire étranger de Pétrochina ?
Berkshire Hathaway, la société rachetée par Warren Buffet. Mais plutôt doit-on dire, qui était le principal actionnaire étranger. Car Warren Buffet s’est désinvesti de ce titre quelque peu encombrant sur fond de campagne pour sauver le Darfour. Même si Buffet rejette l’idée de vendre sous les pressions de cette campagne, les risques géopolitiques dans la région avec des rebelles qui ont attaqué le pétrole du Défra mardi dernier a joué dans la balance et donc le magnat américain a dû vendre « un peu trop tôt » selon ses propres termes.
Il y a quelque chose de presque Babelien, pour reprendre la trame du film de Alejandro Gonzalez, de penser que les actes d’une poignée de rebelles dans la région du Soudan a des répercussions extraordinaires sur le comité du directoire (dont Bill Gates fait partie) de Berkshire et sur la place boursière de Shanghai.
Geng Chen, le CEO de Petrochina est accusé parmi d’autres par les rebelles soudanais de fournir en armes le gouvernement de Khartoum et c’est Buffet qui suit les recommandations des investisseurs en sortant du capital du géant chinois.
En effet la région est explosive et même chez les voisins proches du Soudan, le sentiment anti-chinois monte. C’est 9 ouvriers chinois qui ont été tués en Avril dernier en Somalie lors d’une expédition exploratrice par des rebelles éthiopiens.
Peut-on vraiment reprocher à la Chine de vouloir satisfaire une demande en énergie qui est passé de 3,4 % de la demande mondiale début des années 90 à plus de 8,6% aujourd’hui ? Le faire au Soudan, sûrement. Le faire en Afrique, sûrement pas.
Tugud, le rebelle soudanais, Warren, l’investisseur mythique de Wall Street, Geng, le PDG de Pétrochina. Tous convoqués au banc des affaires de ce monde, communiquant selon leurs propres codes culturels africains, américains et asiatiques et actionnant des leviers déterminants pour la stabilité du monde et de son approvisionnement énergétique.
Qui a dit que l’homme africain n’était pas entré dans l’histoire ?

09:10 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, Afrique, Etats-Unis, Energie, Pétrole, IPO, Petrochina
26.10.2007
La bataille du milieu en empire du milieu (2)
La Chine a historiquement deux grands types de marchés : un marché très exclusif premium, objet de toutes les attentions de la part des multinationales et des grandes marques, et à l’opposé un marché gargantuesque low-end de consommateurs à revenus limités qui est servi par les marques locales peu regardantes sur la qualité et indifférenciées.
Le marché du milieu, celui qui fait rêver les investisseurs, c’est celui du good-enough. Il constitue un potentiel doré pour les marques à la fois locales et internationales. Pourquoi au troisième trimestre, General Motors est revenu à hauteur de Toyota sur les ventes de véhicules ? Parce que le marché good enough mondial soutient ses ventes. Le marché chinois n’est pas le seul relais de croissance bien entendu, GM ayant de fortes positions en Amérique du Sud notamment.
Le débat se porte sur la stratégie des grandes marques des multinationales et sur leur positionnement sur le good enough. Shaun Rein est partisan de rester sur une image de marque premium car sur le long terme, les chinois iront vers ce qu’il y a de meilleur.
C’est peut-être le cas stratégique le plus intéressant que doivent se poser les entreprises sur le marché chinois. D’un côté, les Haier, les Galanz ou les Huawei montent d’un cran en développant à la fois la technique, la capacité d’innovation et les compétences en management pour entrer sur le marché good-enough et d’un autre côté les multinationales veulent proposer du good-enough à prix abordable sur le même segment. Qui l’emportera ?
Après avoir abordé les arguments de Shaun Rein, parole désormais à Bain pour qui c’est le marché à gagner en priorité. Pour plusieurs raisons :
- Si les MNC laisse le champ libre aux players locaux sur ce marché, les barrières à l’entrée sur le marché premium ne seront pas insurmontables pour ceux-ci et donc c’est sur le marché le plus profitable que les globaux se verront poussés vers la sortie.
- Les plus grandes entreprises chinoises, qui ont acquis une crédibilité internationale en s’attaquant aux marchés occidentaux doivent garder leurs positions sur le marché good enough pour la même raison.
- Les chiffres : la classe moyenne inférieure (entre 2500 et 4000 euros annuel) atteindra les 44% de la population urbaine en 2011, soit 290 millions d’âmes. Un pic sera atteint vers 2015 avec une consommation de ce groupe atteignant 4,8 trillions de RMB (480 milliards d’euros). La seconde transition prendra forme ensuite avec l’explosion d’une classe moyenne aisée atteignant les 520 millions de chinois en 2025 et consommant 13,3 trillions de RMB.
Faut-il penser que ce stratagème n’est bon que pour certains secteurs comme l’électronique grand public, l’électroménager et pas l’automobile ? Le risque n’est-il pas de transformer le produit « voiture domestique » en produit de base, indifférencié et ne permettant pas de dégager des marges suffisantes ?
Les consommateurs chinois sont-ils autant sensibles aux prix qu’on le dit ? Les consommateurs chinois pensent-ils en majorité que les MNC sont moins enclins à mettre des ingrédients ou des composants dangereux dans leurs produits finaux ? Jusqu’à quand les entreprises occidentales auront cette image lorsque l’on a vu la campagne anti Evian en début de cette année orchestrée par des compétiteurs qui excellent en campagne de désinformation?
Toute la question de l’arbitrage stratégique sur ces marchés est essentielle. L’exemple de Carrefour qui nourrit bien les aspirations de qualité des consommateurs est un bon exemple à suivre sur la grande distribution et est à rapprocher du produit Apple qui fait fureur à Pékin, Shanghai et Canton. Il faut sans doute y voir que l’on doit se positionner sur certains marchés sur un apport de valeur et pas sur une guerre des prix.
08:20 Publié dans Vie du Marché | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marketing, marché, stratégie, chine, économie
24.10.2007
La bataille du milieu en empire du milieu (1)
PSA annonce sa stratégie ambitieuse, une ambition chinoise qui fait vrombir de plaisir la marque au lion avec des chiffres qui font rêver. L’ambition du manufacturier français est de passer de 4,5% du marché chinois en 2005 à 6-8% d’ici 2010 sur un marché qui croît de 25% par an. Comment se positionner sur un marché si stratégique pour toutes les marques mondiales? Le pays de SunZi apparaît alors comme le plus grand champ de bataille économique du monde.
Parmi les consultants en stratégie, la bataille fait rage sur la façon d’aborder ce que l’on peut appeler la guerre du milieu, c'est-à-dire la guerre du middle market (voir article « La nouvelle classe moyenne chinoise » pour estimer l’enjeu chiffré).
A ma droite, Shaun Rein, le fondateur-gérant du China Market Research Group (CMR) à Shanghai.
A ma gauche, Orit Gadiesh, directrice de Bain & Company.
Faut-il marcher sur les platebandes des constructeurs chinois qui proposent des voitures très abordables pour les porte-monnaie chinois encore un peu légers ou faut-il conserver une image premium, marque de luxe et de très haute technologie et ne pas attaquer de front les constructeurs locaux à leur propre jeu ?
Shaun Rein explique que la stratégie de GM avec ses voitures à 12 000 dollars, est bonne sur le court terme mais n’est pas judicieuse sur le long terme. On ne peut pas concurrencer les players locaux sur les prix : ils n’ont pas les mêmes structures, pas le même management et les multinationales ne gagneront jamais sur les prix, ou au moins n’emporteront pas la guerre des prix sans sortir stigmatisés à vie. GM a pourtant fait le choix de proposer moins de qualité, de choix, d’innovations dernier cri à l’intérieur de ces voitures destinées à la classe moyenne chinoise.
Bon choix selon certains car la face est préservée et la voiture middle market a une carrosserie, un aspect et un design qui ne diffèrent pas de la version haut de gamme.
Mauvais choix selon Shaun Rein qui répond : oui, le marché chinois est différent des marchés européens et américains, non il n’est pas diamétralement opposé. En témoigne l’exemple des Beijing Desperate Housewives qui achètent les meilleurs draps en soie car elles veulent vivre l’expérience fantasmée de la princesse de maison. Or ceci n’est pas une question de face mais bien de confort intérieur et de style de vie personnel sans ostentation.
Que répondre alors aux détracteurs de cette stratégie premium qui agitent le chiffon rouge de l’incroyable marche forcée des constructeurs locaux sur la qualité et donc l’ambition d’être crédible sur le segment premium ?
Shaun Rein rétorque qu’il convient de parler plutôt d’un horizon de 15 à 20 ans avant que les manufacturiers chinois acquièrent des compétences techniques, de process, de know-how similaires aux multinationales et donc puissent concurrencer sur ce marché les MNC. Il avance au contraire les attentes immédiates de la population chinoise sur la qualité suite aux affaires Mattel et autres. C’est donc aujourd’hui qu’il faut cultiver son image de marque haut du panier, et demain que l’on pourra capitaliser sur cette image pour fidéliser ses clients chinois, même si cela passe par le sacrifice de perdre sur le court terme des parts de marché et éroder sa profitabilité.
14:30 Publié dans Vie du Marché | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marketing, marché, stratégie, chine, économie
22.10.2007
Monsieur Hu
Le congrès du parti communiste chinois a pris fin le 21 Octobre avec un joli discours harmonisant à renfort de croissance qualitative et moins de croissance aveugle quantitative, de promesses pour les oubliés du miracle économique, pour ceux qui restent sur le bord de l’autoroute empruntée à toute vitesse par les nouveaux capitalistes chinois.
Hu JinTao après avoir évincé le clan de Shanghai en mettant en prison pour corruption le désormais ancien chef du gouvernement de la perle de l’Orient a réussi à renforcer son pouvoir et son autorité malgré les rivalités, les guerres fratricides entre les différents courants au sein même du parti rouge.
Monsieur Hu a pourtant beau utilisé le mot démocratie plus de 60 fois, tout comme son prédécesseur, monsieur Jiang, le mot Minzhuzhengzhi retentit mais reste confiné au sein des rideaux rouges du congrès. La voix monocorde de Hu ne porte pas et ses discours ennuyeux sonnent creux.
La seule montée en énergie a peut être seulement été lorsque Hu a mentionné comme offensant la distinction accordée au Dalaï lama par G.W Bush ou lorsque il s’est dit alarmé par le référendum prévu par Chen SuiBian, le président de l’autorité taiwanaise, sur le statut de l’île et son changement de désignation passant de République de Chine à Taiwan pour acquérir la légitimité de prétendre à un siège à l’ONU, reconnaissance symbolique de l’indépendance de l’île.
La nouvelle la plus inquiétante n’est pas que Hu JinTao ne fait pas de vagues par rapport à l’héritage de Jiang ZeMin et n’éprouve pas le besoin urgent de réforme démocratique en profondeur face à une population de plus en plus éduquée et communicative mais elle est sans doute dans l’alignement des lignes plus progressistes personnalisées par le nouveau chef de Shanghai, Xi JinPing ou Li Keqiang du Liaoning.
Un signe d’espoir toutefois lorsque l’on constate la situation du Zhejiang, une province côtière relativement riche et qui voit sa demande parmi les citoyens de participation démocratique de plus en plus pressante. C’est ainsi que monsieur Xi s’engage dans des expérimentations « îlot de démocratie » allant de la tenue de débat public jusqu’au mini referendum local. Reste tout de même que le principe de multipartisme est encore à mille lieux des pensées de ces monsieurs Xi ou Hu, y compris dans le Zhejiang où les entreprises privées réalisent près des trois-quarts du PNB de la province.
Pendant ce temps, Xinhua, l’AFP local reporte sans broncher les discours de monsieur Hu et sa ligne éditoriale cultive la hauteur de vue lorsqu’elle délivre des informations hautement stratégique sur le courroux des chauffeurs de taxi pékinois qui circulent avec une plaque d’immatriculation comprenant les caractères WC, ou le récent geste de la Southern Airlines qui oblige ses clients à ne pas aller aux toilettes en vol pour économiser un litre de fuel… Merci pour l’info Xinhua.
10:17 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, parti communiste, culture des médias, démocratie
19.10.2007
La génération Phénix

Ils ont entre 15 et 30 ans, ils sont chinois et ils forment la génération phénix.
Celle de la renaissance de la Chine ? Au moins celle de la naissance des pulsions d’achats plus ou moins contrôlées. Un segment de population extrêmement important pour les entreprises car ce sont des consommateurs fiévreux et demandeurs de nouveautés, early adopters, férus de mode et de nouvelle tendance, passionnés par les cultures japonaises ou occidentales mais respectueux de leur culture d’origine chinoise.
Ils sont 320 millions et dépensent 135 milliards de dollars par an, ont leurs marques préférées, sont désireux de sortir, de voir le monde mais n’ont pas forcément les armes pour s’adapter aux codes occidentaux.
Ils consument leur temps à jouer aux jeux vidéos contrefaits, à chatter sur QQ, à jouer à Audition jusqu’à ce que le clavier rende l’âme. Certains passent leurs nuits à flirter avec l’absurde et perdre la santé à jouer à World of Warcraft. Quant aux jeunes filles, elles n’ont pas de protection sociale viable mais dépensent de l’argent à habiller leurs avatars sur QQ.
Parfois ils vont sur la (seule) piste de ski au nord de Pékin artificielle, enfilent leurs vêtements de ski qui sentent le neuf et prennent des photos avec le signe traditionnel des deux doigts en signe de victoire. Victoire-revanche sur la vie ? « The Great Pretenders » me souffle t-on.
Ils sortent en groupe, font du shopping en groupe, sont les champions de l’arrangement de couple et ces demoiselles deviennent fan de salsa ou de yoga. S’ils étudient le français, ils prennent un nom français en plus de leur nom anglais qui a été choisi en fonction de leur nom japonais.
Ils rêvent Nokia et Korea, Louis Vuitton et Honk Kong, écoutent les concerts assis sans trop bouger mais chantent à tue-tête dans les karaokés, veulent des grosses voitures américaines et s’imaginent en golden entrepreneur dans les industries de développement durable.
走后门, passer par la porte de derrière, c’est utiliser les réseaux, extrêmement important quand on a pas choisi sa majeure à l’université, aveuglément distribuée à l’issu du classement de l’équivalent bac et que l’on veut faire ingénieur logistique alors qu’on est en English Major. Mais que voulez vous, il fallait absolument rentrer à Tsinghua.
Ils sont extrêmement ambitieux lors des forums où ils rencontrent les employeurs chez qui ils resteront en moyenne 11 mois, veulent apprendre l’anglais par cœur mais ont peur de prendre la parole lors de réunion.
Ils rêvent de célébrité, lisent les blogs de célébrités, rêve à demi voilé de vouloir s'extraire du nombre. Le nombre, écrasante statistique, étouffante oppression de la compétition, un seul but : s’en sortir.
La jeunesse Chine fonce vers l’avenir tête baissée, furieuse d’avoir été mis à l’écart que trop d’années et d’avoir dû écouter ces discours soporifiques des cadres communistes, sortie du cocon fantasmique de l’enfant empereur, fruit de la politique de l’enfant unique.
Photo de Guillaume Ang
12:50 Publié dans Vie du Marché | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, marketing, jeunesse chinoise
17.10.2007
Un lien entre croissance chinoise et consommation énergétique.
Ces 20 dernières années, les entreprises du secteur stratégique de l’Energie en Chine ont participé à l’essor économique qualifié par certains de miracle économique chinois. Pourtant l’équation qui se pose aux dirigeants chinois à Pékin sur cette question a tout de la quadrature du cercle. Comment en effet assurer l’approvisionnement énergétique du pays en diversifiant les sources, attirer les investisseurs potentiels dans le secteur, protéger l’environnement et dans le même temps conserver le coût et la disponibilité de l’accès à l’Energie pour le consommateur chinois ?
La récente histoire énergétique de la Chine, puisque l’on va se concentrer sur ces 30 dernières années depuis l’ouverture économique amorcée en 1978 avec les premières zones économiques à côté de Shenzhen, démontre qu’il existe quatre grandes tendances à l’heure actuelle :
-Une consommation énergétique en croissance très marquée soutenue à la fois par la croissance industrielle et les besoins de plus en plus sophistiqués des consommateurs chinois.
-Des combustibles de substitution dans l’industrie et le domestique utilisés.
-L’incapacité des fournisseurs d’énergie à suivre la demande qui explose.
-L’efficacité de l’utilisation des combustibles énergétiques en hausse, surtout dans le secteur industriel.
Alors que la consommation énergétique chinoise par habitant est actuellement seulement un sixième de la moyenne des pays de l’OCDE, le poids démographique de la Chine maintient une pression très forte sur la demande mondiale et tire les prix vers le haut de manière significative.
En 2007, 80% de la consommation énergétique résidentielle est source de la biomasse non commerciale, du combustible issu du bois ou des plantations mais avec une population qui va passer de 1.2 à 1.6 milliards d’ici 2030, une migration massive des campagnes vers les villes qui s’amorce déjà et un passage concomitant des combustibles naturels à des combustibles commerciaux ajouté à un niveau de vie en hausse, la consommation énergétique chinoise va tendre vers des standards occidentaux.
Déjà, l’amélioration des standards de vie a entraîné une demande en équipement électroménager sans précédent ayant pour corollaire une augmentation de la part d’électricité et de gaz naturel comme substitut au charbon dans les habitations chinoises. De plus, le transport ferroviaire chinois est à saturation, d’où des routes surchargées par l’utilisation privée ou professionnelle. A Pékin, tous les jours, c’est 1000 voitures sur les routes en plus qui sont mises en circulation. Cette demande en pétrole et en gaz à la fois pour l’utilisation résidentielle ou pour le secteur des transports a fait passé la Chine d’exportateur net à celui d’importateur net de ces combustibles alors que la demande en électricité est si forte que la charge sur les lignes électrifiées devient beaucoup plus grande que les normes américaines par exemple.
En 12 ans, la consommation finale d’énergie a quadruplé mais la distribution à travers les secteurs et le type d’énergie reste à peu près constante. Le charbon représente à peu près 75% de la consommation (en tenant en compte le charbon utilisé dans les centrales à charbon), 18% pour le pétrole, 2% pour le gaz et le reste pour l’hydroélectricité à 5%. L’industrie représente quelques 60% de la consommation énergétique par secteur, alors que les transports sont à hauteur de 10% et les habitations résidentielles ou commerciales 20%.
L’efficacité de la consommation énergétique a aussi augmenté ces dernières années mais la consommation énergétique par dollar issue de la statistique du PNB reste plus de 10 fois supérieure que la moyenne des pays de l’OCDE. Ainsi une meilleure utilisation de l’énergie pourrait soulager quelque peu la note énergétique chinoise.
Le PNB par habitant en fonction de la consommation énergétique par habitant extrait des rapports de l’Agence Internationale de l’Energie fait apparaître l’étonnante marginalité de la Chine encore à l’heure actuelle par rapport aux pays dits développés.

11:25 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, économie, énergie, stratégie
15.10.2007
Une inversion de tendance
C’est le magazine Forbes qui le révèle, un petit secret qui n’est pas si politiquement correct de dévoiler sur la place publique financière : les entreprises américaines commenceraient à faire plus de profits en Chine que dans leurs marchés originaux.
Selon une étude de la chambre de commerce américaine, 60% des 900 compagnies membres de l’organisation ont une entreprise WFOE (Wholly foreign-owned enterprise) en Chine contre 33% il y a 8 ans. Parmi elles, 75% font des profits sur un marché qui était réputé pour son potentiel plus que pour des bénéfices à pouvoir dégager de façon immédiate.
C’est le Wall Street Journal qui reprend l’information en titrant sur la cash généré enfin à la hauteur de toutes ces années d’anticipation.
Ainsi, la Chine est donc maintenant en passe d’être reconnue non plus seulement comme une source de revenu mais désormais comme une source de profits considérables. Le premier marché pour les télécommunications, le deuxième pour l’automobile, l’internet, les minérais, les ordinateurs personnels…
Alors que la Chine représentait seulement 2,5% du chiffre d’affaire d’une entreprise comme Caterpillar il y a un an, la compagnie de Mr. Lavin espère tripler ce chiffre d’ici 3 ans. Si on ne réussit pas en Chine, c’est notre position de leader mondial qui sera challengée martèle t-il.
C’est aussi l’avis du CEO de Americon Tricon Global Restaurants, le groupe qui détient notamment les enseignes KFC. Aujourd’hui il y a plus de 1000 restaurants KFC en Chine et McDonalds plus de 600, proposant un fast food occidental au style chinois. La part de la Chine dans le chiffre d’affaire de KFC atteint les 30%.
Pourtant, ce n’est pas sans compter la créativité chinoise en matière de concurrence, illustration :
McDonald se dit MaiDangLao 麦当劳 en chinois.
KFC se dit KenDeJi 肯德基.
Les chinois ont donc inventé le MaiKenJi 麦肯基, la version chinoise fusion des deux marques américaines.

Hilarious.
PS : Merci à Lucien pour l'idée du McDo/KFC chinois.
10:50 Publié dans Vie de l'Entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, etats-unis, entreprises américaines, KFC, McDonalds, Maikenji
12.10.2007
Taux d’échange sino-américain, un parallèle japonais
Dans le livre Exchange Rates under the East Asian Dollar Standard de Ronald McKinnon, le professeur de Stanford fait le parallèle entre la situation du Japon à la fin des années 80 et celle de la Chine des années 2000.
Dans les années 70 et 80, la croissance industrielle du Japon était la plus forte du monde. Du fait des contraintes naturelles du pays et de sa petitesse, ils sont passés maître du Juste A Temps. Ne comprenant pas l’anglais des nouveaux systèmes d’informations américains, ils ont inventé le Kanban.
Tout le monde parlait du Japon comme d’une puissance inexorable, en passe de prendre les rênes du monde économique occidental. Tout comme la Chine d’aujourd’hui. Selon certains experts, le taux d’échange US Dollar-RMB à la faveur des exportations chinoises contribuerait à hauteur de 25% aux 233 milliards de dollars de déficit commercial américain. Une sous évaluation que condamnent les membres du Congrès américain sur fond de querelle idéologique.
Le yuan est contrôlé artificiellement par la banque centrale chinoise (People’s Bank of China) et non pas par le marché de l’échange des devises. En Juillet 2005, le yuan a été réévalué pour être fixé à 8,28 RMB pour un dollar, la PBC achetant les dollars excédentaires sur le marché. Comme l’approvisionnement en RMB est en croissance par rapport à celui du dollar, le taux est donc maintenu à un niveau artificiellement bas. D’où la pression américaine pour la réévaluation du yuan. Exactement la même pression sur le yen japonais dans le passé. China-bashing, Japan-bashing, aux mêmes causes, les mêmes effets.

Le mouvement qui suit est celui du réinvestissement de cette réserve monétaire comme l’a fait Singapour et comme est en train de mettre en place le gouvernement chinois avec l’organigramme dévoilé tout récemment.
Ce qu’apporte de plus McKinnon comme approche critique, c’est le concept d’élasticité de la balance commerciale qui est largement surévalué. Pour lui, à court et moyen terme, les prix ne peuvent pas changer ou très peu. Il existe des mécanismes de compensation qui feront que le déficit commercial américain ne se résorbera pas si le yuan est réévalué.
Dans un scénario de réappréciation, la consommation intérieure chinoise baisserait selon lui et donc les importations avec et d’autre part les investissements locaux et étrangers seraient en berne. Parallèlement, le capital en dollar que conserve la Chine perdrait de sa valeur et donc le dollar baisserait dans la foulée. Ainsi l’effet escompté ne pourrait avoir lieu.
De la même manière qu’au Japon une réévalution du Yen a entraîné les années déflationnistes que l’on connaît, en Chine ce serait une mauvaise politique. McKinnon soutient plutôt que la croissance chinoise va se calmer et par là même la tendance des prix chinois défiants toute concurrence.
Comment éviter cette déflation et un taux d’intérêt nul à la japonaise pour la Chine tout en répondant aux attentes des américains sur le Made In US ? L’économiste suggère que la Chine utilise le taux d’échange comme une façon de réguler l’inflation domestique et d’apprécier légèrement le RMB, ce qui n’affectera pas le surplus commercial et sera bon pour l’inflation chinoise. La détermination du taux de réévaluation doit se faire pour qu’il soit égal à la différence entre l’inflation américaine et l’inflation ciblée chinoise. Une solution raisonnable et dénuée de tout esprit partisan ou de politique protectionniste que devrait écouter attentivement les décideurs pékinois.
17:10 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, économie, Etats-Unis, taux d'échange, japon
10.10.2007
Resté trop longtemps en RPC ?
Sur le blog de Jordan se trouvent les indices qui ont l’avantage de vous mettre la puce à l’oreille et de vous faire réfléchir pour savoir si vous êtes resté trop longtemps en Chine. En France, une question revient assez souvent : alors c’est comment être étranger en Chine ? Voici un début de réponse.
Avoir une tête d’occidental en Chine vous apporte une dose de célébrité sans vraiment le vouloir, des droits d’hôte ultimes, des préjugés et des raccourcis qui vous interpellent sur la profondeur des relations que l’on peut entretenir avec un interlocuteur chinois.
Dans les régions où l’étranger se fait rare, c’est un sentiment bizarre à la limite de la flatterie et de la gêne qui vous submerge en apercevant tous ces regards qui se posent avec insistance sur vous. Parfois un Hello vient briser la glace pour une éventuelle photo qui sera montrée aux amis.
C’est aussi un atout considérable pour atteindre une célébrité rapide, DaShan, le canadien, en témoigne. Arrivé en 1988 pour étudier le chinois à Beida, le futur ambassadeur de l’équipe olympique canadienne au JO de 2008 est partout, à la télévision comme sur les affiches publicitaires après avoir connu le succès grâce à un variety show à la télévision. 80% des chinois ont entendu parlé de lui, chose incroyable pour un étranger. L’américaine Rachel Dewoskin est aussi connue à la télévision chinoise pour avoir dirigé une série dramatique sur les étrangères ayant un compagnon chinois : Foreign Babes in Beijing. Idem sur les équivalents de la Star Academy où les étrangers ont droit à un peu plus de temps sous les spotlights et un traitement de faveur car ils tirent les audiences à la hausse.
Peut-on se sentir autre chose qu’un éternel étranger en Chine ? Non ! selon Dashan mais on peut se sentir intégré ajoute t-il. Encore faut-il ne pas trop vivre selon les canons du parfait expatrié pour ne pas se sentir trop déraciné et se sentir plus chez soi dans ce pays.
Alors faut-il penser qu’être étranger en Chine est un bon moyen d’accéder à la célébrité (une fois la langue maîtrisée) et le moyen par la même occasion de faire un peu d’argent ou faut-il s’offusquer des apparitions télévisuelles de personnes qui deviennent nos représentants et qui surenchérissent dans les clichés sur les Laowai (étranger). Certains étrangers maîtrisent tellement bien le mandarin que le producteur peut demander à Ben Ross par exemple de parler chinois avec quelques fautes grammaticales pour que les chinois en rigolent. Alors les étrangers à la télévision sont-ils manipulés ? Font ils exprès de se ridiculiser pour faire rire le peuple chinois ? Difficile à dire mais le débat fait rage parmi la communauté expatriée.
Ce que j’en pense c’est qu’il faut prendre avec beaucoup de recul ce soudain intérêt à sa petite personne et essayer de ne pas nourrir les préjugés des chinois sur le caractère parfois un peu romantique (comprenez libidineux) des français par exemple. On peut apprendre aux chinois comment faire la bise, mais faire démonstration complète du french kiss nous fait passer plus pour des bêtes de foire qu’autre chose.
11:50 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Chine, culture, étranger en Chine

