12.10.2008
Le plan C
Implosion des plus anciennes banques d'investissement américaines, volatilisation de plus d'un trillion de dollars de valeurs boursières en un seul jour, addition de 700 milliards de dollars pour les contribuables américains, la main invisible du marché et le dogme du laissez faire sont en fin de cycle.
Cette intelligence collective appelée économie de marché, sorte de golem, sans intention et sans but est capable de servir au mieux l’homme, mais aussi de tout détruire sur son passage.
Il va être très intéressant de suivre comment les autorités vont tenter de réguler à nouveau les marchés pour retrouver de la confiance et de tenter de maîtriser ce qui nous échappe. C’est la réponse à moyen terme attendue.
A court terme, l’action gouvernementale est primordiale, soit dans le rachat des actifs toxiques, soit dans les prises de participations dans les banques touchées et la garantie des dépôts bancaires. L’exemple historique de la Suède qui avait réussi son plan de reprise au début des années 90 faisant face à une crise immobilière puis financière nous offre un scénario optimiste. L’échec à la japonaise des années 90 nous promet une nouvelle décennie perdue à l’échelle globale. L’étendue du problème est différente mais le parallèle intéressant. Espérons que la crise ne s’étende pas à une crise des taux de change, ou à une déflation couplée à la récession qui s’est déjà installée.
Enfin à plus long terme, c’est la mondialisation qui prendra une autre tournure, les frontières entre l’état et le marché seront bouleversées dans d’autres domaines que celui de la haute finance. Déjà dans le secteur des commodités, les interventions publiques se sont multipliées ces derniers mois. Beaucoup de politiciens avaient alors dénoncé les effets néfastes de la spéculation des investisseurs.
L’America Inc est en train de perdre son aura économique et son influence intellectuelle. C’est la revanche des pays riche en capitaux, économes et exportateurs.
Wang Qishan, le vice premier ministre chinois a lancé lors d’un sommet récent à ses homologues américains : « maintenant, ce sont les professeurs qui ont des problèmes ».
L’enchaînement logique pour la Chine est une plus faible croissance des exportations aux Etats-Unis. Déjà en ralentissement cette année avec la crise du crédit, les entreprises auront de plus en plus de mal à trouver des sources de financement à moindre coût.
Seule bonne nouvelle pour les industriels et les consommateurs, les pressions inflationnistes sur le prix des commodités et du combustible seront allégées. Avec une demande globale en baisse, le baril sera échangé jusqu’à fin 2008 pour moins de 100$. Déjà cette année, la demande américaine en pétrole est en recul de 0,5%. Le prix des matières premières en baisse sera impactant sur le prix des denrées alimentaires et la Chine pourra bénéficier d’un répit sur le taux d’inflation grimpant ces derniers mois. Ainsi le gouvernement chinois aura plus de marge de manœuvre pour stimuler son économie, jouer sur les retombées positives des jeux olympiques et contrer les conséquences néfastes du credit crunch.
Les pressions sur une réévaluation du Yuan se feront plus pressantes, notamment à cause des taux d’intérêts directeurs de la FED qui sont durablement bas pour tenter d’injecter des liquidités sur le marché interbancaire.
Il est très difficile d’imaginer que la bourse de Shanghai peut raisonnablement performer mais si les manufacturiers chinois voient leurs niveaux de marges s’apprécier du à la baisse du coût des matières premières, la donne peut changer. Encore faut-il que les investisseurs soient réceptifs aux signaux de l’économie réelle et que le moteur de la demande intérieure chinoise soient plus fort que la baisse des exportations attendue.
Enfin, et surtout, d’immenses opportunités de rachat vont apparaître aux Etats-Unis, ne manquant pas d’alimenter le débat politique des prises de participations étrangères. Des opportunités inouïes sont en train d’être créées pour le fonds souverain chinois.
En suivant cette piste, on peut reprendre l’idée lancée dans le Financial Times d’aide historique des chinois à la seconde phase du plan Paulson. Selon certains experts, les 700Md$ ne sont pas suffisants pour sauver l’économie américaine. Les actifs toxiques sont considérablement plus élevés que ce que le plan prévoit de couvrir. Dans ce cas, et en complément de la valeur résiduelle de revente de ces mêmes actifs dans quelques années, d’autres canaux devront être activés pour faire face à cette crise sans précédent. Or qui possède le plus de réserve sous forme de bons du Trésor américain ? Ici entre la Chine et ses réserves de 1800Md$.
Si la Chine a acheté des bons du Trésor, c’est qu’elle a déjà aidé au financement de l’économie américaine. A crédit, indirectement et involontairement, la China a déjà financé, par la dette la croissance américaine ces dernières années. Cette fois, directement et volontairement, les autorités bancaires pourraient prêter sous certaines conditions ce montant aux américains.
Ce serait un événement historique d’une ampleur sans précédent, démontrant que la Chine prend toutes les responsabilités de sa place dans le monde, d’une économie qui n’est plus découplée aux économies occidentales, tout ceci à des conditions raisonnablement dosées.
09:12 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : chine, crise financière, credit crunch


Commentaires
Bonne analyse et bon blog...
Ecrit par : marketing chine | 01.07.2009
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