17.12.2007

Au delà des mythes sino-américain

9f630b62fe095a4b6ada637731424931.jpgJim Rogers, une personne qui fait référence dans le monde de la finance pense que Shanghai est la nouvelle Londres ou la nouvelle New York des années 2000 puisqu’il vient de décider de déménager et de convertir ses actifs en Yuan. Il ajoute même : “Je déménage en Asie, (à Shanghai, Canton ou Hong Kong), parce que c’est faire comme ceux qui sont venus habiter à New York en 1907 ou à Londres en 1807. C’est la vague de l’avenir ” L’Express consacre sa une à la Chine sur le titre vendeur : va-t-elle craquer ? Quelques indices et pistes de réflexion peuvent nourrir le sempiternel débat sur « la Chine, menace ou opportunité ? » d’un point de vue à la fois macro économique et de la relation bilatérale sino-américaine. Tout d’abord les investissements américains ne sont pas si importants que les citoyens américains le pensent. Certes ils ont augmenté récemment mais les 15,5 milliards de dollars investis ces dix dernières années comptent seulement pour 1,6% du total. Un mouvement qui ne saurait donc pas s’arrêter quand on remarque que les investissements américains en Irlande ou en Allemagne sont toujours trois fois plus importants sur la même période et que les portes d’entrée de Honk Kong et Singapour sont encore des gateways historiques. D’autre part, il ne faut pas croire que les Etats-Unis sont moins protectionnistes que les chinois. Preuve en est sur l’accès au marché américain considérablement freiné pour les entreprises chinoises, exception faite peut-être des Haier et Lenovo. Ainsi les chinois privilégient des marchés aux barrières moins importantes comme l’Europe. En fin de compte, qu’est ce qui attire les Etats-Unis en Chine ? Plus que l’ouvrier, c’est le consommateur. Plus de 75% des ventes effectuées par les entreprises à capitaux à majorité américains en Chine ont été effectuées en destination du marché local. Dans les autres pays, un rapide benchmark démontre que ce taux moyen est à 64%. Un des débats les plus intéressants dans la chambre de commerce américaine est celui de la pertinence de l’indicateur économique de la balance commerciale par rapport au fameux, au phantasmagorique « made in China ». Aujourd’hui, la balance commerciale ne fait pas le distinguo entre le Made In China et le Made By Chinese ou le Made thanks to American asset. La supply chain change le monde et les américains poursuivent ce débat un peu stérile sur le China Bashing alors que ces jouets sont fabriqués grâce à des capitaux américains et viennent alimenter les résultats financiers d’entreprises américaines et donc finalement les impôts américains. Peut-on compter dans le déficit commercial des ventes liées à des entreprises détenues par des capitaux américains opérant en Chine ou même des filiales chinoises de companies multinationales ? Les américains ont une certaine tendance à vouloir se faire peur, ou à vouloir se challenger pour justifier la passion qu’ils mettent dans leur travail ou les crédits qu’ils mettent dans le budget de la Défense. Ce faux débat sur le China Bashing, de même que celui du taux de change en est encore l’illustration.

29.10.2007

Tugud, Warren et Geng

Alors que la longue marche du baril de pétrole à 100 dollars s’accélère, à Shanghai c’est tous les flux financiers qui sont attirés par l’IPO de plus de 440 milliards de dollars de PetroChina. La compagnie pétrolière chinoise est devenue la deuxième capitalisation boursière du monde, devant General Electric et le but est bien entendu d’aller chercher le titre de numéro un du géant Exxon-Mobil. 夸夸其谈, we’re talking really BIG. Dans le même temps, la China National Petroleum, la société mère de Petrochina, qui a injecté la plupart de ses actifs et passifs en 1999 (exploration & production, raffinage & vente, produits chimiques & gaz naturel) dans Petrochina est côté à Hong Kong et New York. D’où la question : qui est le principal actionnaire étranger de Pétrochina ? Berkshire Hathaway, la société rachetée par Warren Buffet. Mais plutôt doit-on dire, qui était le principal actionnaire étranger. Car Warren Buffet s’est désinvesti de ce titre quelque peu encombrant sur fond de campagne pour sauver le Darfour. Même si Buffet rejette l’idée de vendre sous les pressions de cette campagne, les risques géopolitiques dans la région avec des rebelles qui ont attaqué le pétrole du Défra mardi dernier a joué dans la balance et donc le magnat américain a dû vendre « un peu trop tôt » selon ses propres termes. Il y a quelque chose de presque Babelien, pour reprendre la trame du film de Alejandro Gonzalez, de penser que les actes d’une poignée de rebelles dans la région du Soudan a des répercussions extraordinaires sur le comité du directoire (dont Bill Gates fait partie) de Berkshire et sur la place boursière de Shanghai. Geng Chen, le CEO de Petrochina est accusé parmi d’autres par les rebelles soudanais de fournir en armes le gouvernement de Khartoum et c’est Buffet qui suit les recommandations des investisseurs en sortant du capital du géant chinois. En effet la région est explosive et même chez les voisins proches du Soudan, le sentiment anti-chinois monte. C’est 9 ouvriers chinois qui ont été tués en Avril dernier en Somalie lors d’une expédition exploratrice par des rebelles éthiopiens. Peut-on vraiment reprocher à la Chine de vouloir satisfaire une demande en énergie qui est passé de 3,4 % de la demande mondiale début des années 90 à plus de 8,6% aujourd’hui ? Le faire au Soudan, sûrement. Le faire en Afrique, sûrement pas. Tugud, le rebelle soudanais, Warren, l’investisseur mythique de Wall Street, Geng, le PDG de Pétrochina. Tous convoqués au banc des affaires de ce monde, communiquant selon leurs propres codes culturels africains, américains et asiatiques et actionnant des leviers déterminants pour la stabilité du monde et de son approvisionnement énergétique. Qui a dit que l’homme africain n’était pas entré dans l’histoire ?

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15.10.2007

Une inversion de tendance

C’est le magazine Forbes qui le révèle, un petit secret qui n’est pas si politiquement correct de dévoiler sur la place publique financière : les entreprises américaines commenceraient à faire plus de profits en Chine que dans leurs marchés originaux. Selon une étude de la chambre de commerce américaine, 60% des 900 compagnies membres de l’organisation ont une entreprise WFOE (Wholly foreign-owned enterprise) en Chine contre 33% il y a 8 ans. Parmi elles, 75% font des profits sur un marché qui était réputé pour son potentiel plus que pour des bénéfices à pouvoir dégager de façon immédiate. C’est le Wall Street Journal qui reprend l’information en titrant sur la cash généré enfin à la hauteur de toutes ces années d’anticipation. Ainsi, la Chine est donc maintenant en passe d’être reconnue non plus seulement comme une source de revenu mais désormais comme une source de profits considérables. Le premier marché pour les télécommunications, le deuxième pour l’automobile, l’internet, les minérais, les ordinateurs personnels… Alors que la Chine représentait seulement 2,5% du chiffre d’affaire d’une entreprise comme Caterpillar il y a un an, la compagnie de Mr. Lavin espère tripler ce chiffre d’ici 3 ans. Si on ne réussit pas en Chine, c’est notre position de leader mondial qui sera challengée martèle t-il. C’est aussi l’avis du CEO de Americon Tricon Global Restaurants, le groupe qui détient notamment les enseignes KFC. Aujourd’hui il y a plus de 1000 restaurants KFC en Chine et McDonalds plus de 600, proposant un fast food occidental au style chinois. La part de la Chine dans le chiffre d’affaire de KFC atteint les 30%. Pourtant, ce n’est pas sans compter la créativité chinoise en matière de concurrence, illustration : McDonald se dit MaiDangLao 麦当劳 en chinois. KFC se dit KenDeJi 肯德基. Les chinois ont donc inventé le MaiKenJi 麦肯基, la version chinoise fusion des deux marques américaines.

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Hilarious. PS : Merci à Lucien pour l'idée du McDo/KFC chinois.

12.10.2007

Taux d’échange sino-américain, un parallèle japonais

Dans le livre Exchange Rates under the East Asian Dollar Standard de Ronald McKinnon, le professeur de Stanford fait le parallèle entre la situation du Japon à la fin des années 80 et celle de la Chine des années 2000. Dans les années 70 et 80, la croissance industrielle du Japon était la plus forte du monde. Du fait des contraintes naturelles du pays et de sa petitesse, ils sont passés maître du Juste A Temps. Ne comprenant pas l’anglais des nouveaux systèmes d’informations américains, ils ont inventé le Kanban. Tout le monde parlait du Japon comme d’une puissance inexorable, en passe de prendre les rênes du monde économique occidental. Tout comme la Chine d’aujourd’hui. Selon certains experts, le taux d’échange US Dollar-RMB à la faveur des exportations chinoises contribuerait à hauteur de 25% aux 233 milliards de dollars de déficit commercial américain. Une sous évaluation que condamnent les membres du Congrès américain sur fond de querelle idéologique. Le yuan est contrôlé artificiellement par la banque centrale chinoise (People’s Bank of China) et non pas par le marché de l’échange des devises. En Juillet 2005, le yuan a été réévalué pour être fixé à 8,28 RMB pour un dollar, la PBC achetant les dollars excédentaires sur le marché. Comme l’approvisionnement en RMB est en croissance par rapport à celui du dollar, le taux est donc maintenu à un niveau artificiellement bas. D’où la pression américaine pour la réévaluation du yuan. Exactement la même pression sur le yen japonais dans le passé. China-bashing, Japan-bashing, aux mêmes causes, les mêmes effets. d85433ec4e88f03fc21bc1d78a3f3036.jpg Le mouvement qui suit est celui du réinvestissement de cette réserve monétaire comme l’a fait Singapour et comme est en train de mettre en place le gouvernement chinois avec l’organigramme dévoilé tout récemment. Ce qu’apporte de plus McKinnon comme approche critique, c’est le concept d’élasticité de la balance commerciale qui est largement surévalué. Pour lui, à court et moyen terme, les prix ne peuvent pas changer ou très peu. Il existe des mécanismes de compensation qui feront que le déficit commercial américain ne se résorbera pas si le yuan est réévalué. Dans un scénario de réappréciation, la consommation intérieure chinoise baisserait selon lui et donc les importations avec et d’autre part les investissements locaux et étrangers seraient en berne. Parallèlement, le capital en dollar que conserve la Chine perdrait de sa valeur et donc le dollar baisserait dans la foulée. Ainsi l’effet escompté ne pourrait avoir lieu. De la même manière qu’au Japon une réévalution du Yen a entraîné les années déflationnistes que l’on connaît, en Chine ce serait une mauvaise politique. McKinnon soutient plutôt que la croissance chinoise va se calmer et par là même la tendance des prix chinois défiants toute concurrence. Comment éviter cette déflation et un taux d’intérêt nul à la japonaise pour la Chine tout en répondant aux attentes des américains sur le Made In US ? L’économiste suggère que la Chine utilise le taux d’échange comme une façon de réguler l’inflation domestique et d’apprécier légèrement le RMB, ce qui n’affectera pas le surplus commercial et sera bon pour l’inflation chinoise. La détermination du taux de réévaluation doit se faire pour qu’il soit égal à la différence entre l’inflation américaine et l’inflation ciblée chinoise. Une solution raisonnable et dénuée de tout esprit partisan ou de politique protectionniste que devrait écouter attentivement les décideurs pékinois.