04.05.2008

Petites histoires et grands desseins

Parfois la petite histoire et la grande tendance économique nous renseignent de manière équitable sur la façon dont tourne le monde.

A Hangzhou, près de Shanghai, trois français ne peuvent pas passer une nuit à l’hôtel sans perdre plus d’une heure au commissariat et pouvoir enregistrer leurs coordonnées auprès des autorités locales. Impossible d’avoir accès au cybercafé du coin pour relever ses mails. C’est un retour au temps des plages réservées aux étrangers ou aux chinois, de l’apartheid des années 80. Espérons que tout cela se calme après les JO.

A Mumbai et à Shanghai, les performances des bourses locales ont été faméliques depuis le début de l’année, les places perdant 21 et 35% alors que Sao Paulo et Moscou affichent une santé de fer sur les marchés à +7% et +6% respectivement, portés par la spéculation sur les matières premières. Ainsi ce sont deux groupes que l’on peut distinguer parmi les BRIC’s : les manufacturiers intensifs labour (Chine) et services (Inde) qui souffrent de la situation de crise actuelle des crédits et les pourvoyeurs de denrées de plus en plus rares (Russie et Brésil). Cette relation symbiotique est amenée à durer.

A Shenzhen, au siège de BYD (Build your dream), ce constructeur automobile chinois construit une stratégie qui ne ressemble en rien aux signes de fermeture lancés aux étrangers depuis quelques semaines en voulant développer ces activités aux Etats-Unis et en Europe, en s’ouvrant sur le monde.

29272adea375e71ab35314293ac6cdeb.jpgAdopter une stratégie qui prend le contrepied d’un destin pour certains tout écrit d’une Chine seulement champ d’opportunités pour réduire ses coûts opérationnels, c’est l’ambition de BYD. Les coûts de production augmentent alors que la main d’œuvre bon marché vient à manquer, le Renminbi s’apprécie et l’inflation est à son paroxysme, qu’importe ! pourvu que l’on ait la bonne stratégie. Et BYD est au moins sur un créneau original en proposant des core compétences dans le domaine de la fabrication de batterie pour se positionner il y a 5 ans sur la fabrication de véhicules traditionnels après l’acquisition de Shaanxi Qinchuan Auto Company puis sur la vague des véhicules hybrides et électriques en capitalisant sur son expertise batterie. Devenir leader dans la fabrication de batterie est une chose mais devenir un acteur marquant dans le domaine de l’automobile est une autre histoire. Le pari de Wang Chuanfu est pourtant en passe d’être réussi avec des ventes qui approcheront les 100 000 unités cette année. Le chemin est encore loin pour venir concurrencer les Toyota Prius et les Honda Civic voire même la future Chevrolet Volt mais la volonté est là et la qualité pour le segment des batteries pour applications portables aussi alors pourquoi pas dans les véhicules électriques et hybrides de demain.





Photo de J. Georget

09.07.2007

Popular Republic of Private Equity

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Se tenait fin mai à Pékin le sommet de la Finance et de l’Industrie du High Tech, l’occasion pour les acteurs chinois de la banque, des Private Equity et entrepreneurs de se rencontrer pour discuter affaires.
C’est tout le secteur des PE (Private Equity) qui a atteint un pic en 2007 selon Alex Ding, vice président de l’Asia Business Consulting Capital (ABC) : alors que les PE représentaient seulement 11,7 milliards de dollars en Chine sur un total global de 738 milliards en 2006, sur les trois premiers mois de 2007, c’est déjà 7,6 milliards de dollars qui ont été investis à travers ce type d’institution financière.

Quels sont les facteurs et relais de croissance de ce secteur ?

Selon Xia Xiaoning, directeur manager de AIF Capital, premièrement il existe un nombre croissant de cibles potentielles d’investissement, que ce soit des entreprises d’état ou des entreprises privées à succès. La Chine se retrouvant au cœur de la supply-chain d’industries très variées, les opportunités d’investissements suivent la tendance de fond économique. De plus, les firmes chinoises jouissent d’une profitabilité sans précédent, on peut observer des profits multipliés par 10 en quelques années. Enfin, une meilleure information et reconnaissance du formidable levier pour les petites et moyennes entreprises que constituent les PE est un troisième facteur. La Chine est unique, nul part ailleurs au monde on retrouvera un tel foisonnement de chances à saisir, il n’y a qu’à prendre l’exemple de l’automobile et de ses fournisseurs, faire la comparaison en terme de santé et de perspective de croissance pour mieux en prendre la mesure. Autre exemple, le secteur de l’assurance chinois ressemble à celui des Etats-Unis d’il y a 50 ans.

Dans quels secteurs les investisseurs PE consacrent leurs énergies ?

Ils se concentrent essentiellement sur les leaders traditionnels de l’industrie, c'est-à-dire des entreprises d’Etat mais leurs appétits s’étendent aussi au-delà de cette sphère classique en partie à cause de l’appréciation du RMB et la montée des prix des matières premières qui ont érodé les profits. De plus, beaucoup d’entreprises n’ont pas encore atteint la maturité nécessaire pour lancer des IPO d’où une nouvelle fenêtre d’opportunités pour les PE.
Les entreprises dans les secteurs de la pharmacie, la pétrochimie et l’énergie solaire ont les faveurs des investisseurs mais les choses changent vite de ce côté ci du monde, et les business du jouet pour enfants, de l’habillement ou des salons de beautés sont dans le viseur des PE. A suivre aussi les secteurs qui ont la faveur de politique favorable du gouvernement à Pékin, notamment dans l’environnement.
Les services financiers continuent à attirer les firmes de PE, mais le secteur arrive à maturité car tous les grands players en banque commerciale, assureurs nationaux se sont concentrés sur ces sujets. D’où un challenge supplémentaire pour être assez créatifs et attirer des partenaires qui proposent des technologies innovantes mais aussi qui savent les vendre. Les expertises en ventes et marketing sont aussi à ne pas prendre à la légère selon l’expérience de la CITIC.

Le jeu n’est pas t-il pas aussi trop risqué à l’image de la bourse de Shanghai qui atteint des sommets d’irrationnels ? C’est le sens du discours modérateur de Xia Xiaoning de AIF Capital, qui annoncent l’explosion de bulles spéculatives dans certains secteurs.

Les chiffres un peu arrangés afin d’attirer de l’argent frais, un manque parfois de vision à long terme sur la façon d’utiliser les nouvelles ressources ainsi que la compétition féroce que se livre les firmes de PE sont les grands challenges que doit relever Xia qui appelle d’autre part à la prudence lorsqu’il constate que des accords sont conclus plus à la hâte qu’après une claire et saine réflexion sur la pertinence de l’investissement.
Les entrepreneurs chinois favorisent toujours la lancée d’une aventure à la NYSE, mais le niveau d’exigence des régulateurs financiers américains est tel que c’est parfois une stratégie à risques. Toutefois, comme le souligne Michael Yang, directeur d’Asia Pacific et qui conseille les entreprises chinoises qui veulent être listées à la prestigieuse bourse américaine, des avantages existent, notamment une levée de fonds potentiellement très importante, très favorable pour une croissance rapide et alors que de moins en moins d’entreprises d’Etat se lancent, ce sont les entreprises privées chinoises qui prennent le relais.

19.03.2007

Que faire de 300 milliards de dollars ?

Evénement sur la planète finance, le plus grand fonds d’investissement du monde vient de voir le jour en Chine, pays communiste. Que pensez de cette entrée fracassante dans l’économie de marché à l’anglo saxonne ? Et surtout que vont-ils faire de tout cet argent qui pourrait racheter une entreprise comme Total à lui tout seul ?

medium_florianedelasse.2.jpgLou Jiwei, ancien vice ministre des finances, est donc le nouveau Warren Buffet puisqu’il a été retenu pour diriger cette nouvelle agence qui devrait gérer entre 200 et 300 milliards de dollars. Cette décision, je la trouve naturelle, et dans la lignée de ce qui a pu être fait par les sud coréens ou les singapouriens avec leur fonds d’investissement Temasek holding qui affiche une belle santé. Ayant 1000 milliards de réserves en bons de trésors américains, il est temps pour la Chine de diversifier son avoir.
Les chinois dépendent beaucoup de l’exportation comme chacun sait, et les américains sont très contents d’être financés par l’épargne chinoise puisqu’ils vivent au-dessus de leurs moyens. C’est donc une relation bilatérale entre les deux géants qui a des avantages réciproques jusqu’à ce que…jusqu’à ce que l’endettement américain devienne trop élevé et qu’un ajustement s’opère de manière coopérative ou chaotique ? Je n’ai pas la réponse…
En tout cas, en créant une telle force de frappe, Pékin suscite le débat sur l’utilisation de ces centaines de milliards de dollars : les utiliser pour réduire la pauvreté ou pour investir à l’étranger ?
Ce qu’il faut savoir c’est qu’une partie des réserves, les fameux 1000 milliards de dollars ont déjà été en partie utilisé pour aider les banques, assureurs et courtiers chinois qui étaient très mal en point par l’intermédiaire de Central Beijing, l’actuelle agence d’investissement du parti. Les programmes sociaux n’ont pas encore été évoqués à part le vœu pieux d’une société harmonieuse.

Il s’agit de créer un rendement sur une partie des réserves (20%) qui par définition étant en dollars, est soumise à la fluctuation du billet vert. Pourquoi ne pas diversifier en d’autres devises, et là européen que je suis, je lance le mot euro ! Mais ce serait se tirer une balle dans le pied puisque convertir veut dire faire baisser la valeur du dollar et donc de son fonds… La deuxième solution est d’obtenir un rendement compensateur, une sorte de prime de risque qui permettra de compenser les pertes futures puisque le dollar est amené à baisser. Comme les grands fonds de pension : diversification internationale, private equity, actions, voilà le programme.
Des actifs dans le secteur de l’énergie seraient prioritaires, mais le mot d’ordre est à la prudence… Eads pourrait il constituer une cible potentielle ?