03.09.2007
L’économie du Sushi
Derrière ce titre quelque peu curieux se cache encore une fois un véritable témoignage du mouvement de globalisation du monde, du monde culinaire en l’occurrence. Alors que manger du sushi il y a quelques années était perçu comme un signe extérieur d’appartenance à une caste élevée, le thon rouge frais et cru s’est considérablement démocratisé et même les Simpsons en mangent désormais. Dans The Sushi Economy : Globalization and the Making of a Modern Delicacy, Sasha Issenberg nous prouve que mondialisation et respect d’une culture culinaire peuvent coexister et démontre par la même occasion aux José Bové que nous sommes parfois que le respect de nos cultures locales peut se trouver renforcé par la globalisation.
L’attitude à adopter dans ce nouveau village global n’est pas de démonter des McDonalds. Mondialisation ne veut pas dire américanisation.
Le plat le plus populaire au monde est la pizza et ceci non pas parce qu’elle nous vient d’Italie mais parce que chaque pays y a adapté sa propre recette. J’ai mangé des pizzas au fruit de la mer Jaune adorés par les coréens, des pizzas au curry pour les indiens et les meilleurs ventes au KFC de Pékin se concentrent sur une espèce de fajita appelé le LaoBeijing, ce qui veut dire le vieux Pékin.
Mais le livre de Issenberg ne nous pas seulement réfléchir sur la mondialisation mais aussi sur l’histoire de ce met si raffiné, qui est lié à l’histoire du thon rouge et de l’économie qui tourne autour de sa chaîne d’approvisionnement. De l’histoire de la Japan Airlines qui importa les premiers thons rouges au début des années 70 à votre bol marié au wasabi en passant par l’histoire du marché de Tsukiji où le thon se vend par dizaines de milliers d’euros et le réseau de revendeurs, d’intermédiaires, d’économies portuaires, de logistique du froid au plus efficace, rien n’a échappé au filet de Issenberg.
Que vous alliez au restaurant du sushi à volonté proche du Friendship Center pour 7 euros ou dans l’institution Hatsuné à Pékin, vous pourrez toujours répondre à votre hôte éberlué de manger un California Roll dans un restaurant japonais : Mais vous savez, tous les sushis comme les pizzas se sont adaptés à leur marché domestique et en Californie on y a rajouté du crabe et de l’avocat parce que ce sont les produits que l’on trouve sur place. A Singapour, on peut trouver un California Roll avec de la mangue. Alors en plus lorsqu'on y rajoute une touche de sauce canardlaquisé pour rendre pékinois ce sushi...
Décidemment le sushi est le met de notre village global.
22:45 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cuisine, culture, supply chain, globalisation, mondialisation
29.08.2007
Glocalisation
En voyage dans le sud de la Chine, j’ai pu remarqué combien les cantonais étaient différents des pékinois, plus ouverts, plus commerciaux, plus habitués aussi au contact avec les étrangers. Est-ce la proximité de la mer, les importants ports de Canton et de Shenzhen ou l’influence du moteur HK ? Toujours est-il que beaucoup de chinois d’outre mer vont trouver leurs racines dans les provinces du Fujian ou du Guangdong et beaucoup moins dans les provinces du centre ou du nord.
Dans le livre, The wealth and Poverty of Nations, l’économiste David Landes explique le lien entre le climat, les ressources naturelles et la géographie et la performance économique d’un pays ou d’une région. Loin des théories de mon compagnon de voyage m’expliquant en se resservant d’un des mets des plus fins de la cuisine cantonaise que bonne cuisine rime souvent avec jolies femmes, Landes explique en quoi culture et PNB peuvent être liés.
On peut penser en effet sur ce sujet un peu controversé que la façon qu’un pays arrive à s’accaparer les meilleures pratiques internationales, à les marier avec les traditions locales, la possibilité qu’un gouvernement puisse mobiliser son pays derrière des causes nationales et l’intérêt qu’éprouve les élites à investir dans leur propres terres d’origine sont autant de facteurs à la réussite économique d’un pays. On appelle ce processus la glocalisation
Les indiens qui voient arriver les Moguls arrivaient puis repartir, les anglais arrivaient puis repartir en se disant qu’il faut prendre le meilleur de chacunes des influences tant qu’ils nous laissent manger notre curry, qu’ils laissent nos femmes porter des saris et vivrent dans des familles étendues et unies.
C’est aussi toute l’ouverture d’esprit d’un Deng XiaoPing qui avec assez de tolérance ouvre son pays aux influences étrangères et attrape la souris, avec un chat noir ou un chat blanc, peu importe…
Est-ce pour cette raison que la Chine décolle et qu’un pays comme le Mexique reste un pays à « potentiel » ? Sans doute que la culture a son mot à dire car la Chine ne bénéficie pas de réserves naturelles aussi providentielles que les Etats-Unis mais la culture méritocratique permet de faire émerger des élites qui savent guider leur pays, malgré tous nos préjugés occidentaux sur ce parti unique qui dirige tout. Le modèle top-down est efficace à ce stade là de développement aussi. La culture de l’éducation aussi lorsque l’on constate que l’Inde et la Chine ont plus de 50 000 étudiants aux Etats-Unis, beaucoup plus que les étudiants mexicains, qui sont pourtant plus proche voisins. De plus, la culture est toujours changeante. Combien la Chine de 2008 sera différente par rapport à la Chine de 1793 quand elle fermait la porte à l’envoyé de Georges III, Georges Macartney. Elle a changé, a appris à Gu Wei Jin Yong, Yang Wei Zhong Yong, 古为今用, 洋为中用, c'est-à-dire ne pas répéter cette erreur et apprendre du passé pour que les choses venues de l’étranger servent la Chine.
Il y a des fondamentaux qui sont à la faveur des chinois, et qui explique pourquoi cette culture a la capacité de changer, de se réinventer si rapidement et de construire des infrastructures ultramodernes. Maintenant, savoir si on trouve plus de jolies filles dans le sud de la Chine et que ceci a un lien avec l’excellente cuisine cantonaise, à vous de juger

21:55 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, économie, globalisation, cuisine, chine, inde, mexique
15.08.2007
Voyage olfactif

J’ai donc rempli les cases olfactives :
Sueur : Vendre dans les rues de WuHan des radiateurs alors que la température avoisinait 37°C.
Cigare : Passer la nuit à jouer au poker dans un restaurant de XiaMen.
Soufre : Voir l’équipe nationale de Beach Soccer du Japon beaucoup plus fringante que celle de la République Populaire de Chine.
Rose : Faire l’expérience olfactive du club Tang de GuangZhou (Canton). Un corridor invitation au voyage au pays des roses.
Eau : Me faire réveiller par les gouttes trop humides d’une climatisation approximative d’un bus de nuit.
Banane de Hainan : Prendre le ferry entre Hai’An et HaiKou à 4heures du matin et comprendre que les Hainanais parlent une langue étrangement exotique et tropicalement absconse.
Entrailles :Soutenir moralement les Shanghaiais qui ont trop bu en sortie de rewass, eux-mêmes soutenus par des tapotements dorsaux amicaux de leurs copines.
Bière épicée : Inviter 12 centraliens à manger une huoguo (fondue chinoise) épicée à Chengdu. Tryptique Pijiu, HuoGuo, MGM.
Mangue : Apprécier le jus de fruit pressé de SanYa à 1 euro.
Poudre : Ne pas acheter les faux missiles souvenirs de Xiamen, ville faisant face à Taiwan et qui recèlent des éléments qui épicent le dialogue Beijing-Taipeh.
Paradis du palais : Manger jusqu’à plus faim mes quatre cuisines préférées dans leurs villes berceaux, cuisines de : Shanghai, Sichuan, Fruits de Mer, Canton.
Love is the air : Connaître les joies d’une plage déserte tropicale.

08:00 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voyage, culture, cuisine, saveur

