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07.08.2008
Beijing HuanYing Ni

Bienvenue à Olympicland, pays du pékinoïsme, nouvelle sorte d’égocentrisme de l’empire du milieu qui se prépare frénétiquement, jusqu’à l’excitation la plus folle, à accueillir ses jeux.
Pékin 2008 n’est pas Berlin 1936, mais bien Tokyo 64 ou Séoul 88. Un concert des nations qui vient célébrer l’entrée dans les nations économiquement incontournables un nouveau membre, partenaire privilégié de toutes les multinationales du monde. Pourtant l’essor de la Chine, profitable à tous, opportunité pour beaucoup d’autres nations, ne s’est pas fait grâce à la tenue de ces jeux, mais bien malgré eux.
Car les jeux sont aussi l’occasion malheureusement pour le clan des conservateurs de Pékin de restreindre la diffusion des visas, de déployer des forces de polices disproportionnées et de ne pas respecter les promesses de 2001, échauffant encore plus les esprits des journalistes, qui n’en demandaient pas tant.
Politiquement, cette année, la Chine ne ressort pas grandie de son soutien au régime birman, au despote soudanais ainsi qu’au véto lancé à la face de l'ONU au sujet de l’intervention au Zimbabwe. Là encore, beaucoup de chemin reste à faire pour fêter l’entrée de la Chine au rang de nation responsable diplomatiquement.
L’appel au premier JO vert restera aussi un vœu pieu, plongeant les autorités dans les eaux troubles du ridicule ou du mensonge public. Il était impossible de neutraliser les effets néfastes des fumées des zones industrielles de Pékin. Pas en si peu de temps. Pas de façon si artificielle. Le problème de l’approvisionnement en eau de Pékin, de la politique de la ville en matière d’aménagement urbain, des tempêtes de sables venus de Mongolie Intérieure, des rejets de fumées toxiques restent entiers. Mais ici une lueur d’espoir vient éclaircir le smog pékinois puisque pour la première fois, le chinois de la rue a pu constater les effets de la politique de restriction des voitures et des industries polluantes. Lorsque l’on commence à apprendre à mieux respirer on pourrait s’attendre à ce que l’on commence à protester.
Et c’est ici que réside l’immense espoir proposé par ces jeux. Malgré toutes les erreurs de communication avec les étrangers, malgré les faux pas, le ridicule opéra de création d’ennemis imaginaires pour faire encore plus grandir le nationalisme, il reste l’incroyable engouement populaire autour de ces jeux. Des années que tous les chinois préparent cet événement. Je ne connais aucun ami chinois qui n’aurait pas aimé être volontaire pour ces jeux là. La voilà la Chine, reconnue pour sa grande force de cohésion autour d’un objectif commun. La Chine qui a mis 100 ans pour accueillir ses jeux et qui pour la première fois est en passe de rafler le plus beau tableau de médailles des nations.
Plusieurs questions se posent à la veille de l’ouverture de la grand messe populaire :
Pourra t-on lire autre chose dans les journaux français que des titres tel : « la face cachée de la croissance chinoise ? » ou « parole donnée à un dissident chinois » voire même « comment la chine a de belles infrastructures mais les inégalités de salaires sont criantes », ou, le meilleur pour la fin : « comment l’air n’est pas bon à Pékin ! » ?
Citius, Altius, Fortius sera t-elle vraiment la devise de ces jeux ? Autant sur les performances sportives que dans la qualité de l’organisation, dans les stades comme en dehors.
Comment transformer cette réunion des peuples en cure de jouvence pour l’économie du pays, pour la paix sociale intérieure et entre les peuples ? Les signes d’un trop plein de confiance, comme on me l’a fait remarqué lors d’un case lunch, sont les signes avant coureur d’une fragmentation de cette puissance toute juvénile. Les cassandres de la croissance chinoise auront-ils plus d’arguments après ces jeux ?
Pékin 2008 fera t-il rêver les peuples ? Ce seront bien sûr les jeux les plus regardés de l’histoire, les chinois étant de grands consommateurs d’événements télévisuels sportifs, mais 2008 sera-t-il l’événement véritablement marquant le bouleversement de la tectonique des plaques géopolitiques ?
14:10 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : JO

