20.04.2008
Prendre le soleil
Le green business fait déjà des millionnaires, et ceci dans des régions pourtant tristement connues pour des taux de pollution approchants l’étouffement collectif. Shi Zhengrong n’est pas asthmatique mais bel et bien un des hommes les plus riches de Chine depuis l’IPO en fanfare de sa compagnie, Suntech Power en 2005 et l’entrée dans le cercle très fermé des chouchous de Wall Street.
Les investisseurs croient donc au scénario optimiste de 10% du mix énergétique provenant de l’énergie solaire d’ici 2030. Dommage que l’empreinte écologique le long du cycle de vie soit en défaveur de ce type de solution et qu’elle soit encore trop chère à produire mais rien n’y fait, les golden boy sont atteints du syndrome icarien et croient en la toute puissance du photovoltaïque. Sans doute croient-ils surtout à des taux de croissance absolument époustouflants, aussi bien dans la production, le chiffre d’affaire ou les marges générées.
L’analyse est encore vraie pour ce type d’industrie malgré son caractère intense technologiquement, elle est à la fois stratégiquement liée à des importations de silicium qu’il faut sécuriser mais elle est aussi largement dépendante des exportations. A la même enseigne donc que la majorité du tissu industriel chinois.
L’avenir est peut-être à l’Ouest…de la Chine pour les entreprises comme Suntech. En effet le boom du photovoltaïque a démarré avec le plan étatique d’électrification des villages et régions isolées de l’ouest chinois en 2002.
Or les premières batteries, utilisées pour stocker l’énergie produite hors réseau installées dans ces régions reculées ont une durée de vie limitée et doivent être remplacées. La prochaine étape pour le programme gouvernemental est de mettre en place des compagnies locales énergéticiennes qui pourraient exploiter les nouvelles cellules solaires et les microcentrales hydroélectriques.
La solution pour la survie des marges pour un acteur comme Suntech est donc de chercher à créer des opportunités dans son propre pays alors que l’objectif de Pékin est d’installer d’ici 2020 seulement 1,8GW pour 1500 GW installés selon les prévisionistes.
“Being good in business is the most fascinating kind of art” disait Andy Wharol et il faudra en effet un véritable artiste pour contrer les soixantes entrants chinois dans ce secteur et mitiger le risque des approvisionnement en matières premières qui ne suivent plus la demande ou le risque des débouchés qui sont pour plus de la moitié dépendant de la politique énergétique de l’Allemagne, étonnamment courageuse (ou téméraire ?) dans le domaine.

23:40 Publié dans Vie de l'Entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : green business, chine, entrepreneuriat, photovoltaïque, énergie solaire
01.02.2007
Servir le client tiermondiste
Lors de mes visites audit fournisseurs dans des provinces du HeBei ou du ShanDong dans le nord-est de la Chine, j’ai pu prendre la mesure ce que la vraie Chine pouvait vouloir dire.
Des villages si pauvres et sans grande âme, de la poussière et des groupes d’enfants accourant voir le LaoWai qui venait leur rendre visite. J’avoue que je ne peux plus être le même après cette expérience et ces visites dans la Chine profonde. Finis la jetset de Bejing, jeunesse dorée, petits empereurs enfant unique au goût de luxe et sortant au Mix, bienvenue dans la Chine qui a faim, qui manque de tout et qui réclame sa part du gâteau.
J’en arrive aux interrogations suivantes :
Comment servir ce marché à bas voire très bas revenu ?
Dans quelles conditions le social peut faire partie de la stratégie de l’entreprise ?
Jusqu’où peut-on aller dans la recherche du profit et de la baisse des coûts d’achats ?
Peut-on concilier la recherche de profit et la satisfaction des actionnaires inhérentes à chaque objectif d’entreprise et la création de marché et d’infrastructure de développement pour les communautés dans le besoin ?
On pourrait penser que servir des consommateurs à bas revenus satisfait les deux parties : des entreprises qui recherchent des marchés vastes et les gens dans le besoin ont enfin accès aux produits et services que les entreprises ont à offrir. Je pense aux secteurs clés comme la banque, l’électricité, les télécommunications et l’eau.
Mais ce genre de développement est loin d’être le modèle en vigueur. Les infrastructures déficientes, le problème de sécurité des approvisionnements font que les coûts s’élèvent rapidement.
Pourtant certaines compagnies courageuses proposent un modèle de développement intéressant. Aux Philippines, Manila Water s’appuie des leaders locaux pour mettre en place par exemple un ramassage collectif des factures à payer. Le consommateur devient producteur lorsque la compagnie charge le local de se responsabiliser et finance des micro-entrepreneurs locaux afin de conduire l’eau à travers la construction de conduits. Idem pour la compagnie de téléphone Globe Telecom and Smart Communications qui s’appuie sur la communauté pour protéger les tours de communication et protéger les employés.
En Inde, Hindustan Lever a développé Shakti, un programme qui forme les habitantes de la campagne indienne à opérer comme des distributeurs de biens dans des villages de moins de 1000 habitants.
Le modèle est viable économiquement. Manila Water gèrent 5,1 millions de résidents et a formé plus de 1000 ingénieurs. La compagnie de téléphone locale génère 200 millions de dollars de chiffre d’affaires pour plus d’un million de consommateurs.
Ensuite peuvent s’amorcer des cercles vertueux : l’eau, meilleur marché et de meilleure qualité permet d’améliorer le niveau de vie et la santé des utilisateurs. Ainsi les paysans bénéficient d’une meilleure productivité mais aussi peuvent se renseigner par téléphone des prix du marché. De plus leur travail s’en trouve valorisé, et la culture de l’entrepreneuriat est enclenchée.
“The idea that social issues can be central to strategy is applicable beyond low-income markets.”
Un des freins au développement de ce genre est sans doute le peu de profit à espérer de ce genre d’initiatives. L’acquisition d’un téléphone portable peut représenter dans certains pays 20 à 50 % du salaire moyen est aussi un défi à relever pour les entreprises.
Enfin je vois un dernier frein outre les infrastructures et la sécurité, celui de l’éducation de la population. Par exemple, aux Philippines toujours, existe un étrange système de prêt « 5-6 » où une personne va emprunter 5 pesos pour rembourser 6, soit un taux d’intérêt annuel de 13%. Avec ce genre de pratique, ils ne peuvent que devenir de plus en plus pauvres. Il devient urgent d’éduquer. Je vois aussi d’étranges pratiques financières où la maîtrise du cash flow chez nos fournisseurs est quelque chose d’encore trop abstrait…
06:00 Publié dans Vie du Marché | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Economie, stratégie, Asie, entrepreneuriat

