21.02.2008

Le Junzi

Le JunZi 君子 est un terme remontant à Confucius, sorte d’équivalent chinois de notre honnête homme français ou du gentleman britannique, une personne qui cherche à s’améliorer sans cesse, en étant plus vertueux pour devenir une personne exemplaire.

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Comment comprendre que le concept de démocratie, qui peut être compris comme la poursuite de l’idéal de l’honnête homme n’a pas eu autant de succès populaire et ne suscite toujours pas le ralliement de la large majorité des peuples asiatiques sous influence confucéenne ? Le confucianisme dans son cœur est-il vraiment autocratique et autoritaire comme le proclame les gouvernements asiatiques ? Regardons par exemple comment le concept de décentralisation est perçue par la philosophie chinoise. La société idéale est un agrégat de petites communautés, et chacune de ces communautés est composée par des personnes qui se gouvernent elles-mêmes de façon rituelle. Le gouvernement idéal n’est donc pas une bureaucratie centralisée mais des gouvernements autonomes sans aucune coercition entre eux, seulement des contrôles volontaires et des participations dans des activités sociales. Le leadership est aussi assuré par une persuasion rationnelle et émotionnelle proche de l’éloquence du sophisme, loin de l’utilisation à outrance de juridictions absconses. Il n’a jamais été du projet de Confucius de construire une politique paternaliste laissant dans la plus noire des ignorances les gens du peuple. Démocratie et confucianisme ne sont donc pas incompatibles : le même idéal politique de communautés qui s’autorégulent et qui cultivent l’idéal de l’éducation continue, idéal culturel de poursuite d’une société moins violente et idéal de construction de citoyens modèle type JunZi. Non la démocratie n’est pas si loin du confucianisme finalement. Certes, c’est un concept importé de l’occident mais le dialogue des cultures prend ici tout son sens. Alors pourquoi les Etats se réclamant du confucianisme n’ont-ils jamais pu exprimer l’idéal démocratique originel du Maître en écrivant anachroniquement. Ces idéaux sont aussi ceux de Kant, des philosophes de Lumières, des encyclopédistes qui ont nourri les imaginaires des révolutions française et américaine. Nietzsche dit : "L’Etat est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : “Moi l’Etat, je suis le peuple”. Nietzsche redonnerait-il des couleurs aux vraies valeurs de KongZi ?

18.06.2007

Le retour de Confucius

"Etudier l’histoire passée pour prévoir le futur” disait le sage Confucius qui est désormais devenu le sujet des études qui se tournent vers le passé. Confucius a été révéré, on lui a même voué un véritable culte en Chine depuis plus de 2000 ans. Mais ni le Parti Communiste, ni le 20ème siècle n’ont été tendre avec le sage prophète. La Chine moderne a vu la fin du service civil impérial qu’il a inspiré, la fin de la période impériale elle-même, puis la répudiation de tous les classiques chinois parmi lesquels ceux de Confucius. Pendant la Révolution Culturelle, les partisans du grand timonier ont pris un malin plaisir à répudier, humilier, dénier toute appartenance à cette culture millénaire afin de construire la nouvelle Chine. En 2007, le professeur Kang Xiaoguang de l’université Renmin de Pékin proclame que le confucianisme doit devenir la religion d’état en Chine. Encore un autre indice prouvant que l’enthousiasme pour le communisme est bien éteint depuis de nombreuses années et que les chinois recherchent une idéologie alternative. En vérité, je n’ai jamais rencontré un véritable communiste en Chine au sens des idéaux véhiculés par cette philosophie politique. La vitesse à laquelle la Chine est passée du communisme à une économie de marché depuis son adhésion à l’OMC en 2001 ne devrait pas être si surprenante. La Chine est tout de même un pays où on se souhaite la bonne année par Gongxi Facai恭喜发财 qui pourrait se traduire par : je te souhaite de devenir riche. C’est un pays où l’on brûle de faux papiers de monnaie lors des funérailles pour apporter fortune au sens moderne du terme au défunt. C’est un pays où la cérémonie de mariage se transforme en véritable festival de la face et du RenMinBi (monnaie chinoise). Les enveloppes rouges pleines de billets se succèdent aux congratulations sur l’honneur de votre présence en cette humble demeure, etc. medium_yudan.jpgCe n’est pas surprenant de revoir surgir les valeurs de la profonde culture chinoise en voyant que Yu Dan a vendu plus de 4 millions de copies de son livre sur Confucius (un chiffre extrêmement élevé en Chine) véhiculant des valeurs d’éthiques personnelles et de philosophie politique équilibrée. C’est autant dans le plaisant son des petits élèves chinois de la maternelle qui récitent les classiques de Confucius, dans les sections consacrées au sage à l’université et jusqu’au module culturel proposé dans les nouveaux MBA à Shanghai que l’on peut prendre la mesure du phénomène. Ce n’est pas surprenant non plus qu’au sein même du Parti Communiste, Hu JinDao lance de nouveaux slogans de « Société harmonieuse » et de XiaoKang Shehui pour une société modérément riche. Des concepts confucéens d’ordre, d’équilibre et d’harmonie sont autant de remèdes aux maux de la croissance effrénée chinoise : les disparités régionales et de richesses, la corruption et les tensions sociales en constante hausse. Le seul problème toutefois avec le confucianisme est qu’il n’offre pas de véritable modèle de transition politique…à part la révolution.