06.07.2008
Bataille de l'atome
L’ouest n’a de cesse de promouvoir l’idée d’une Chine plus libre, particulièrement en ce qui concerne les affaires gouvernementales. Et les chinois de répondre par l’impérative envie de demander aux donneurs de leçons de se taire et de laisser les affaires internes aux mains des chinois.
L’ironie de l’histoire est que les deux parties sont d’accord sur une chose : le monde a besoin d’une Chine plus ouverte. La seule différence est que les occidentaux pensent que ce mouvement doit se faire en suivant un plan défini à l’avance alors que les chinois veulent suivre leur propre rythme suivant des considérations internes.
Un secteur est particulièrement impacté par ce nationalisme chinois, celui de l’énergie nucléaire. Des changements radicaux sont intervenus ces dernières années avec un discours marquant du premier ministre Wen JiaoBao en 2005 annonçant quatre points structurant le changement de la politique de l’atome, plus ambitieuse afin de construire une Chine verte et de s’affranchir peu à peu du charbon et du pétrole.
Les quatre points sont les suivants :
Mettre en place un planning global et un dessein rationnel.
Maximiser le design et la construction de centrale ainsi que la production des équipements de l’industrie nucléaire par des acteurs 100% nationaux.
Encourager la coopération internationale.
Mettre la priorité sur la qualité et la sûreté.
Selon le dernier plan économique, la Chine se fixe pour ambition de construire une trentaine de centrales nucléaires d’ici 2020 pour arriver à une puissance installée de 40GW.
Nul part au monde un tel plan existe dans le domaine du nucléaire, et ceci pour seulement faire passer le chiffre de 1,6 à 4% la part du nucléaire dans la production d’énergie totale du pays.
Alors pourquoi Aréva ne déplace t-il pas son siège de Paris à Pékin ?
Parce que les chinois ne maîtrisent pas encore la technologie des centrales de troisième génération, l’EPR, dans sa version française, en phase de projets pilotes en Finlande et à Flamanville, Normandie.
Une bonne partie de l’avenir de la filière nucléaire française se joue en Normandie. Les technologies, les savoir-faire, le know-how, le retour d’expérience, les spécifications, les codes et réglementations, les conditions de sûreté et de sécurité, tout est censé débarquer de Normandie pour libérer les énergies du monde, des Etats-Unis à la Chine, en passant par l’Afrique du Sud.
Entretenir les relations avec le partenaire privilégié, la China Guangdong Nuclear Power Group et capitaliser sur Ling Ao et Daya Bay, développer le lobbying sur la valorisation des actifs en terme de normes de sécurité de 30 ans de retour d’expérience d’EDF dans l’exploitation des centrales nucléaires et faire venir la longue traîne des fournisseurs agréés d’EDF en Chine pour des partenariats en Joint Venture sont les prochains défis du nucléaire français en Chine.

Comment la Chine atteindra les 40 à 50 GW de puissance installée en 12 ans ? Il faudra qu’elle résolve ces importants points stratégiques :
L’acquisition de l’uranium passera sans doute par le développement du partenariat stratégique avec l’Australie et en accentuant la recherche dans les provinces internes du XinJiang et de Mongolie intérieure.
Le développement de l’expertise dans l’enrichissement d’uranium voit la filière russe en pole position avec la signature d’un accord sur un projet d’un milliard de dollars pour la construction d’usines d’enrichissement.
La sécurisation de l’approvisionnement de qualité dans les équipements, les réacteurs et le développement de l’expertise opérationnelle ainsi que la gestion des déchets sont aussi des tâches critiques à accomplir où le modèle de collaboration-compétition est encore à inventer. C’est ici que la stratégie Nespresso mis au point par Aréva devra faire ses preuves en livrant une partie des secrets de la technologie nucléaire française en contrepartie de l’assurance de la livraison par Aréva des précieuses « capsules » de combustible nucléaire.
La seule voie qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat.
Kofi Annan.
21:20 Publié dans Vie du Marché | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, france, nucléaire, atome, stratégie
10.02.2008
Celui qui frappe le premier...
Monsieur Romney, candidat malheureux à l’investiture républicaine ne veut pas voir les Etats-Unis devenir la France du 21ème siècle, une autre grande nation mais plus une nation leader. Sommes nous donc définitivement à la traîne dans la course économique mondiale puisque c'est à cette aune que se porte le jugement sévère du candidat sur la France ?
Prenons par exemple le secteur de l’acier qui se livre une bataille féroce au plus haut niveau avec une offre de rachat par BHP Billiton sur Rio Tinto de 147,5 milliards de dollars, soit le PNB d’un pays comme le Maroc, offre qui intervient après l’opération du chinois Chinalco et de l’américain Alcoa qui ont pris ensemble une participation de 12% de la compagnie pour quelques 14 milliards de dollars. Pendant ce temps, en France, le débat se porte sur l’usine de Grandange qui déclare 36 millions d'euros de pertes en 2007 (3,6% de son chiffre d'affaire), 20 millions en 2006.
Que faire lorsqu’un président va au secours d’une usine autant symbolique que désespérément condamnée alors qu’il délaisse le dossier du différend entre Aréva et Alstom ? Que faire lorsque les politiques ne trouvent pas d’autres solutions au dossier Société Générale que de préconiser que l’Etat rachète des actions ? Que faire lorsque le gouvernement annonce ouvertement que les fonds souverains sont menaçants pour l’économie française ? Sommes nous condamnés à la "protectionnite" ? Plus jamais leader sur les marchés mondiaux ?
Le monde a changé, les acteurs se sont diversifiés, les indiens rachèteront encore de l’appareil industriel européen, les fonds venus des pays exportateurs prendront des participations avisées dans nos fleurons financiers et bancaires et la réponse à ce mouvement global n’est pas de mettre en place un appareil protectif mais au contraire de s’ouvrir pour entrer dans la compétition mondiale.
39 milliards, c’est le déficit commercial français avec l’extérieur cette année. "Il est symptomatique de constater que 1% des quelque 100.000 entreprises exportatrices concentrent 70% de la valeur de la valeur de nos exportations", a relevé M. Novelli.
En effet, les parts de marché du pays sur les exportations ont chuté de 16% ces dernières années, le double du taux des Etats-Unis et le triple de celui de l’Allemagne.
Pourtant la France a des atouts pour réussir dans les pays en émergence, notamment dans l’industrie, qui représente encore près de 25% de la valeur ajoutée du pays. L’industrie qui innove et à haute valeur technologique : l’aéronautique, les semi conducteurs et l’énergie nucléaire, l’industrie à forte tradition de marques : la haute couture, les cosmétiques et autres produits de luxe, et enfin d’autres secteurs : la chimie et la génération d’électricité qui bénéficient de la masse critique du marché européen. Ces trois segments constituent 42% des emplois en France et qui seront autant de moyens pour se battre pour l’emploi.
D’autres secteurs comme l’automobile et les télécommunications font face à un défi plus grand avec une compétition internationale sur la qualité, l’innovation et le coût plus intense. Les secteurs des biens de consommations électriques sont ainsi exposés à cette compétition venue des économies en développement. Ainsi, dans ces secteurs, les français ont perdu en 13 ans 360 000 emplois et la productivité a stagné.
Une véritable politique industrielle serait donc de favoriser l’émergence de PME assez importantes pour pouvoir se battre à l’international, de mettre le focus sur les secteurs qui ont de l’avenir et entrer dans l’ère de la transition d’une économie dont la majorité des emplois sont nourris par des industries à forte valeur ajoutée.
Monsieur Romney, qui a eu la bonne idée de se retirer de la course a annoncé d’autre part que "les chinois volaient les technologies américaines et qu’il fallait renforcer les lois protectrices de la propriété intellectuelle" lors de sa campagne.
Pour qu’une nation soit leader dans le monde, il faut qu’elle soit respectée de ses alliés et partenaires. Ce n’est pas en prononçant des discours bénéfiques sur le court terme de la campagne nationale mais désastreux sur le long terme de la diplomatie internationale que la place des Etats-Unis dans le monde retrouvera de sa splendeur.
先下手为强
Celui qui frappe le premier prend l’avantage.
11:35 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : campagne américaine, France, pays émergents, industrie, stratégie industrielle
23.11.2007
Forum Jeunes entrepreneurs France-Chine
Deux événements majeurs hier dans la relation France-Chine : la vente d’Aréva acceptée par les chinois d’être payée en euro, et surtout le forum entrepreneurs France-Chine qui se tenait à Centrale Paris ce 22 novembre.
Echange de cartes, discours de présentation de société, conversation autour d’idées de développement d’affaires et un but commun : créer de la valeur, mieux se comprendre et développer des visions communes.
Puisque le small talk est de rigueur et puisqu’il faut savoir développer des conversations anecdotiques, en voici quelques unes :
- Société d’investissement de TianJin lors du repas : en Chine, il existe un dicton : « à partir d’une bonne base financière, on peut commencer à penser à pouvoir conquérir une femme française ».

Un entrepreneur français : « La Chine est une vieille amie, depuis 30 ans que je travaille avec elle, notamment avec un partenariat avec l’université Qinghua » Qinghua avec un accent français qui n’a pas du s’améliorer depuis 30ans bien sûr.

- Entrepreneur français : « we’ve been working in Dalian for 13 years »
- Entrepreneur chinois « DaWhat ? »
- Traductrice : « 大连 »
- Entrepreneur chinois : « Oh OK »

- Société de collaboration du quartier high tech de Pékin, le Haidian district : « Sais-tu que le gouvernement chinois va payer la facture d’Aréva en euro ? L’euro est très fort, il est temps pour nous de diversifier nos réserves et penser plus à long terme sur cette monnaie stable »
Plus tard, à côté d’un distributeur de billet : « pourriez vous me dire comment je change mes MeiJin (US dollar) ? ».
10:20 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : france, chine, entrepreneur
03.10.2007
La compétitivité Nationale -2
Suite et fin des clés de l’article sur la compétitivité nationale de Porter vieux d’une dizaine d’années et donc remis au goût du jour.
Sur les pouvoir publics
« Plus récemment, l’idée en vogue a été que la compétitivité dépendait de la politique des pouvoirs publics : leur intervention, leur protection, leurs aides aux exportations et leurs subventions ont propulsé les industries japonaise et sud-coréenne de l’automobile, de la sidérurgie, de la construction navale et des semi-conducteurs au premier rang mondial. Mais si l’on y regarde de plus près, les résultats sont inégaux. En Italie, l’intervention des pouvoirs publics a été inefficace. En Allemagne, il est rare que les pouvoirs publics interviennent directement aux côtés des industries exportatrices. Et même au Japon et en Corée du Sud, l’Etat ne joue qu’un rôle modeste dans des industries aussi importantes que les télécopieurs, les photocopieurs, la robotique et les matériaux avancés. »
Réponse au vent de protectionnisme qui souffle dans le monde au vu des résultats en demi teinte obtenus en Europe dans le passé ou réponse encourageante aux dirigeants chinois qui suivent le même modèle que leurs voisins asiatiques sur les secteurs stratégiques? Le bien fondé de l’interventionnisme de l’Etat dans certains secteurs comme la prospection énergétique est à relativiser (voir article : La guerre du feu).

Sur les pratiques de management
« Une dernière explication en vogue de la compétitivité tient aux différences dans les pratiques de management, notamment dans les relations entre dirigeants et travailleurs. »
C’est peut-être ici que les dirigeants devront travailler le plus, passer d’un statut de tout puissant décideur à celui d’animateur d’équipe, de créateur d’émulation sans passer automatiquement par le levier hiérarchique, de manager à problem solver. Pour certains, c’est le meilleur moyen de produire à grande échelle sans grand problème de capacité mais pour le futur il faudra étendre sa palette de compétences pour un manager chinois. Exemple ici ou là.
Vous l’avez compris, que ce soit les données macroéconomiques classiques, les ressources naturelles, la force des pouvoirs publics ou les pratiques de management, aucune explication n’est vraiment satisfaisante. Un revenu national peut augmenter alors que le commerce extérieur est déficitaire, une monnaie forte n’empêche pas l’augmentation du niveau de vie.
Le seul concept de compétitivité significatif est celui de la productivité.
« La productivité dépend à la fois de la qualité et des caractéristiques des produits et de l’efficacité avec laquelle ils sont produits. La productivité est le principal déterminant du niveau de vie d’un pays sur le long terme ; c’est la cause première de son revenu national par habitant. La productivité des ressources humaines détermine le niveau des salaires ; la productivité des capitaux détermine la rémunération de leurs détenteurs »
C’est ainsi que mesurer la compétitivité de la Chine à l’aune du commerce extérieur excédentaire ou des bas salaires est faux sur le long terme. En produisant des produits de plus en plus complexes, en devenant compétitif dans plusieurs industries à haute productivité et hauts salaires et en augmentant le pouvoir de sa monnaie bientôt, elle deviendra une plus grande puissance encore.
Lorsque les américains critiquent les chinois pour leur monnaie faible, ils servent finalement les intérêts chinois car c’est une demande intérieure chinoise galopante qu’ils serviront en priorité demain. Voir encore ici.
Lorsque notre président critique l’importation de produits chinois qui ne respectent pas certaines normes, il n’a pas saisi le fait que toute la supply chain mondiale a changé. La nationalité d’une entreprise n’est plus le référent habituel. Par contre, le pays où l’on produit l’est plus que jamais car certains offrent un environnement qui met les entreprises en mesure de s’améliorer et d’innover plus vite. Ce n’est pas en baissant les coûts de main d’œuvre de 10% que l’on va commencer à concurrencer la main d’œuvre chinoise qui restera 95% fois plus faible mais par contre c’est en débloquant plusieurs milliards d’euros pour les universités françaises et favoriser les échanges entre recherche universitaire et entreprises que le mouvement est plus pertinent.
10:35 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Economie, données macroéconomiques, politique, Chine, Etats Unis, France
01.10.2007
La compétitivité Nationale- 1
C’est la Golden Week à l’occasion de la fête nationale, à nous le trafic soulagé sur Pékin mais les attentes interminables aux aéroports et gares des villes chinoises. Il est temps d’appliquer le bon vieux adage chinois : 从容不迫 (CongRongBuPo) qui veut dire : rester calme et zen. C'est donc dans une file d'attente en France qui était correctement respectée (chose qui désormais m'étonne) que je me suis posé la question : est-ce que la culture d’un pays est un élément en prendre en compte lorsque l’on veut mesurer la compétitivité d’un pays ?
Dans son livre La Concurrence, Michael Porter essaye de donner des réponses à la question : qu’est ce que la compétitivité nationale ?
J’ai trouvé une pertinence particulièrement frappante dans un article extrait de ce livre écrit il y a plus de 10 ans mais qui donne un éclairage original sur les débats en France sur le déficit budgétaire, aux Etats-Unis sur le taux de change Yuan-Dollar soit disant désavantageux pour l’industrie américaine mais surtout et c’est l’objet de la série d’articles qui vont suivre sur les raisons du succès économique chinois.
A noter que Porter s’est penché sur les économies de 10 pays sans la France ni la Chine mais il n’en reste pas moins que la réflexion est intéressante.
Sur les données macroéconomiques classiques :
« Certains considèrent la compétitivité nationale comme un phénomène macroéconomique obéissant à des variables telles que les taux de change, les taux d’intérêt et le déficit budgétaire. Mais le Japon, l’Italie et la Corée du Sud ont tous bénéficié d’une hausse rapide de leur niveau de vie malgré leurs déficits budgétaires, l’Allemagne et la Suisse malgré l’appréciation de leur monnaie, l’Italie et la Corée malgré le niveau élevé des taux d’intérêt. »
Si l’on regarde dans l’histoire économique récente, on doit donc se rendre à l’évidence selon Porter que le taux de change Yuan-Dollar soit disant trop faible, que le déficit budgétaire français abyssal ou le taux élevé de l’euro par rapport au dollar n’ont pas empêché des économies d’être compétitives.
Sur le niveau des salaires :
« D’autre soutiennent que la compétitivité dépend de la présence d’une main-d’œuvre peu coûteuse et abondante. Mais l’Allemagne, la Suisse et la Suède ont connu la prospérité malgré des salaires élevés et une pénurie de main d’œuvre. De plus, l’amélioration des salaires ne devrait-elle pas être l’un des objectifs de la compétitivité nationale ? »
Certains prétendent (y compris certains enseignants de l’Ecole Centrale) que le miracle économique de la Chine est seulement basé sur l’incroyable capacité à trouver de la main d’œuvre peu chère en quantité et lorsque ce mouvement prendra fin, les entreprises se tourneront vers d’autres pays. Porter balaie cet argument d’un revers de main. Dans une économie stimulée par l’innovation, où le marché intérieur soutient la demande, une économie peut être parfaitement compétitive. La Chine devra donc se transformer pour devenir plus que le pays de la sous-traitance. Message reçu par les autorités semble t-il.
Sur les ressources naturelles :
« Une autre opinion rattache la compétitivité à l’abondance des ressources naturelles. Mais comment expliquer alors la réussite de l’Allemagne, du Japon, de la Suisse, de l’Italie et de la Corée du Sud, qui n’en possèdent pas beaucoup ? »
Là encore, pour répondre à l’énigme sur la compétitivité de la Chine, il ne faut pas y voir un pays aux milles richesses minières, énergies fossiles et autres greniers céréaliers. La Chine est plutôt mal servie en termes de ressources naturelles par rapport à des pays comparables comme les Etats-Unis ou dans une moindre mesure la Russie.
A suivre

10:55 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Economie, données macroéconomiques, politique, Chine, Etats Unis, France
27.08.2007
Offshorer français !
Voici 100 jours que Nicolas Sarkozy, président entrepreneur, napoléoniste, sauveur d’une nation en péril est à la tête de notre pays et on commence seulement à constater combien il est difficile d’avoir une influence réelle sur l’économie avec une croissance historique cette année qui va encore s’échouer aux alentours des 2% de croissance.
La solution viendra en partie des entreprises, et notamment d’un levier de la mondialisation que toutes les entreprises françaises n’ont pas encore pleinement utilisé, celui de l’offshoring. La France a du retard par rapport aux Etats-Unis et au Royaume Uni mais aussi par rapport à son voisin allemand. Les études des cabinets de conseil démontrent qu’un dollar dépensé dans un projet d’offshoring pour délocaliser des emplois dans le service rapporte plus qu’un dollar au pays concerné mais il n’en est pas de même aux pays de l’euro. Le coût humain pour les employés débauchés dans le processus n’est pas pris en compte bien sûr…
Pourtant, reculer et avoir peur devant les nouvelles tendances de l’économie globalisée ne servirait à rien, et l’économie française ferait mieux de se concentrer sur les emplois à haute valeur ajoutée alors qu’il est devenu trop facile de délocaliser les emplois à faible VA, de se concentrer aussi à réinventer de nouveaux emplois pour les laissés pour compte de la mondialisation.
Lorsque les Etats-Unis délocalisent en Inde, où les opérateurs apprennent l’accent américain pour que l’américain moyen ne se rende compte de rien lorsqu’il passe un coup de fil à son call center, les français ont plus de mal à délocaliser en Afrique et en Europe de l’Est où les francophones sont plus présents mais où la main d’œuvre est plus chère. Exception faite de Cap Gémini qui est devenu un acteur incontournable à Bangalore mais dans le domaine du logiciel. Là où les entreprises américaines en rachetant des acteurs indiens ou en rapatriant des profits effectués en Inde boostent leur économie, les entreprises françaises sont encore à la marge dans ce domaine. Enfin, le marché du travail français étant moins flexible et les créations d’emplois moins fréquentes qu’aux Etats-Unis, le retour à l’emploi pour l’employé qui a vu son job offshoré est beaucoup moins évident.
Pourtant, quand on pense qu’une banque française pourrait voir sa masse salariale baissait de 5 à 7 points, une occasion manquée d’allouer des budgets frais à de nouvelles activités ou à gagner la guerre des prix face à la concurrence voire se réinventer en banque virtuelle en adoptant les toutes dernières technologies.
L’initiative Euro Med, une nouvelle zone de libre échange entre pays européens et d’Afrique du Nord sera-t-elle l’occasion de réaliser d’importants transferts entre les deux régions ? Le Maroc, notre petite Inde ?
Nous avons nos atouts, et les secteurs où l’emploi doit naître ou renaître existent comme dans le tourisme ou le service, la protection sociale dans un pays qui vieilli ainsi que dans le passage d’une économie qui excelle dans les produits de luxes, alimentaires, les transports mais qui a très peu de fleurons à la nouvelle économie high-tech.
La solution passe évidemment par l’éducation, pour se former aux métiers de demain et rester un pays où la productivité est très haute malgré une réputation qui n’est pas à notre avantage, par la responsabilisation aussi des entreprises qui ont un devoir de réhabilitation des employés laissés à la marge d’un monde de plus en plus plat car lorsqu'on est au chômage on l'est à 100% et pas à 8%, et de courage enfin pour entrer dans une nouvelle ère, celle de la globalisation 3.0 après la globalisation des pays, des entreprises et désormais des individus.
19:00 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : globalisation, mondialisation, france, économie
30.03.2007
La présidentielle version chinoise
Parmi les conversations favorites que l’on peut échanger avec nos amis les taxis chinois, il y a outre les classiques « depuis combien de temps es-tu là ? », « d’où viens-tu ? » et « ton chinois est si bon ! », le thème de la France est 还不错 hai bu cuo, c'est-à-dire la France, c’est pas mal ! assorti d’un JiDaNei soit Zidane dans le texte pour les jeunes générations ou d’un Platini pour l’ancienne génération revient assez souvent. Les plus politisés arrivent à connaître DeGaoLe 德高乐 pour DeGaulle, ce qui est un nom traduit magnifiquement en chinois par Vertu-Grandeur-Bonheur, preuve que la reconnaissance par la France de la République Populaire de Chine à l’époque a marqué les esprits. Dommage tout simplement que l’essai diplomatique n’est pas été transformé économiquement mais je garde cette remarque pour un post économique.
Parmi mes collègues de travail peu connaissent 希拉克, XiLaKe pour Chirac, où je reconnais tout de même le caractère de la rareté dans le choix du 希, signe tout de même que l’on a choisi un joli nom pour traduire un nom d’homme politique gaullien.
C’est le vide total pour ce qui est de la couverture de la campagne présidentielle en France contrairement à ce qui se passe en Europe. C’est peut-être un peu tôt, ou tout simplement les chinois ne sont pas assez politisés pour pouvoir prendre goût à notre sport national. Les médias de Hong-kong et de Taiwan couvrent plus l’événement.
J’ai tout de même trouvé les traductions des noms de 10 candidats sur 12 ! Désolé pour les partisans de Schivardi et du CNPT.
Je me suis aventuré à une traduction hasardeuse et volontairement francisée mais il faut savoir que la majorité des sinogrammes utilisés pour la traduction du nom ne sont utilisés que pour une transcription phonétique. Il est assez rare d’y trouver du sens comme pour la traduction de DeGaulle par exemple. Toujours est il qu’il est assez inutilement ludique de vouloir traduire mot à mot pour un occidental :
Sarkozy : 萨尔科齐 SaErKeQi est Boudha qui vous adresse une amende.
Royal : 罗亚尔 : LuoYaEr rassemble l’Asie
Bayrou : 贝鲁 : BeiLu le coquillage grossier
LePen : 勒庞 : LePang le gros qui ne court pas vite
Buffet : 比费 : BiFei compare les dépenses
Besancenot : 贝桑瑟诺 : BeiSangSeNuo ou les promesses d’une baie sauvage qui joue de la flûte (ma plus poétique)
Bové : 博韦 : BoWei porte du cuir doux et cher
Voynet : 瓦内 : WaNei est à l’intérieur de la tuile
Laguillier : 拉吉耶 : LaJiYe traine la chance
DeVilliers : 德维利耶 : DeWeiLiYe (tente de) conserver l’honneur
Cette note s’inspire d’un post d’un très bon blog écrit par un autre jeune expatrié en Asie, mais au Japon cette fois ci.
08:24 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : chinois, france, présidentielles, traduction
16.01.2007
Qui est communiste ?
D’où vient le déficit d’identité ou la perte des liens sociaux dans nos sociétés actuelles. Pourquoi constater que le monde s’enrichit en donnant l’impression que le nombre de gens malheureux augmentent aussi par la même occasion ?
Claude Riveline apporte une analyse à deux dimensions :
La distinction sédentaire/nomade, et la distinction avec projet/sans projet. La première distinction recouvre, pour fixer les idées, tout ce qui oppose la fabrication, éprise de continuité, au commerce épris de mouvement ; la seconde, la différence entre ceux qui savent où ils vont, et les autres.
Ces deux distinctions délimitent quatre catégories d’acteurs avec chacun des rêves et chacun des cauchemars.
Les premiers, les sédentaires avec projet, comprennent, outre les industriels au sens strict, les gestionnaires du territoire, les chercheurs, les artistes. Dans un monde où tout change de plus en plus vite, leur cauchemar est la précarité.
Les seconds, les nomades avec projet, comprennent donc les vendeurs, et tout ceux dont le territoire de conquêtes s’étend à la planète entière. Leur vie est faite de voyages, de vigilance, d’avalanches d’informations. Leur cauchemar est le stress.
Les troisièmes, les sédentaires sans projet, comprennent tous ceux qui sont payés à ne rien faire, ou à faire des choses qui ne leur apportent guère de sens. Pour certains, qui trouvent leur bonheur ailleurs, cela peut être un rêve, pour d’autres, un cauchemar, que j’appellerai la déprime.
Les quatrièmes, les nomades sans projet, sont ceux qui n’ont plus de lieux où ils seraient connus et estimés. A l’exception de quelques ascètes errants qui ont choisi un tel destin, la vie de ces derniers est le cauchemar de l’exclusion.
Cette nomenclature présente l’avantage de faire abstraction du revenu.
Total annonçait il y a quelques jours des résultats encore une fois historique de plus de 12 milliards d’euros de bénéfice. Pas mal me direz-vous de faire gagner à une entreprise 1 milliard d’euros par mois. Mais encore trop loin des bénéfices des américaines. Pourtant la réaction en France fut plutôt négative, enfin en tout cas comme je l’ai perçu à 10 000 kilomètres que je suis. Il est vrai que Total est perçu comme une entreprise polluante et n’est pas très populaire sur les campus à cause de l’Erika notamment. Encore une fois, l’entreprise devrait aussi donner du sens à la création de la valeur mais c’est un autre débat. Ce que je voulais écrire aujourd'hui, c’est qu’une entreprise comme Total va permettre d’offrir à deux de mes connaissances des expériences extraordinaires, un stage en exploitation au Nigéria ou encore en Mongolie. Peu d’entreprises au monde peuvent offrir ce genre de défi à l’international comme Total. Si nous perdons ces grandes entreprises à les embarrasser encore en les taxant comme Ségolène Royal le propose, comment les français vont pouvoir être crédible à l’international ? Ne pense pas trop franco français en métropole ?
Total serait donc selon la grille de lecture de Riveline un nomade à projet, et les français pensent peut-être un peu trop en tant que sédentaire avec ou sans projet, peur de la précarité ou de la déprime, c’est selon. Mais nous ne sommes plus seuls, et le marché ne fera aucun cadeau aux entreprises françaises qui ont depuis longtemps plus de salariés à l’étranger qu’en France. Quand je vois que L’Oréal est leader avec seulement 10% du marché, c’est dire que la compétition est féroce.
Récemment le gouvernement chinois a décidé par une nouvelle loi de ne plus s’occuper de la stratégie internationale de ses firmes championnes comme Haier, TCL ou Lenovo.
Quand je vois les propositions faites en France, je me demande vraiment quel est le pays communiste entre les deux. D’un côté le PDG de Total est perçu comme le méchant capitaliste pendant que le PDG de Lenovo est un héros ici en Chine.
06:00 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Economie, france, chine
11.01.2007
L’intégration internationale, quadrature du cercle ?
Racheter une entreprise, dans le contexte mondialisé actuel en suivant une politique de croissance externe comme ma compagnie l’a adopté comporte nombres de pièges, défis et dangers à surmonter.
Est-ce que les entreprises chinoises, tellement désireuse de reconnaissance internationale après des décennies de frustration, sont capables de relever les défis internationaux dans les années à venir ?
Je vois plusieurs difficultés :
Tout d’abord, la Chine, c’est une certaine idée du management. Modèle top-down s’il en est. Je vois mal un français pétri de préjugés au sujet des mandarins, témoigner autant de respect qu’un employé chinois peut le faire envers son supérieur hiérarchique en Chine.
Je vous invite à jeter un coup d’œil sur le nombre de dépêches sur le site officiel de Thomson relatant le rachat par TCL, ou le nombre d’offres d’emploi sur le portail carrière du même site : 3 misérables news et 0 offre d’emploi. Aucune synergie, j’en viens même à me demander si les français ont honte de s’être fait racheté par mister Li.
Ceci pose une question plus vaste.
Une expérience réussie de rachat d’entreprise chinoise par un étranger, même si elle est facilitée par l’admiration de tout ce qui vient de l’extérieur qu’ont les chinois (contrairement aux japonais ou dans une moindre mesure les coréens), passe toujours par une adaptation sur la façon de gouverner, de faire du business, de manager en Chine. Les récentes sucess story de Carrefour ou Siemens sont là pour nous prouver que c’est possible avec beaucoup de patience, des managers à double culture, une équipe multiculturelle et respectueuse des différences.
En bref, lorsqu’un Laowai (étranger) arrive en Chine, il doit devenir chinois.
Ma question est : est ce lorqu’un chinois arrive en occident, peut il devenir occidental ?
Peut-être pas tout de suite, mais laissez moi être librement optimiste sur ce sujet lorsque je vois mes collègues en grande Ecole, venus des plus grandes universités chinoises à la sélection impitoyable (pire que nos classes préparatoires) et qui arrivent à s’adapter pour certains à une vitesse incroyable. Pensez donc, à Centrale, les majors de promo depuis quelques années sont toujours…chinois ! alors qu’ils ne parlaient pas encore la langue en arrivant en France deux ou trois ans auparavant. Impressionnant.
Malgré tout, cette génération n’est pas encore au pouvoir. Et malgré le côté résolument francophile de Li Dongsheng, PDG de TCL et coprésident des années croisées France-Chine, ami de Jacques Chirac, l’alliance TCL-Thomson qui a fait naître TTE à Shenzhen sans aucun français au siège ressemble à un échec.
Autre risque toutefois, là encore culturel : la culture du secret du chinois. Tous les jours, je le constate dans ma compagnie. Combien il est dur pour moi de mettre en place des procédures groupes, d’harmoniser les règles et de penser sur le long terme pour la promulgation des Best Practices que j’identifie. Il y a un caractère très autonomiste chez le chinois.
J’aimerais bien savoir comment les entreprises extrêmement regardantes sur l’harmonie des pratiques à l’international comme McKinsey font pour leurs bureaux à Beijing ou Shanghai. Operate as one firm, voilà un des crédo du cabinet McKinsey. Travailler comme une seule entité. Ils considèrent qu’il ne doit y avoir aucune différence entre bureaux de Paris, Londres ou Milan et bureaux américains. Tous les modes de fonctionnement, jusqu’au plus haut niveau, comme par exemple l’élection des partners, sont mondiaux.
Autre exemple, européano-européen celui-ci :
Comme dit le chroniqueur du Figaro, Yves de Kerdrel, après avoir fait du ciel son business, Airbus connait l’enfer. Il ressort de toutes les analyses des spécialistes que l’un des principaux problèmes de l’avionneur a été de manière organisationnelle de fédérer les synergies entre allemands et français notamment. Des doublons administratifs, des contrepoids politiques tout comme des refus de s’entendre sur la façon de travailler en Allemagne sur des logiciels de conception français, voilà quelques exemples qui illustrent bien le fait que la réussite d’une intégration constitue un point clé pour la réussite d’un groupe international. De plus, Airbus n’est qu’un groupe européen pour l’industrialisation pour l’instant. Avec l’ouverture de l’usine d’assemblage à TianJin (port situé à 1 heure de Pékin) dans les années à venir, il va faire maintenant faire travailler chinois et européens ensemble. En connaissant le désir légitime des chinois à s’accaparer les technologies les plus avancées, voilà un beau challenge à relever pour la firme d’EADS.
En résumé, un des défis du management du 21ème siècle sera pour moi l’incroyable complexité de faire travailler non plus des équipes mais des groupes multiculturels.
Je suis optimiste. La nouvelle génération arrive.
06:00 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Economie, fusion-acquisition, chine, france

