11.07.2007

La mentalité MianZi

La complexité de la culture chinoise fait perdre des contrats. On le constate régulièrement et il est important de comprendre les raisons sous-jacentes des incompréhensions. Plus profondes qu’on ne le croit… Tout d’abord, chacun sait que le privé et le professionnel est beaucoup plus imbriqué en Chine qu’en occident. Certaines multinationales en Chine embauchent des compagnies spécialistes en relations publiques car c’est une bonne pratique en occident et elles pensent que c’est la même chose en Chine surtout si on a pas les compétences sous la main. Mais c’est un bon exemple qui illustre que certaines pratiques ne sont pas transposables. 63264ece782da163483a199df76f354c.jpgPrenons l’exemple d’une gestion de crise, la compagnie ne doit pas s’adresser directement à son partenaire en Relation Publique (RP) car ce ne serait pas montrer sa face et ainsi la communication ne serait pas perçue comme sincère. Une meilleure façon serait plutôt de donner l’information directement à la presse qu’elle disséminera ensuite à ses lecteurs. Ceci ne s’applique pas seulement en temps de crise, en temps normal, il ne faudra pas confier toute sa stratégie communication à un seul protagoniste, idéalement l’agence RP pourra construire un réseau national avec les media alors que le top management devra cultiver des relations plus personnelles avec les célébrités, les managers chinois, les membres du gouvernement. Le capital social est incroyablement important, surtout en temps de crise. ‘Mianzi’ (面子) désigne la “face” dans le sens de l’apparence, de l’identité sociale et sur la façon qu’une personne sera perçue en société. Il existe deux sens sous-jacents : Lian (脸) qui est relié à la vertu d’une personne. Le manque de Lian fait que l’individu ne peut exercer ses fonctions dans la communauté. Mian (面) qui est relié à la personnalité d’une personne, à son prestige ou sa réputation tout du moins, acquise grâce à ses succès. Le manque de Mianzi apporte la honte ou la disgrâce de la famille, de l’organisation dans lequel l’individu est associé, ainsi que l’individu lui-même. Lorsqu’un chinois a perdu la face, s’ensuit une série d’actions pour la retrouver. Par exemple, les chinois hésiteront longtemps avant d’engager des procédures judiciaires comme cela a été le cas pour l’affaire des cosmétiques japonais SK II, c’est véritablement que le consommateur du Jianxi a été heurté émotionnellement. De même pour Sony Chine, si le management avait répondu plus rapidement à l’avertissement du bureau commercial du Zhejiang, l’affaire aurait été résolue de façon moins publique. Une pensée hiérarchique : Les cinq rôles sociaux confucéens existent encore dans l’inconscient collectif chinois, créant une véritable mentalité respectueuse de la hiérarchie : 1-Du dirigeant au sujet 2-Du père au fils 3- Du mari à la femme 4- Du frère aîné au frère cadet 5-De l’ami âgé à l’ami plus jeune Même si dans la Chine moderne, la structure confucéenne est moins vraie, elle reste ancrée comme une religion que l’on ne pratiquerait pas mais qui exerce encore une influence. Les individus qui sont dans un haut rang politique ou hiérarchique exercent ainsi une influence considérable sur l’opinion publique. Un chiffre pour l’illustrer : 60% des publicités à la télévision sont sponsorisées par des célébrités. La mentalité est plus orienté vers le groupe et les relations avec les individus et les ChengYu, citations portions de sagesse chinoises sont un bon révélateur de cette façon de pensée : « l’arme tuera l’oiseau qui dévoilera sa tête dehors » décrit la dynamique de groupe et le peu d’enthousiasme qu’ont les chinois de sortir de la pensée ambiante. Les opinions et les réactions de la société auront une influence très grande dans une prise de décisions : de la famille, des amis proches, de la communauté. Ceci veut dire que corollairement, lorsque quelqu’un émet une mauvaise opinion, les effets sont dévastateurs en très peu de temps. Dans la lignée de ce qui vient d’être dit, en entreprise, il faudra s’attacher non seulement à motiver les employés mais aussi le groupe, pour atteindre le seuil d’efficacité organisationnelle requis.

12.03.2007

Elder Brother China wins over younger brother Korea

medium_koreanchina.jpgAlors que les relations US-Corée se détériorent, la Corée se tourne de plus en plus vers son pays voisin : la Chine en qui elle voit une alternative intéressante pour la péninsule coréenne en terme diplomatique et économique. Pékin a largement réussi à se positionner comme une opportunité à saisir plus qu’une menace sur l’économie coréenne. Depuis la normalisation des relations en 1992, notamment avec la volonté de la part de la RPC de soutenir de manière plus marginale le régime nord-coréen, les liens économiques entre les deux pays se sont incroyablement raffermis. Les coréens reconnaissent l’influence grandissante du grand frère, et profitent aussi de la fièvre chinoise avec 20% de croissance annuel des échanges commerciaux entre les deux pays depuis 92. Le mandarin est largement étudié dans les universités coréennes, surpassant le japonais désormais en popularité, la Chine est le pays le plus visité par les coréens, et un tiers des étudiants étrangers en Chine sont coréens. A Pékin, les little Korea sont situés du côté de WuDaoKou ou de WangJing et l’on sent toute l’influence coréenne culturelle sur le marché chinois. Les investissements coréens excèdent désormais 2 milliards de dollars par an et non plus seulement dans les villes voisines de Shandong, Beijing, Tianjin, Qingdao, mais à l’ouest désormais. Les entreprises coréennes emploient des centaines de milliers de travailleurs chinois notamment dans la téléphonie mobile (LG à Tianjin), l’automobile (Hyundai à Beijing), l’acier, la chimie, l’électronique… La chine est perçue comme une « land of opportunities », comme en 2001-2002 où les économies américaines et japonaises en récession, les coréens trouvèrent chez son voisin l’occasion de réduire ses coûts et des relais de croissance sur ce marché. Mais la même problématique qu’en Europe se pose lorsqu’on aborde les projets de délocalisations. Plus de 40% des entreprises coréennes ont au moins le projet si ce n’est déjà fait de s’installer en Chine. L’emballement économique chinois fait aussi monter les prix des matières premières et bientôt les entreprises chinoises pourront rivaliser en qualité avec les coréennes… En suivant un projet où coréens et chinois ont à travailler ensemble, je constate au quotidien les différences culturelles entre les deux pays. Je pense que j’aurais eu plus de mal à travailler de l’autre côté de la mer Jaune, étant donné le respect encore plus confucéen que l’on témoigne envers les aînés en Corée. Impossible aussi de voir une femme désignée team leader de côté coréen… mais de ce côté ci, la place de la femme dans la société du travail est plus valorisée. Dans ce projet de transfert de technologie, combien les négociations sont dures pour imposer un labelling made in china même si les produits ne sont pas destinés au marché coréen ! Témoin de l’esprit extrêmement nationaliste des coréens, il sera très dur d’établir un climat de confiance entre coréen et chinois avec cette caractéristiques particulière à la Corée que les étrangers au pays du matin calme sont peut-être moins bien accueillis qu’en Chine. Je retrouve un peu les mêmes aprioris dans les relations qu’entre européens et chinois avec en plus un élément asiatique commun s’appelant monsieur Face. Ne pas perdre la face, surtout pas ! J’ai parfois l’impression qu’entre professionnalisme et cet enjeu culturel, le mariage ne fonctionne pas toujours très bien. Mais c’est le jeu et le challenge à relever lorsqu’on travaille en Asie. Par contre, chose extrêmement utile pour apprendre le coréen : l’utilisation de quelque chose de fabuleusement ingénieux qui s’appelle… un alphabet… pas besoin d’apprendre 6000 caractères pour apprendre à lire !