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31.01.2008

Confucianisme et croissance

Une des façons soit de rassurer, soit de critiquer gratuitement, soit de vouloir placer un bon mot en société après avoir passé quelque temps en Asie consiste à attaquer le soi-disant point faible des asiatiques, et de la communauté chinoise en particulier, à savoir le manque apparent de créativité. Voici rapporté d’une conférence de l’Insead un dialogue éclairant ce débat :

Un journaliste du Financial Times à Lee Kuan Yew, minister mentor de Singapour, père spirituel et politique de la cité-état :

Vous avez soutenu que la cohésion sociale était le facteur clé de succès de Singapour, mais il existe un autre point de vue qui soutient que Singapour est devenue une société conformiste. Les entrepreneurs ici m’ont rapporté que les Singapouriens étaient très bien éduqués, mais d’un autre côté, qu’ils manquaient de prise d’initiative et avaient peur de prendre la parole. Etant donné que Singapour veut devenir une société de la connaissance, et que pour cela vous avez besoin de gens créatifs, qui remettent en question le système, pensez vous que c’est un sérieux problème pour Singapour ?

LKY de répondre : C’est une vision classique d’occidental.

Si nous n’étions pas des gens créatifs, pensez vous que nous serions là à converser lors d’une conférence de l’Insead ? Pensez-vous que nos universités seraient placées dans le top 50 mondial ? Pensez vous que nous serions classés selon The Economist, et d’après une étude McKinsey parmi les cinq états les plus efficaces en matière d’éducation ?

En Corée du Sud, ils choisissent parmi les étudiants à l’université formant les futurs professeurs le top 5% pour devenir professeur des écoles. Nous faisons la même chose. Il y a 50 ans, nous avons visité tous les pays qui réussissaient leur intégration scolaire et nous avons pris le meilleur de chacun pour former un modèle qui nous convenait. Aujourd’hui, nos universités sont classées parmi les premières au monde. Non, je ne crois pas que vous pouvez dessiner des stéréotypes aussi facilement, si nous étions stupides, le prestigieux Financial Times ne serait pas venu nous poser cette question.

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Proposition n°1 de Jacques Attali: Améliorer la formation des éducateurs de crèche.

28.01.2008

Chine 2020

Regarder au-delà des cinq prochaines années est un exercice difficile et périlleux, surtout lorsque les cycles économiques se raccourcissent et qu’on n’arrive très difficilement à calculer le PNB de manière précise un an après la fin de l’année considérée. Pourtant, il semblerait que, dans le cas de la Chine, ce virage 2020 soit un moment historique pour la région et au-delà. Voici quelques questions autant faciles à poser que difficiles à répondre.

La Chine sera-t-elle capable de relever l’immense défi environnemental après que ces vingt dernières années de croissance économique effrénée aient ouvert la boîte de Pandore ?

Sans doute la croissance chinoise se calmera pour arriver sur des taux plus raisonnables de 5 à 7 %, en allant plus loin, on pourrait même considérer que la Chine ne performe pas à la hauteur des tigres asiatiques voisins que sont Taiwan ou la Corée.

D’autre part, la Chine devra faire face à deux grands manques en terme de leadership : le politique et le business.

24440b020ba335a1a452b55da31e1ceb.jpgCe modèle top down, hyper-hiérarchique, qui a fait le bonheur des entreprises manufacturières pourra t-il s’adapter à une économie plus tournée vers le service et montant en valeur ajoutée ? Le rôle du middle management deviendra de plus en plus prépondérant. Le modèle du LaoBan (patron) devra sans doute évoluer et connaissant la xénophilie des chinois, évoluer vers un modèle plus occidental qui devra sans doute se décliner en une version de management à la chinoise moderne avec, par exemple, plus de responsabilisation des échelons opérationnels des sociétés opérants sur ce marché afin de créer des solutions à des problématiques plus complexes.

Le politique, afin de continuer à assurer crédibilité et représentativité face aux contestations sociales de plus en plus visibles et un écart entre les riches et les pauvres de plus en plus insupportable. Viendra s’ajouter sur ces problèmes sociaux une pression démographique sans précédent, avec pour la première fois de l’histoire de nos sociétés modernes, une Chine qui vieillira avant de devenir riche. La guerre des talents continuera à faire rage et l’insoluble question des transferts de technologie ne viendra pas aider les multinationales installées en Chine à savoir se positionner sur ce marché en termes d’opération et de politique de ressources humaines.

Là où l’on dit « avant de devenir riche », il faut le comprendre par le fait qu’on ne peut raisonnablement penser que le PNB par habitant, aujourd’hui 10 fois inférieur à ceux de nos modèles occidentaux puisse atteindre, en si peu de temps autre chose que 50 à 60% des niveaux des pays industrialisés.

2020 un tournant pour le politique car il faudra que Pékin et Taipeh arrêtent de soutenir la politique : tiens, si on laissait à la Chine du futur et à Taiwan du futur le soin de résoudre nos différends. La république populaire de Chine veut voir Taiwan tomber sous sa coupe, comme un fruit mûr, sans combattre, à la SunZi et y arrivera sans doute, surtout si Taiwan commence à retrouver de ses valeurs dans la Chine des capitales modernes et rayonnantes sur l’Asie.

Enfin, pour les étrangers de Chine, qui auront mis si longtemps à gagner de l’argent dans ce pays, les explorateurs deviendront des intérieurs délivrant les bonnes pratiques pour réussir dans ce pays. Ils démontreront qu’il n’y a pas que Marco Polo capable de faire des affaires en Chine.

En 2020, j’aurai 35 ans.

25.01.2008

Des signes qui ne trompent pas

Les idées audacieuses sont comme les pièces qu’on déplace sur un échiquier : on risque de les perdre mais elles peuvent être aussi l’amorce d’une stratégie gagnante.

73efdb682306dedff0330d57379f5a87.jpgPékin est un des sujets de prédilection pour ne pas dire de préoccupation pour les maîtres du monde réunis à Davos, charmante station de ski nichée au cœur des Alpes. Parmi les sujets abordés, la hausse des salaires, qui intervient plus tôt que prévu dans le plan de développement économique du pays, l’obsessive question de la monnaie du peuple, le Yuan ou les récentes victoires du KMT à Taiwan.

A titre d’exemple, des tables rondes ont été animées sur les thèmes : Prévoir l’impact de la Chine sur les réserves mondiales, Les nouvelles multinationales asiatiques ou Que cela signifie d’être chinois ?

Même dans le domaine du design, la « coolitude » des créateurs pékinois étend son emprise sur le monde : Li Yongcun représente cette nouvelle vague ayant pour épicentre le centre de design de l’université de Tsinghua.

Pendant ce temps, à New York, Justin Lin, ancien officier de l’armée chinoise, véritable héros pour ce natif de Taiwan en République Populaire de Chine, un des premiers à obtenir un Phd aux Etats-Unis, succède à François Bourguignon comme chef économiste à la Banque Mondiale.

21.01.2008

Sur la diversité

Frank Brown, dean de l’Insead raconte que sa faculté travaille sur le concept de la diversité et de son impact sur l’innovation. L’adage managérial veut que la diversité engendre la créativité.

Une expérience amusante vient illustrer cette belle idée, parfois un peu malmenée dans sa crédibilité par des discours RH creux.

Si vous demandez à des innovateurs, travaillant dans tout secteur d’activités, de renseigner une liste de personnes qu’ils contacteraient s’ils devaient résoudre un problème de business rapidement, alors vous verrez apparaitre parmi ces contacts des profils bien différents en terme d’âge, de genre, de personnalités, de nationalités, de culture par rapport à l’innovateur qui les aurait sollicité.

Alain disait que tout homme persécute s’il ne peut convertir, mais la culture remédie à ce vice et rend la diversité adorable. Car un simple agrégat de cultures ne se transformera pas par magie en un campus centre d’innovation, il faut du temps, un objectif commun, du team building pour que le groupe voit grandir en lui ce sentiment d’appartenance et puisse travailler ensemble, en respectant les idées de chacun.

Maintenant, regardons en face une des questions les plus complexes à résoudre pour les managers face à la mondialisation : comment trouver l’équilibre entre les économies d’échelles que l’on peut lever en globalisant les activités et la réactivité à avoir pour savoir répondre aux marchés locaux. Carlyle le résume dans sa motto : Global Vision, Local Insight.

La réponse la plus logique face à ce constat serait de développer des opérations à l’échelle globale afin de favoriser l’innovation en confrontant les idées, en regroupant les forces vives. Comment alors résoudre les problèmes locaux spécifiques à un marché ?

Pankaj Ghemawat propose une méthode d’arbitrage originale appelée le triangle AAA pour Adaptation, Agregat, Arbitrage.

La méthode Adaptation doit exploiter les ressources localement tout en essayant de profiter d’un maximum d’économie d’échelle. L’Agrégation tend à maximiser les échelles et les portées des projets à travers la standardisation internationale. Quant à l’Arbitrage, cette stratégie recommande la spécialisation internationale, par fonction, à travers des collaborations verticales ou internationales.

Pour prendre quelques exemples et concrétiser ces concepts, une supply chain devra être optimisée globalement, tout en alignant localement la production au plus juste, certains projets R&D sont développés globalement alors que des recherches restent cantonnées dans une certaine région, marketing et standards obligent. La stratégie sera modulaire, flexible, décentralisée, collaborative dans le premier cas, fonctionnelle, orientée client, par compétence dans le second cas et culturelle, économique, géographique, administrative dans la troisième proposition.

Espérons seulement que certaines erreurs pourront être évitées comme cette campagne de publicité désastreuse en illustration.

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Faut-il le rappeler, ne pas écrire dans un email de proposition de collaboration sur une ligne que l’on respecte la culture chinoise et dans la ligne suivante que le Tibet est un pays indépendant (chose vue).

18.01.2008

Relire SunZi

Maître Sun a dit :

La guerre est la grande affaire des nations : elle est le lieu où se décident la vie et la mort ; elle est la voie de la survie ou de la disparition. On ne saurait la traiter à la légère.

La guerre est subordonnée à cinq facteurs ; ils doivent être pris en compte dans les calculs afin de déterminer avec exactitude la balance des forces.

Le premier est la vertu, le second est le climat, le troisième la topographie, le quatrième le commandement, le cinquième l’organisation.

La vertu est ce qui assure la cohésion entre supérieurs et inférieurs, et incite ces derniers à accompagner leur chef dans la mort comme dans la vie, sans crainte du danger.

Le climat et déterminé par l’alternance de l’ombre et de la lumière, du chaud et du froid ainsi que parle cycle des saisons.

La topographie comprend : les distances et la nature du terrain, lequel peut-être accidenté ou plat, large ou resserré, propice ou néfaste.

Le commandement dépend de la perspicacité, de l’impartialité, de l’humanité, de la résolution et de la sévérité du général.

Par organisation, il faut entendre la discipline, la hiérarchie et la logistique.



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Les choix sont plus nous que nous, le choix c’est la responsabilité mais l’expérience la plus abrupte de la liberté, le choix c’est l’engagement mais c’est aussi l’expression de ce que l’on est vraiment.

15.01.2008

Dragonomie

La pensée commune voudrait croire à une vision monolithique d’une Chine qui ne produit que des produits à faible valeur ajoutée à destination des pays riches, creusant de plus en plus les déficits commerciaux européens et américains. Encore en 2007, l’excédent commercial a augmenté de près de 50% pour atteindre un record à 262 milliards de dollars. Parmi ces ventes extérieures, le marché européen a augmenté de 29,2 % contre un timide 14% pour les Etats-Unis, l’Europe devient ainsi le premier partenaire commercial avec l’empire du milieu.

Une étude par le cabinet Dragonomics de Pékin nous prouve une fois de plus que les difficultés d’appréciation, les effets de loupe et la politique vient souvent polluer l’analyse rationnelle économique.

Il existe quatre drivers principaux dans la croissance d’un PNB : les exportations nettes, l’investissement, la consommation et le financement de l’Etat.
Selon les calculs actuels, la part des exportations dans la croissance du PNB atteignait l’horrifique, le gargantuesque chiffre de 40%. Ce qui laisse présager du pire en 2008 avec une économie américaine moribonde. Mais en s’y penchant plus près, on se rend compte que l’on compare des oranges avec des bananes puisque le PNB est calculé selon un agrégat de valeur ajoutée alors que les exportations sont suivies tout simplement par leur valeur brute globale.
Si l’on enlève la part des produits importés dans la fabrication des produits chinois, ce chiffre de 40% dégonfle à un niveau proche de 10%. Ainsi la Chine ne serait pas plus dépendante de ses exportations qu’un pays comme le Japon ou Taiwan. C’est une des raisons pour laquelle le dragon chinois a facilement absorbé le contrecoup de la période de récession vécu en 2001. Les chiffres de l’emploi viennent corroborer cette théorie puisque seulement 6% de la main d’œuvre chinoise travaille pour des produits destinés à l’export.

Ainsi, ces dernières années, même si les exportations ont augmenté considérablement de manière absolue, son impact dans la croissance du PNB est resté relativement stable car les produits sont plus high tech avec de nombreux composants venant de l’étranger.

Ceci dit, une des critiques que l’on pourrait porter à cette analyse serait que les investissements, qui comptent pour 40% de la croissance du PNB, soient liés à ces exportations. Mais Arthur Kroeber va plus loin dans l’enquête en notant que la plupart des investissements vont dans les infrastructures et l’immobilier et donc le risque de surcapacité, de surchauffe est amoindri.

La part des exports dans la croissance de l’économie américaine compte pour 30%, à comparer aux 11% chinois. Décidemment le donneur de leçons n’est pas celui que l’on croit.

13.01.2008

Le retour du Kuomintang

L’information la plus importante de la semaine pour l’environnement politico-économique en Asie n’était pas l’affaire du collier de Marie Antoinette, ou l’affaire de la bague de Carla mais bien le retour aux affaires du Kuomintang à Taiwan, face au parti du gouvernement au pouvoir de Chen SuiBian: le DPP.

fd8d1459feaaa4ad89a95804e83fa6b3.jpgPourtant ce président, pris lui aussi dans les affaires, a tout fait pour faire de son élection un référendum pour l’indépendance de plus en plus marquée de son île de 23 millions d’habitants. Le futur nouveau président (élection en Mars), Ma YingJeou promet plus de liens avec la mère patrie, notamment dans les affaires. Monsieur Chen avait bloqué les investissements chinois dans les entreprises taïwanaises, freiné la fuite des capitaux de Taipeh vers Pékin ou Shanghai, mais les choses vont sensiblement changer désormais et la colonie des taïwanais de Shanghai n’a pas fini d’écumer les bars à la mode.

Les éditorialistes taïwanais nuancent la victoire du KMT du fait des jeux d’alliances et de la façon de décompter les sièges, qui ne correspondent pas exactement à la tendance absolue des votes. Au-delà de ce constat, ces mêmes intellectuels sont particulièrement effrayés par la perspective d’un Taiwan complètement à la botte de Pékin, sous le management du Kuomintang. Certaines voix s’élèvent pour prévenir de toute tentative du nouveau gouvernement d’utiliser la loi Anti Sécession chinoise afin de rendre hors la loi toute référence à une indépendance. On craint même que le DPP, parti de Chen, soit interdit de cité, avec un Taiwan redevenant un pays à parti unique, sorte d’île structurée autour d’une seule grande ville, où l’industrie sera délocalisée à quelques centaines de kilomètres, une sorte d’Honolulu de la Chine, une île à touristes, une grande Hainan.

Le problème est que le KMT n’a pas gagné mais que le DPP a considérablement perdu de sa crédibilité et donc le temps était venu pour le Kuomintang de reprendre les rênes du pouvoir. Bien sûr, le KMT est toujours attaché à son concept d’Une Chine, mais la différence avec le KMT de Chiang Kai-shek est que la Chine unique est maintenant sous le joug de Pékin, pas sous la protection de Taipeh.

09.01.2008

Brider votre ADN corporate

Depuis que les grandes entreprises sont dans la course aux compétences qui vont faire d’elles des grands leadeurs globaux, elles ont cessé de se voir comme des entités destinées à fournir des gammes de produits à délivrer aux populations. C’est ainsi qu’elles essayent, pour les meilleures d’entres elles à incorporer dans leur ADN, des compétences internationales, nécessaires à l’internationalisation.

Parler en langage génétique n’est pas anodin car la ville la plus globalisée est sans doute Singapour et là bas on croit aux vertus de l’eugénisme mais c’est un autre débat.

Parmi les firmes globalisées, certaines parlent chinois, certaines parlent culture chinoise couramment, certaines voudraient comprendre le chinois, certaines restent sourdes à la bourrasque des 10% de croissance à 10 000 km de Paris.

Honda maîtrise la compétence core, la compétence clé de la motorisation et c’est ce qui lui donne un avantage compétitif dans de nombreux business : moto, voiture mais aussi matériel d’entretien du jardin et générateurs de puissance.

L’entreprise qui intègrera la compétence core CCF : China Culture Fluent aura le moteur de l’avantage compétitif sur ce marché. C’est indispensable. Selon le très bon livre China CEO, de la CEIBS (China Europe International Business School), ces compétences sont au nombre de cinq :

L’humilité, la force, la patience, la rapidité, la faculté à construire un réseau.

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L’humilité pour éviter un style néocolonialiste, inspirer et coacher les employés chinois sont les bonnes pratiques mises en valeur selon Fernandez et Underwood.

La force pour défendre les valeurs et la culture de l’entreprise (vision corporate à opposer à une vision culturelle)

La patience car le YiBuYiBu (pas après pas) est un des moyens les plus efficaces pour arriver à ses fins.

La vitesse, parce qu’il faut être flexible et réactif à outrance aux environnements concurrentiels et judiciaires si fluctuants.

Le Guanxi, évidemment, pas seulement en interne mais aussi avec l’externe, les clients, les fournisseurs, le gouvernement. Le lobbying comme sport national.

06.01.2008

L’aviation chinoise s’envole

L’aéroport de Bangda au Tibet est un vrai challenge pour les pilotes aussi bien que pour les machines comme l’a été l’aéroport de Hong-Kong en son temps. Lové au cœur des montagnes du grand Ouest de la Chine, dans le secret du plateau tibétain, cet aéroport est le plus haut du monde, placé à 4300 m. d’altitude. C’est pourquoi la flotte d’avions volant en Chine actuellement a beaucoup de mal à s’adapter à ces conditions exceptionnelles. La solution trouvée par Pékin est tout à fait originale et intéressante puisque la Chine va construire un petit jet plus maniable et adapté au relief original tibétain. Ainsi, Bangda restera sur la carte des destinations accessibles par les airs et permettra à la Chine de rejoindre le club des concepteurs et constructeurs d’avions.

421d9c7c386b601017644b94ee754a92.jpgPrévu en Mars 2008, l’Advanced Regional Jet for the 21st century, le ARJ21, est le premier avion jamais construit en Chine depuis 40 ans, et les ingénieurs chinois l’ont conçu pour qu’il soit à la pointe des technologies de propulsion et de l’électronique embarquée. Sa capacité est de 90 passagers et a pour ambition de devenir une référence dans le domaine.


Selon les sources de Boeing, les compagnies aériennes auront besoin d’acheter quelques 29000 avions pour 2800 milliards de dollars et près d’un tiers d’entre eux seront pour le marché asiatique d’ici 2030. La seule Chine devrait consommer 340 milliards de dollars pour 3400 nouveaux engins ces 20 prochaines années. Aujourd’hui, la Chine dispose d’une flotte de 1000 unités. De plus le marché des petits porteurs est en pleine explosion, avec des capacités au maximum de 150 passagers. On comprend mieux pourquoi l’AVIC (China Aviation Industry Corporation I) se lance dans la bataille des airs.

Ce marché si prometteur n’est pas sans risque, les leadeurs sont le canadien Bombardier et le brésilien Embraer mais les indonésiens ont essayé de lancer leur propre programme, balayé par la crise asiatique de 1997, les japonais n’ont jamais pu transformer en succès commercial leur solution sortie des usines Mitsubishi et Fuji.

La Chine a un avantage concurrentiel double : tout d’abord son expérience dans les domaines du militaire, tout comme l’acteur brésilien, mais aussi un marché local qui pourrait déjà remplir les carnets de commande en cas de succès technique. Le pays essaye de désengorger les grands centres urbains et de construire des aéroports régionaux, surtout dans l’ouest, fruit de la politique Far West du gouvernement pékinois.

La bataille a déjà commencé puisque les russes, les brésiliens et les canadiens se sont rués sur les opportunités et font la cour aux compagnies aériennes chinoises. La menace pourrait arriver de l’Est puisque les japonais travaillent sur un jet très efficace énergétiquement, dans la lignée de Dreamliner 787 pour l’utilisation des matériaux composites.

Enfin, troisième volet de cette guerre technologique et commerciale, l’intervention de l’Etat. Les administrateurs se sont prononcés pour le blocage de toute création de nouvelle compagnie aérienne chinoise si elle n’utilisait pas les nouveaux ARJ21 nationaux. Bien sûr, l’OMC a son mot à dire mais la bataille entre dans un nouveau terrain, encore plus obscur, celui du juridique. Le gouvernement contrôle encore les décisions d’achats, c’est un fait.

Quant à ceux qui ne voudront pas monter dans un avion 100% made in China, qu’ils se rassurent, l’ACAC n’en ai pas à son premier projet puisque les origines de la compagnie proviennent des joint ventures avec Boeing et Airbus dans les années 80. L’usine de Shanghai a même été élu la meilleure par son donneur d’ordre Boeing en 2005. La supply chain est optimisée, beaucoup plus qu’en Europe, et c’est toute la Chine qui participe à l’effort national. Des éléments venant du berceau de l’aéronautique chinois voulu par Mao : Chengdu, de Xi’An, de Shenyang. Encore un point de plus pour le constructeur chinois, qui n’hésite pas toutefois a acheté à l’extérieur des éléments critiques à GE ou Honeywell.

Quant à son service de maintenance, il reste encore à construire un réseau global pour éviter qu’un avion ne soit pas cloué au sol plus longtemps que 3 jours. Reste aussi à obtenir les autorisations de voler dans les airs américains ou européens. Mais la stratégie chinoise est à long terme, avec une ambition affichée de concurrencer Boeing et Airbus horizon 2020. Décidemment le ciel n’a pas de limite.

03.01.2008

Nous sommes tous Pékinois

Les immeubles seront beaux et apprêtés, les stades aux centaines de millions de dollars seront neufs et colossaux, CCTV5 (chaîne sportive chinoise) est déjà devenu CCTV JO, les rues seront olympisées dans 8 mois. 8 mois pour refaire une beauté à une ville vers laquelle tous les regards vont converger. 8 mois pour soigner sa face, ses façades, sa façon d’être.

738ca563dafd512b654ced2bb1e15080.jpgSans aucun doute les chinois ne seront pas en retard sur les constructions et les infrastructures mais les esprits chinois seront-ils prêts à recevoir les critiques venues du monde entier ? Les personnes qui visiteront la capitale seront prévenues de la sensibilité chinoise sur les questions du Tibet, de Taiwan, du Darfour, des droits de l’homme, seront-ils pour autant assez compréhensif sur le concept de communisme capitaliste autoritaire ? Ajouté à la désinformation commune des deux côtés, aux problèmes de langues, les incompréhensions seront pour le moins sportives dans les discussions d’après match.

Beaucoup de chinois d’outre mer mais aussi d’oubliés de la croissance vont vouloir profiter de cette vitrine pour exprimer leur rancœur envers le régime pékinois, et lorsqu’on sait qu’on peut finir au poste pour une blague déguisée sur WangFuJing (principale rue commerçante à Pékin), on peut craindre qu’un débordement tourne mal pour l’image de ces jeux.

Un autre aspect du problème pékinois, et ce qui fait que ce titre devient symbolique d’une des plus grandes préoccupations des pays en développement est celui de la réconciliation de l’écologie et du développement économique.

Pékin a soif.

Certains osent même parler de relocaliser l’emplacement de la capitale. Pékin symbolise le centre du pouvoir de la Chine depuis 1421 malgré quelques épisodes historiques où la capitale a été momentanément déplacée, à Nankin notamment.

Déjà Pékin pompe les réserves en eau de toutes les provinces environnantes, le prix devient très difficile à supporter pour la communauté urbaine, forte de près de 20 millions d’habitants. Un projet de détournement de toute la rivière Han est à l’étude après avoir commencé à épuiser la rivière Hai. Le président Hu, ingénieur en hydraulique de Tsinghua, ne pourra pas le contredire, c’est une folie de miser sur le développement économique, industriel et démographique de la ville, déjà étouffée par le trafic urbain, la ceinture industrielle, la folie immobilière.

C’est la version chinoise du Financial Times qui l’avance, relocaliser la capitale dans un endroit favorable au développement économique, au développement de l’immobilier sans pression démographique trop importante dans une ville moyenne de 3 à 4 millions d’habitants ferait souffler Pékin et la planète par la même occasion.

Ce n’est plus l’invasion des Mongols qui est à craindre à Pékin.

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