18.05.2007
Propriété Intellectuelle
La Chine économique a parmi ses priorités les plus pressantes sa métamorphose d'un pays producteur à un pays innovateur suivant la stratégie adoptée par le Japon puis par les bébés dragons que sont Taiwan, Singapour et la Corée du sud. C’est toute une stratégie de protection intellectuelle à repenser. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : alors que les chinois ont investi massivement dans les dépenses en RetD, les investissements pour sécuriser les brevets n’ont pas augmenté proportionnellement. S’ils devaient suivre les standards internationaux, les efforts financiers dans ce domaine devraient être 30 fois plus importants. La Chine n’est que le 18ème pays en terme de possession de brevets.
Il n’y a pas que les Japon puis Corée du Sud, Taiwan, Singapour qui ont subi ce même désavantage en exportant massivement sans être protégés juridiquement, on peut aussi dire que les Etats-Unis du début du 19ème siècle dépendaient exclusivement des technologies européennes. C’est donc de l’histoire dont on peut s’inspirer.
On distingue cinq grandes phases, qui sont autant d’étapes vers une stratégie à succès dans le domaine de la protection intellectuelle.
Phase 1 : Accélérer la croissance par l’exportation.
Avec les deux piliers des ressources naturelles et de la main d’œuvre bon marché, les exportations de produits low tech comme le textile booste la croissance… A cette étape là, ce sont essentiellement les entreprises étrangères qui s’accaparent les bénéfices. En chine aujourd’hui, plus de la moitié des exportations se font par des entreprises au moins en partie détenues par des capitaux étrangers.
Phase 2 : Muscler sa valeur ajoutée.
Les entreprises investissent dans de la haute technologie pour produire des items de plus en plus compliqués. Elles font le design et le marketing sous leurs propres couleurs. C’est le temps de la copie, et on peut même voir apparaître de l’IP (Intellectual Property) car les premières structures RetD apparaissent. C’est ainsi que les Samsung et LG sont apparus en Corée, et c’est ainsi que Lenovo et Haier apparaissent en Chine. Des 19 milliards en recherche que dépensaient la Chine en 1994, ce chiffre est passé à plus de 100 milliards en 2005 passant de 3 à 5% du PIB.
Phase 3 : Passer à la caisse.
Le risque d’un écart trop important entre investissement massif dans la recherche contre peu de protection intellectuelle a pour conséquence directe que les entreprises deviennent la cible privilégiée d’attaques de trois types : exclusion du marché après procès pour copie, augmentation des coûts après avoir payer les licences d’exploitation et pertes de profits en paiement de royalties.
Phase 4 : On ne plaisante plus avec l’IP.
Cela prend du temps de revenir à une situation d’équilibre... On pourra construire des partenariats fructueux et constructifs avec des compagnies à large portfolio de brevets. C’est ainsi que les japonais ont signé plus de 820 Joint Venture avec des entreprises américaines dans des secteurs stratégiques.
On connait bien le deal : à la faveur d’un accès sur le marché chinois, une main d’œuvre bon marché, de la production de masse, le partenaire étranger offrira la technologie, l’IP, l’argent frais, un réseau de distribution mondial et une expertise managériale. Mais plusieurs problèmes peuvent apparaître, et on l’a vu avec les déboires récents de Danone ou Schneider dans l’empire du milieu. Est-ce que les droits intellectuels appartiennent à la JV ou au partenaire qui a apporté la licence ? Que se passe t-il en cas de désaccord ?
C’est pourquoi on a assisté à l’acquisition par des firmes japonaises de 450 entreprises américaines, lors de ces dernières décennies, à fort capital de connaissance mais mal en point financièrement. A noter toutefois que l’Inde est beaucoup plus agressive sur ce terrain stratégique que la Chine.
L’avenir ne serait-il pas à un marché plus liquide de la connaissance, où universités et/ou entreprises commercialiseraient leurs brevets ?
Une autre stratégie, à long terme cette fois ci est d’investir massivement dans la protection de ses brevets à l’étranger comme l’a fait Samsung. De 60 brevets détenus aux Etats-Unis, le pool est passé à 1641 cette année.
Enfin, un dernier moyen pour ne pas payer ces royalties est de construire son propre standard comme dans les télécommunications. C’est ici que la Chine, de part son marché immense prends l’avantage sur la Corée car elle a les moyens de faire pression pour construire soit son propre standard ou du moins négocier avec les partenaires globaux.
Phase 5 : On profite (enfin) de tous nos efforts
Aujourd’hui, le Japon détient 40% des brevets internationaux et est bénéficiaire sur sa balance de royalties, et Samsung commence à voir sa politique intelligente d’IP porter ses fruits.
C’est le chemin que s’efforce d’emprunter les entreprises chinoises car ce sont les entreprises qui écrivent l'histoire économique, même si elles ne savent pas quelle histoire elles écrivent.
02:40 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, stratégie, propriété intellectuelle, économie, développement

