14.12.2007
L'apprentissage de la diplomatie
La tendance n’est plus au gagnant-gagnant mais au donnant-donnant. Sarkozy avait donné le ton lors de sa visite en Chine il y a quelques semaines et dans le nouveau modèle de diplomatie verte, on a vu lors de conférence de Bali éclore ce nouveau concept : maintenant à vous, les pays riches, de payer la facture carbone si vous voulez que les pays émergents fassent des efforts.
C’est ainsi que la diplomatie occidentale, si elle n’espère plus sur le court terme un assouplissement de la valeur du yuan, voudrait au moins des avancées rapidement sur l’ouverture des marchés financiers chinois. Des discussions notamment sur ce sujet se sont tenues lors de la troisième session des dialogues stratégiques économiques à XiangHe. L’Europe est écartée de ces discussions et certains observateurs lancent des prospections alarmistes sur la main mise des affaires de ce monde par les deux géants. L’Europe ne doit plus être l’idiot du village global soutient monsieur Védrine.
Pendant ce temps, d’importantes concessions ont aussi été effectuées dans le domaine de la sécurité alimentaire et de la qualité des produits exportés ainsi que sur la propriété intellectuelle surtout dans le domaine de la pharmacie où de nombreux médicaments sont encore trop souvent copiés.
En échange, les chinois ont réussi à négocier des échanges de technologie et améliorer la coopération dans ces domaines où ils se positionnent déjà bien, dans les cellules photovoltaïque, les vélos électriques, la revalorisation des déchets.
Les nations ne peuvent pas protéger leurs routes vers la prospérité. Tel est le crédo de nombreux républicains et démocrates et l’ouverture des dialogues stratégiques économiques suivant l’initiative de Mr Paulson, un ancien investisseur avec un grand background en Chine est dans le sens de l’histoire selon lui. Parler de sujets sensibles comme celui du piratage permettra par la suite de parler plus aisément de sujets moins stratégiques, pense t-il.
Une des grandes leçons de ces dialogues stratégiques, le premier ayant pris place en 2006 est sans doute l’avancée côté chinois de la perception que les poursuites judiciaires engagées sur l’affaire des dentifrices ou autres produits de grande consommation ne sont en aucun cas des déclarations déguisés de racisme antichinois, voire même des insultes personnelles mais les procédures judicaires sont toutes naturelles dans un pays d’avocats. Le pays d’ingénieur que constitue la Chine commence à le comprendre.
10:15 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : géopolitique, dialogue stratégique, négociation
02.11.2007
Le projet européen en Chine
Jean-Pierre Raffarin, animateur des groupes de réflexions qui accompagneront le président Sarkozy en Chine à la fin de ce mois de Novembre en appelle de ses vœux, c’est la vision aussi de beaucoup de partenaires gravitant autour de la China Europe International Business School : une stratégie commune pour les pays européens en Chine est nécessaire pour la réussite et l’existence d’un bloc commun à côté des deux hyperpuissances dans 20 ans que seront la Chine et les Etats-Unis.
Pour l’ancien premier ministre, c’est autour de tels défis que l’idée de l’Europe est la plus pertinente. Après le programme Erasmus, le programme Confucius a du sens.
Malgré les bonnes intentions, les pistes de réflexion lancées par JPR comme, par exemple, le principe de non- concurrence sur les mêmes produits entre allemands et français ressemblent plus à des vœux pieux qu'à des réponses réalistes faces aux attentes économiques. Comment dire à Siemens de se retirer de la course au consommateur chinois au profit de Schneider ? Peut-on penser qu’un jour Bruxelles dicte aux stratèges de PSA de rester concentrer sur le segment des voitures peu onéreuses pendant que BMW se taille les parts du lion dans les marges plus intéressantes du segment du luxe ?
Est-ce que la vraie leçon de la Chine, c’est l’urgence de l’Europe ? Les programmes Airbus ou Iter ne sont-ils pas des exemples à suivre en matière de stratégie économique commune ?
Pour l’union européenne, l’ouverture de la Chine est un test et Bruxelles a toute les peines du monde à formuler une politique globale et respectée pour des raisons internes mais aussi à cause de la traditionnelle alliance atlantique avec les Etats-Unis. Une stratégie triangulaire entre les blocs EU-UE-CH n’est possible seulement à la condition d’une Europe unie.
Pourtant, du côté des partenariats commerciaux, la relation est au beau fixe avec des échanges qui ont été multiplié par 40 depuis 1978. La Chine est le deuxième partenaire commercial pour l’Europe, l’Europe est le premier pour la Chine et ceci s’est effectué sous la main invisible du marché car le seul cadre légal dans ces relations est le « EC-China Trade and Cooperation Agreement » en… 1985.
En marge de cet accord, quelques signatures de coopération sont venues jalonner ces années de décollage économique : les Visas pour les touristes chinois qui souhaitent visiter le « vieux continent », un accord sur une coopération économique et scientifique comme le projet Galileo ainsi que l’usage à des fins pacifiques de la puissance nucléaire.
Sur les dossiers de l’embargo des armes à destination de Pékin, les quotas dans le textile ou le déficit global de la balance commercial, le respect des droits de l’homme, l’Europe a une voix à faire entendre et une voie à montrer et c’est sur ces sujets sensibles que l’Europe doit être cohérente avec ses propres ambitions. Une China France Business School aurait été impossible alors que la China Europe International Business School est un grand succès.
Le modèle pékinois pour les pays en développement et le modèle bruxellois de coopération entre pays sont sans doute deux réponses aux dangers du monde après guerre froide. C’est une chance pour le monde que la Chine ait choisi la poursuite effrénée de la croissance comme une réponse aux humiliations du passé et l’Europe a pour ambition de donner du sens à ce village global après avoir vécu les horreurs du passé.
14:50 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Europe, Chine, géopolitique, CEIBS, avenir, stratégie européenne, jean-pierre raffarin
19.02.2007
Beijing, Washington, Bruxelles…
Beijing, le 19 février
La Chine se construit contre.
Les Etats-Unis sont devenus les numéro 1 en fournissant ressources humaines et matérielles aux européens lors des deux premières guerres mondiales mais ne se sont pas construit contre l’Europe mais grâce aux capitaux européens et profite toujours de l’immigration positive venue du monde entier.
Alors que peut-être pour la première fois de l’histoire les américains vont sortir déficitaire d’une guerre, en l’occurrence la guerre d’Irak, le déficit commercial se creuse entre américains et chinois mais on ne peut pas comparer les deux situations. L’Amérique n’est pas en faillite et la Chine ne se pose pas en sauveur des américains dans cette guerre. La Chine va plutôt se construire contre avec l’éclatante possibilité de battre enfin les américains à Pékin en 2008. Ces jeux là seront les plus politisés depuis Berlin 36.
Je suis français, européen. Je vois un jeu à 3 voire 4 dans les années à venir entre américains, chinois, européens et en périphérie japonais. Tout d’abord, comme dit McGregor, il est temps pour les américains de « shut up ». Même si l’Amérique exerce toujours une si grande fascination, plus les chinois sont cultivés et ont même étudié aux EU, plus ils sont critiques sur le désir d’hégémonie du peuple américain. Il est temps de laisser donc aux chinois le soin de gérer leur budget militaire qui est ridiculement petit par rapport à celui des américains si l’on rapporte à la population.
Lors d’un diner avec des jeunes entrepreneurs chinois, le grand Henry Kissinger posa cette question : « maintenant que le développement de la Chine est en passe d’être acquis, n’est-il pas temps de penser à la modernisation démocratique de votre pays ? » La réaction fut on ne peut plus circonspecte, un chinois répondant : voulez vous détruire tout ce que nous avons construit ces 25 dernières années ?
MuLin, AnLin, FuLin voilà le slogan des chinois dans leurs rapports avec leurs voisins, ce qui se traduit par soyez amicaux, faite naître le sentiment de sécurité, et rendez les heureux. Et ça marche, un sondage de la BBC sur un groupe de 23 000 personnes de 22 pays montrait que 48% des personnes interrogées pensaient que la Chine avait une influence positive sur le monde, soit 10 points de plus que les EU.
Quel rôle peut jouer l’Europe face à la montée de la méfiance des chinois envers les américains et à la haine respective entre japonais et chinois ?
A nous de jouer en équipe, pour une fois, je le vois tous les jours que nous français avons une meilleure image que les américains, que les espagnols sont réputés chaleureux, les italiens classe, les allemands très fort technologiquement et les anglais ont Beckham. Je vois un de mes collègues chinois travaillant à la mission économique européenne de Chengdu nouvellement ouverte très enthousiaste en voyant arriver les investisseurs européens. J’espère sincèrement que nous arriverons à nous unir car nous n’avons absolument rien à envier aux américains à tous les plans.
Marquons l’essai économique, et nous pourrons ensuite essayer de transformer l’essai en construisant la nouvelle société européenne, société de connaissance, de services et de hautes technologies.
10:50 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, US, Asie, géopolitique, image

