05.03.2008
Soigner le dragon chinois
Parmi les grands défis que la Chine de demain devra relever, il en est un particulièrement sensible et complexe, celui du système de santé et de protection sociale. Ce n’est pas seulement la santé et le bien-être de 1,3 milliards de personnes qui est en jeu car l’impact de ce dossier aura des répercutions bien au-delà des frontières chinoises. Déjà, l’épisode du Sars et le combat contre le Sida sont d’une portée autre que le simple sujet national.
En 2003, la crise du Sars a causé d’importantes pertes sèches : plus de 300 milliards de yuans ponctionnés à l’économie chinoise et indirectement aux entreprises étrangères qui ont vu leurs supply chain fortement perturbées. C’est aussi le moment où le gouvernement central a pu peser de tout son poids pour mettre en place de façon relativement rapide pour un territoire aussi vaste des systèmes de contrôle drastiques, plus d’hôpitaux traitant les maladies infectieuses, plus de campagnes de sensibilisation à destination du grand public. Bien sûr, les étrangers ont participé à ces efforts d’investissement dans les services de santé chinois puisque les importations d’équipements médicaux atteignent des sommets à plus de 2 milliards d’euros par an.
De façon assez admirable et curieuse, le ministère de la santé a très rapidement avoué les faiblesses d’un système largement corrompu, au service très peu fiable avec des coûts très élevés pour très peu de qualité à proposer au contribuable chinois. La stratégie adoptée comme dans beaucoup de secteurs est celle de l’investissement massif, venu de l’étranger essentiellement. Comment soutenir des initiatives privées à l’intérieur d’un système qui se revendique socialo-communiste ? L’équilibre est difficile à trouver entre les responsabilités étatiques et les mécanismes de marché. Ainsi, l’hôpital de Suzhou a délégué de manière complète le management de son hôpital tout en conservant la propriété publique. Dans la seule région du ZheJiang, c’est déjà 60 millions de dollars qui ont été attirés par une région riche et manquant cruellement de cliniques privées. C’est alors que le mécanisme de marché fonctionne complètement, peu importe la couleur du chat comme disait le camarade Deng, pourvu que les hôpitaux voyant cette concurrence arriver, ont dû monter en qualité de service et en efficacité pour attirer les chinois qui recherchent des soins à standards internationaux.
13 000 hôpitaux recouvrent le territoire chinois dont seulement 8% sont privés, traitant 3% des patients chinois.
Lorsque l’on pense que de nouvelles maladies, des maladies de pays riches, s’invitent dans ce pays émergent, comme le diabète, le cancer du sein ou les maladies cardiovasculaires, on comprend mieux pourquoi le marché pharmaceutique est en train d’exploser de 15 à plus de 40 milliards de dollars entre 2006 et 2012.
Autres chiffres significatifs, qui donnent à entrevoir l’immensité du problème : seulement 12 médicaments atteignent des chiffres d’affaire de plus de 50 millions de dollars en 2007 et plus de 80% des traitements n’atteignent pas les 10 millions de dollars de revenus. Marché incroyablement fragmenté, qui n’exploite pas les effets d’échelles du pays.
23:25 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, santé, protection sociale, assurance maladie

