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05.12.2007

Carnet de chèque Rouge (1)

Ces derniers mois on se met à mandariner dans les rues de New York ou de Londres, les places financières voient rouge et se demandent si la monnaie frappée à l’effigie de Mao ne va pas échauder les phantasmes des spéculateurs. Les compagnies chinoises ont annoncé des prises de participation dans Barclays, Bear Stearns et Blackstone, trois grands noms de la finance internationale. Le géant de l’acier, Baosteel, aidé par ses petits copains du même secteur a même lancé des rumeurs sur une acquisition de Rio Tinto, avant de finalement se rétracter. Les valeurs minières et les énergétiques ont bel et bien investi dans du cuivre en Afghanistan ou du tungstène en Tasmanie. Aux dernières nouvelles, Sinopec investirait dans le développement du gisement de gaz géant iranien à Yadaravan.

Les investissements venus de Chine ont doublé cette année, et l’on sent que l’équilibre géopolitique se déplace vers Pékin avec sa réserve de changes de plus de 1000 milliards d’euros.

Les périljaunistes vous diront que derrière ces fonds spéculatifs se cachent de grandes entreprises d’état, pilotées elle-même depuis TianAnMen avec un plan détaillé, rigoureux, qui ne laisse aucune place au hasard, à la stratégie brillante et bien huilée mais la vérité est toute autre.

Pékin appelle cette stratégie d’investissement la politique du go out mais il y a moins de coordination que ce que les effets d’annonce et les analystes veulent nous faire comprendre. Les investissements sont souvent de l’ordre de l’achat de prestige et recherchent le profit rapide.

Un manque d’habitude d’évolution à l’international est parfois perçu, comme dans ce cas de rachat d’une compagnie minière brésilienne où les chinois ne comprenaient pas que l’entreprise ayant été privatisée depuis des années, ils se trompaient d’interlocuteur en s’adressant à l’Etat brésilien.

Désormais la tendance est plus à la théorie du chaos, plus qu’à la coordination nationale stratégique chapeautée par le Conseil de l’Etat chinois. Les initiatives privées erratiques font place au bon vouloir d’un seul comité décisionnel pékinois. Preuve en est avec l’affaire Temasek, histoire de ce fonds singapourien qui a été approché par pas moins que trois banques chinoises : la China Construction Bank, l’ICBC et la Bank of China pour un rachat de ses participations dans le Standard Chartered.

Même compétition entre deux acteurs chinois pour la reprise de Rover : Shanghai Automotive Industry Corporation et la Nanjing Auto. Situation ubuesque lorsque les deux constructeurs ont lancé des modèles identiques inspirés par le design du constructeur britannique et se sont poursuivis en justice pour violation de propriété intellectuelle. On ne peut pas parler d’un complot ourdi par les penseurs chinois unis sous la cause nationale du communisme pour conquérir les marchés et les technologies étrangères.

La vérité est plutôt d’ordre personnel et liés aux histoires de ces PDG : les égos surdimensionnés de ces self made men à la sauce piquante qui sont en bataille ouverte sur leur propre marché domestique obstruent la clairvoyance à long terme d’une primauté au sens de la patrie.

Pas de cellule secrète d’économistes qui analyseraient les 50 fonds les plus stratégiques du monde et sur lesquel les fonds souverains pourraient jeter leur dévolu. Pas de dragonéconomie globale mais de multiples petits dragons qui font des analyses financières pour leur propre compte. Ainsi les aciéristes chinois n’ont pas fait le poids bien longtemps face à l’offre de BHP Billiton pour Rio Tinto.

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