21.01.2008

Sur la diversité

Frank Brown, dean de l’Insead raconte que sa faculté travaille sur le concept de la diversité et de son impact sur l’innovation. L’adage managérial veut que la diversité engendre la créativité. Une expérience amusante vient illustrer cette belle idée, parfois un peu malmenée dans sa crédibilité par des discours RH creux. Si vous demandez à des innovateurs, travaillant dans tout secteur d’activités, de renseigner une liste de personnes qu’ils contacteraient s’ils devaient résoudre un problème de business rapidement, alors vous verrez apparaitre parmi ces contacts des profils bien différents en terme d’âge, de genre, de personnalités, de nationalités, de culture par rapport à l’innovateur qui les aurait sollicité. Alain disait que tout homme persécute s’il ne peut convertir, mais la culture remédie à ce vice et rend la diversité adorable. Car un simple agrégat de cultures ne se transformera pas par magie en un campus centre d’innovation, il faut du temps, un objectif commun, du team building pour que le groupe voit grandir en lui ce sentiment d’appartenance et puisse travailler ensemble, en respectant les idées de chacun. Maintenant, regardons en face une des questions les plus complexes à résoudre pour les managers face à la mondialisation : comment trouver l’équilibre entre les économies d’échelles que l’on peut lever en globalisant les activités et la réactivité à avoir pour savoir répondre aux marchés locaux. Carlyle le résume dans sa motto : Global Vision, Local Insight. La réponse la plus logique face à ce constat serait de développer des opérations à l’échelle globale afin de favoriser l’innovation en confrontant les idées, en regroupant les forces vives. Comment alors résoudre les problèmes locaux spécifiques à un marché ? Pankaj Ghemawat propose une méthode d’arbitrage originale appelée le triangle AAA pour Adaptation, Agregat, Arbitrage. La méthode Adaptation doit exploiter les ressources localement tout en essayant de profiter d’un maximum d’économie d’échelle. L’Agrégation tend à maximiser les échelles et les portées des projets à travers la standardisation internationale. Quant à l’Arbitrage, cette stratégie recommande la spécialisation internationale, par fonction, à travers des collaborations verticales ou internationales. Pour prendre quelques exemples et concrétiser ces concepts, une supply chain devra être optimisée globalement, tout en alignant localement la production au plus juste, certains projets R&D sont développés globalement alors que des recherches restent cantonnées dans une certaine région, marketing et standards obligent. La stratégie sera modulaire, flexible, décentralisée, collaborative dans le premier cas, fonctionnelle, orientée client, par compétence dans le second cas et culturelle, économique, géographique, administrative dans la troisième proposition. Espérons seulement que certaines erreurs pourront être évitées comme cette campagne de publicité désastreuse en illustration.

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Faut-il le rappeler, ne pas écrire dans un email de proposition de collaboration sur une ligne que l’on respecte la culture chinoise et dans la ligne suivante que le Tibet est un pays indépendant (chose vue).

03.09.2007

L’économie du Sushi

a2573de441ab7c428bc9c7bc2278c3b2.jpgDerrière ce titre quelque peu curieux se cache encore une fois un véritable témoignage du mouvement de globalisation du monde, du monde culinaire en l’occurrence. Alors que manger du sushi il y a quelques années était perçu comme un signe extérieur d’appartenance à une caste élevée, le thon rouge frais et cru s’est considérablement démocratisé et même les Simpsons en mangent désormais. Dans The Sushi Economy : Globalization and the Making of a Modern Delicacy, Sasha Issenberg nous prouve que mondialisation et respect d’une culture culinaire peuvent coexister et démontre par la même occasion aux José Bové que nous sommes parfois que le respect de nos cultures locales peut se trouver renforcé par la globalisation. L’attitude à adopter dans ce nouveau village global n’est pas de démonter des McDonalds. Mondialisation ne veut pas dire américanisation. Le plat le plus populaire au monde est la pizza et ceci non pas parce qu’elle nous vient d’Italie mais parce que chaque pays y a adapté sa propre recette. J’ai mangé des pizzas au fruit de la mer Jaune adorés par les coréens, des pizzas au curry pour les indiens et les meilleurs ventes au KFC de Pékin se concentrent sur une espèce de fajita appelé le LaoBeijing, ce qui veut dire le vieux Pékin. Mais le livre de Issenberg ne nous pas seulement réfléchir sur la mondialisation mais aussi sur l’histoire de ce met si raffiné, qui est lié à l’histoire du thon rouge et de l’économie qui tourne autour de sa chaîne d’approvisionnement. De l’histoire de la Japan Airlines qui importa les premiers thons rouges au début des années 70 à votre bol marié au wasabi en passant par l’histoire du marché de Tsukiji où le thon se vend par dizaines de milliers d’euros et le réseau de revendeurs, d’intermédiaires, d’économies portuaires, de logistique du froid au plus efficace, rien n’a échappé au filet de Issenberg. Que vous alliez au restaurant du sushi à volonté proche du Friendship Center pour 7 euros ou dans l’institution Hatsuné à Pékin, vous pourrez toujours répondre à votre hôte éberlué de manger un California Roll dans un restaurant japonais : Mais vous savez, tous les sushis comme les pizzas se sont adaptés à leur marché domestique et en Californie on y a rajouté du crabe et de l’avocat parce que ce sont les produits que l’on trouve sur place. A Singapour, on peut trouver un California Roll avec de la mangue. Alors en plus lorsqu'on y rajoute une touche de sauce canardlaquisé pour rendre pékinois ce sushi... Décidemment le sushi est le met de notre village global.

29.08.2007

Glocalisation

En voyage dans le sud de la Chine, j’ai pu remarqué combien les cantonais étaient différents des pékinois, plus ouverts, plus commerciaux, plus habitués aussi au contact avec les étrangers. Est-ce la proximité de la mer, les importants ports de Canton et de Shenzhen ou l’influence du moteur HK ? Toujours est-il que beaucoup de chinois d’outre mer vont trouver leurs racines dans les provinces du Fujian ou du Guangdong et beaucoup moins dans les provinces du centre ou du nord. Dans le livre, The wealth and Poverty of Nations, l’économiste David Landes explique le lien entre le climat, les ressources naturelles et la géographie et la performance économique d’un pays ou d’une région. Loin des théories de mon compagnon de voyage m’expliquant en se resservant d’un des mets des plus fins de la cuisine cantonaise que bonne cuisine rime souvent avec jolies femmes, Landes explique en quoi culture et PNB peuvent être liés. On peut penser en effet sur ce sujet un peu controversé que la façon qu’un pays arrive à s’accaparer les meilleures pratiques internationales, à les marier avec les traditions locales, la possibilité qu’un gouvernement puisse mobiliser son pays derrière des causes nationales et l’intérêt qu’éprouve les élites à investir dans leur propres terres d’origine sont autant de facteurs à la réussite économique d’un pays. On appelle ce processus la glocalisation Les indiens qui voient arriver les Moguls arrivaient puis repartir, les anglais arrivaient puis repartir en se disant qu’il faut prendre le meilleur de chacunes des influences tant qu’ils nous laissent manger notre curry, qu’ils laissent nos femmes porter des saris et vivrent dans des familles étendues et unies. C’est aussi toute l’ouverture d’esprit d’un Deng XiaoPing qui avec assez de tolérance ouvre son pays aux influences étrangères et attrape la souris, avec un chat noir ou un chat blanc, peu importe… Est-ce pour cette raison que la Chine décolle et qu’un pays comme le Mexique reste un pays à « potentiel » ? Sans doute que la culture a son mot à dire car la Chine ne bénéficie pas de réserves naturelles aussi providentielles que les Etats-Unis mais la culture méritocratique permet de faire émerger des élites qui savent guider leur pays, malgré tous nos préjugés occidentaux sur ce parti unique qui dirige tout. Le modèle top-down est efficace à ce stade là de développement aussi. La culture de l’éducation aussi lorsque l’on constate que l’Inde et la Chine ont plus de 50 000 étudiants aux Etats-Unis, beaucoup plus que les étudiants mexicains, qui sont pourtant plus proche voisins. De plus, la culture est toujours changeante. Combien la Chine de 2008 sera différente par rapport à la Chine de 1793 quand elle fermait la porte à l’envoyé de Georges III, Georges Macartney. Elle a changé, a appris à Gu Wei Jin Yong, Yang Wei Zhong Yong, 古为今用, 洋为中用, c'est-à-dire ne pas répéter cette erreur et apprendre du passé pour que les choses venues de l’étranger servent la Chine. Il y a des fondamentaux qui sont à la faveur des chinois, et qui explique pourquoi cette culture a la capacité de changer, de se réinventer si rapidement et de construire des infrastructures ultramodernes. Maintenant, savoir si on trouve plus de jolies filles dans le sud de la Chine et que ceci a un lien avec l’excellente cuisine cantonaise, à vous de juger

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27.08.2007

Offshorer français !

Voici 100 jours que Nicolas Sarkozy, président entrepreneur, napoléoniste, sauveur d’une nation en péril est à la tête de notre pays et on commence seulement à constater combien il est difficile d’avoir une influence réelle sur l’économie avec une croissance historique cette année qui va encore s’échouer aux alentours des 2% de croissance. La solution viendra en partie des entreprises, et notamment d’un levier de la mondialisation que toutes les entreprises françaises n’ont pas encore pleinement utilisé, celui de l’offshoring. La France a du retard par rapport aux Etats-Unis et au Royaume Uni mais aussi par rapport à son voisin allemand. Les études des cabinets de conseil démontrent qu’un dollar dépensé dans un projet d’offshoring pour délocaliser des emplois dans le service rapporte plus qu’un dollar au pays concerné mais il n’en est pas de même aux pays de l’euro. Le coût humain pour les employés débauchés dans le processus n’est pas pris en compte bien sûr… Pourtant, reculer et avoir peur devant les nouvelles tendances de l’économie globalisée ne servirait à rien, et l’économie française ferait mieux de se concentrer sur les emplois à haute valeur ajoutée alors qu’il est devenu trop facile de délocaliser les emplois à faible VA, de se concentrer aussi à réinventer de nouveaux emplois pour les laissés pour compte de la mondialisation. 03b3007866fa46346ca93adf313c666c.jpgLorsque les Etats-Unis délocalisent en Inde, où les opérateurs apprennent l’accent américain pour que l’américain moyen ne se rende compte de rien lorsqu’il passe un coup de fil à son call center, les français ont plus de mal à délocaliser en Afrique et en Europe de l’Est où les francophones sont plus présents mais où la main d’œuvre est plus chère. Exception faite de Cap Gémini qui est devenu un acteur incontournable à Bangalore mais dans le domaine du logiciel. Là où les entreprises américaines en rachetant des acteurs indiens ou en rapatriant des profits effectués en Inde boostent leur économie, les entreprises françaises sont encore à la marge dans ce domaine. Enfin, le marché du travail français étant moins flexible et les créations d’emplois moins fréquentes qu’aux Etats-Unis, le retour à l’emploi pour l’employé qui a vu son job offshoré est beaucoup moins évident. Pourtant, quand on pense qu’une banque française pourrait voir sa masse salariale baissait de 5 à 7 points, une occasion manquée d’allouer des budgets frais à de nouvelles activités ou à gagner la guerre des prix face à la concurrence voire se réinventer en banque virtuelle en adoptant les toutes dernières technologies. L’initiative Euro Med, une nouvelle zone de libre échange entre pays européens et d’Afrique du Nord sera-t-elle l’occasion de réaliser d’importants transferts entre les deux régions ? Le Maroc, notre petite Inde ? Nous avons nos atouts, et les secteurs où l’emploi doit naître ou renaître existent comme dans le tourisme ou le service, la protection sociale dans un pays qui vieilli ainsi que dans le passage d’une économie qui excelle dans les produits de luxes, alimentaires, les transports mais qui a très peu de fleurons à la nouvelle économie high-tech. La solution passe évidemment par l’éducation, pour se former aux métiers de demain et rester un pays où la productivité est très haute malgré une réputation qui n’est pas à notre avantage, par la responsabilisation aussi des entreprises qui ont un devoir de réhabilitation des employés laissés à la marge d’un monde de plus en plus plat car lorsqu'on est au chômage on l'est à 100% et pas à 8%, et de courage enfin pour entrer dans une nouvelle ère, celle de la globalisation 3.0 après la globalisation des pays, des entreprises et désormais des individus.

17.08.2007

Le monde est plat

The world is flat, le meilleur livre de business de l’année de Thomas Friedman, ma recommandation pour vos lectures estivales. Je me rends compte alors que je mangeais dans un restaurant japonais hier à Pékin et que notre couple franco-singapourien était entouré d’un couple coréen à gauche et québécois à droite. Je me souviendrai aussi de ma première réunion en conference call où Singapour-France-Chine étaient connectés sur le même réseau pour écouter le freshman que j’étais. Nous sommes donc des animaux globaux. Cette petite planète a son intérêt par ses parfois et parfois on voyage de Pékin à New York et on rencontre des gens de sa petite école centralienne à Manhattan. Bienvenue dans votre espace globalisation, le monde est notre village, c’est la grande pièce du millénaire et l’homme du 21ème siècle sera chinois. De Manhattan. Hommage à mon présentateur préféré de la CCTV 9, James Chau. Mon ami global James Chau m’a contait l’histoire d’une firme globale ce matin, firme qui profite de la platitude du monde pour faire des affaires, je vous présente la compagnie d’export trading : Li & Fung. A Bangalore, le monde est plat comme un écran géant où à tout moment américain, singapourien et indien peuvent discuter en direct de software reprogrammé, c’est la théorie de Friedman mais pour Li&Fung, le monde est plat depuis un certain temps déjà, depuis que cette entreprise est devenu experte à manager la supply chain globale. Aux Etats-Unis, si vous allez dans un centre commercial, 30 à 40% des produits sont passés par leurs mains mais leur marque n’apparaît pas, discrétion efficace toutefois.

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La théorie de Bruce Rockowitz est intéressante est fait échos aux propos de Friedman, aujourd’hui le référentiel n’est plus le pays ou le groupe de pays mais bien le monde global. Connecté grâce aux nouvelles technologies d’information, Li&Fung n’utilise qu’un seul centre stratégique de collection de données à Hong Kong mais reste à temps réel maître de toutes ces opérations à chaque point du globe. Sans avoir aucune industrie à proprement parlé, Li&Fung détient un capital intangible de 12 milliards de dollars et un capital humain de 11 000 personnes répartis dans 70 pays à travers le monde. Alors que la production n’a cessé de bouger, tout d’abord à l’intérieur d’un même pays ou d’une région (de la côte est américaine vers le sud par exemple), puis à travers un groupe de pays, c’est maintenant le temps où toutes les opérations doivent être localisées dans la région appropriée. Votre service comptable en Inde, vos composants en Chine et en Malaisie, et votre assemblage final chez vous mais votre logistique chez votre partenaire, basé à Hong Kong, plate forme du nouveau monde plat. Le dinosaure vertical où vous essayez de tout contrôler du début à la fin n’a plu lieu d’exister. Bienvenue dans le monde où c’est la compétition et le marché qui vous pousse à construire ces réseaux mondiaux, des aplatisseurs de monde en quelque sorte. Pour Rockowitz, il existe trois niveaux de compagnies, celle qui réagissent aux changements du monde, celles qui les anticipent et enfin celles qui arrivent à se réinventer d’elles mêmes, des « University » compagnies comme il le dit. Réinventer la platitude du monde, revenir au haut moyen-âge serait le nouveau modèle du 21ème siècle ?