06.02.2008
Le Marketing Poupées Gigognes
Les entreprises qui font des affaires en Asie, particulièrement en Chine font face à des marchés hétérogènes et la façon dont les consommateurs arbitrent leurs achats n’est pas souvent facilement prévisible. A l’image des pratiques dans les pays développés, beaucoup de chinois urbains sont familiers avec les nouvelles technologies et savent trouver les renseignements qu’il faut sur le web. Cependant, contrairement aux occidentaux, les chinois sont moins loyaux envers une marque et sont surtout enclins à choisir un prix compétitif plus que le prestige ou la qualité d’une marque selon un rapport récent de la Wharton.
C’est ainsi que des marques de cosmétique comme Estée Lauder sont toujours attentives à leur capital marque : même si la consommatrice chinoise peut mettre beaucoup d’argent dans une marque de luxe, elle peut aussi facilement changer de préférence si une promotion est faite chez un concurrent.
De plus, les asiatiques sont plus ou moins enthousiastes sur le passage à l’achat des marques étrangères. Ainsi les japonaises sont assez nationalistes dans leurs choix de marques, et donc le ticket d’entrée au Japon est toujours élevé. Par contre, les coréennes ont toujours accepté de se fournir parmi l’offre de marques étrangères. En Chine, les positions ne sont pas encore tout à fait décantées avec des marques japonaises qui trouvent un certain succès mais les chinoises désirent regarder du côté des produits occidentaux. Il n’en reste pas moins que le marché est encore au stade de l’investigation avec des consommateurs qui s’essayent encore entre plusieurs marques. Il arrive fréquemment que les jeunes chinoises amènent leurs mères dans les rayons de cosmétiques pour faire des essais. Autre statistique intéressante : 7 asiatiques sur 100 utilisent des déodorants régulièrement. Autant dire que le marché est ouvert.
Les consommateurs chinois ne sont pas loyaux vis-à-vis des marques mais conscients de celles-ci. Anecdote à l’appui : lors de l’épisode du SARS, on a vu apparaître des masques chirurgicaux estampillés Louis Vuitton.
L’autre grande tendance de ces marchés est l’émergence du marché good-enough qui est un casse tête pour les marketeurs. Le débat se situe dans le positionnement entre les eaux troubles du « bon marché » et le plongeon dans le grand bain du luxe. Bien sûr, selon les catégories de produits, le choix penche plus vers un positionnement premium ou abordable : les produits destinés aux enfants en bas âge sont typiquement premium avec des prix en hausse qui entraînent une augmentation des parts de marché. Personne ne veut adopter une marque moyenne pour son enfant. Ajouté à cette tension le fait que les consommateurs de Shanghai auront des goûts différents en terme de choix techniques que leurs compatriotes du Sud ou des provinces rurales, les offres sur mesure fleurissent suivant les localisations géographiques.
Selon P&G, une position à 15% du marché en terme de CA, lorsqu’elle correspond à seulement 5% du marché en terme de volume est un positionnement intenable sur le long terme car trop de place est laissé aux produits low cost. C’est donc la part en volumes qui est la plus intéressante à suivre et la bataille du low cost en vaut la chandelle car les effets d’échelles sur les achats, le marketing, la production sont considérables.
Une caractéristique qui pourra sembler anecdotique mais qui a partiellement causé 25% de chute des ventes chez un grand producteur de produits d’hygiène buccale est celui des push-girls qui attirent les consommateurs vers les produits dont elles font la promotion et n’hésitent pas à appuyer leurs arguments commerciaux par des contre-vérités marketing.
L’investissement dans la relation avec le gouvernement est un passage obligé : en prévision d’une gestion de crise éventuelle, c’est une des meilleures assurances vie. Ne pas oublier de garder un œil sur le marché parallèle qui pourrait revendre vos articles sans que vous maîtrisiez le circuit logistique et le prix final, faire des recherches et autres focus group pour connaître le goût des consommateurs sont trop souvent des étapes importantes négligées.
La complexité de ces marchés est donc reliée directement à la force de leurs potentiels qui se transforment tous les jours en vérités chiffrées : le seul marché chinois représente 6% du CA de P&G et les marchés émergents représentent même chez Unilever 44% de leurs ventes.
11:00 Publié dans Vie du Marché | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Marketing, Asie, Chine, consommateurs, bonnes pratiques


Commentaires
Je m'appel Yann et je suis aussi Marketer.
J'envisage de créer une société à Guangzhou alors je me renseigne sur les comportement du consommateur chinois.
Dans ce cadre je suis tombé sur ton article « le Marketing Poupée Gigogne ».
Tu écris dans le cadre de P&G : « C'est donc la part en volumes qui est la plus intéressante à suivre et la bataille du low cost en vaut la chandelle car les effets d'échelles sur les achats, le marketing, la production sont considérables. »
Seulement ceci n'est possible que pour les grosses entreprises et même pour celles-ci ca reste une stratégie risquée sur le long terme car on peut rapidement perdre à ce petit jeu la avec les compétiteurs chinois locaux.
Enfin ce qui m'a intéressé c'est ton analyse sur le positionnement des marques.
La majorité se positionnent « bon marché » ou « luxe », es ce que tu penses que le consommateur chinois moyen n'est pas encore prêt à acheter du « gamme moyen » ? Mais il préféra surement acheter du luxe pour l'image…
Merci pour ton article et si jamais tu trouves le temps de répondre…hé bien merci de ta réponse !
Ecrit par : YANN | 07.02.2008
Merci Yann pour ce commentaire.
Tout d'abord, je ne suis pas un spécialiste du marketing mais il arrive parfois que le sujet m'inspire.
Tu as tout à fait raison, les effets d'échelles ne se manifestent que pour les entreprises d'une taille respectable (plusieurs centaines de millions d'euros de CA sur le marché chinois).
La bonne traduction de good enough market est : gamme moyenne. Il est hors de question de se battre avec les players nationaux sur le marché bas de gamme chinois, c'est suicidaire. Par contre, sur le marché good enough, il y a un vrai débat comme je l'avais souligné dans 2 articles précédents : La bataille du milieu en empire du milieu.
http://lustintranslation.blogspirit.com/archive/2007/10/24/la-bataille-du-milieu-en-empire-du-milieu-1.html
Enfin, pour avoir des données chiffrées sur la démographie :
http://lustintranslation.blogspirit.com/archive/2007/03/30/la-nouvelle-classe-moyenne-chinoise.html
Où l'on se rendra compte que le positionnement stratégique marketing n'a jamais été autant nourrie par les réflexions démographiques.
Ecrit par : Benoit | 07.02.2008
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