31.10.2007
Le travailleur du 21ème siècle
Il est un proverbe chinois qui interpelle avant de faire réfléchir :
钱可通神 Qian Ke Tong Shen
Si l’on retient comme traduction de Shen : Dieu ou les dieux, on arrive à la traduction quelque peu subversive : l’argent peut faire bouger (même) les dieux. Notre équivalent occidental, "l’argent peut tout acheter", voire même "l’argent n’a pas d’odeur" est biaisé car le 21ème siècle tel qu’il se présente renvoie l’idée que le travailleur devra migrer pour aller chercher l’argent là où il est. C’est donc une traduction presque au sens premier qui peut être retenue : l’argent fait bouger les masses, les personnes, les cerveaux.
Jacques Attali, dans son livre l’Avenir du Travail écrit :
« Aujourd’hui, 150 millions de personnes vivent dans un pays différent de celui de leur naissance. En 2050, les expatriés seront dix fois plus nombreux. […] Au total, en 2007, 5,5 % des travailleurs qualifiés dans le monde sont nomades ; ils seront au moins 15% en 2050. Le savoir créatif, sera de plus en plus rare, mobile et de plus en plus courtisé. Les pays en forte croissance rivaliseront pour accueillir cette immigration qualifiée et mettront en place des programmes attractifs en matière financière, sociale, fiscale, familiale.
A l’avenir, la concurrence en matière de talents sera plus rude, plus professionnelle, mieux organisée ; elle constituera un des points les plus sensibles des négociations économiques et sociales internationales. Il faudra sans doute aller vers l’édiction de règles mondiales, comme on a fait en d’autres domaines, pour éviter que certains pays n’attirent à peu de frais, notamment par le jeu de déductions fiscales, des cadres que d’autres pays auraient mis très longtemps à former. »
La vision d’Attali m’a rappelé deux anecdotes :
Les paroles d’un de mes profs (Khôleurs pour tout vous dire) : on fera de vous des Zidane des espaces préhilbertiens, des Ronaldo des équations de Maxwell, vous êtes des sportifs de haut niveau en devenir, donc bien sûr tout le monde ne peut survivre et intégrer l’équipe de France de Polytechnique.
Les paroles de mes collègues centraliens : je veux une expérience à l’étranger, je veux le campus américain, les pom pom girls et les hot dogs. On sous estime l’attrait du soft power américain.
Enfin, je vous invite à visiter le site web du gouvernement singapourien. Tout y est : attraction des investisseurs potentiels, facilités pour les visas, services pour vous et votre famille à l’installation dans la capitale asiatique, des campus de rêves, des banques à votre écoute, le respect de la propriété intellectuelle, bref tout pour attirer les cerveaux caucasiens, asiatiques, indiens...

Pendant ce temps, en France, seule réponse pour l’instant à la mondialisation des talents : le ministère de l’Immigration et les débats sans fin sur la régularisation de quelques milliers de familles aux codes civils douteux et candidats au regroupement familial.
16:25 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Migrations, travail, avenir, attali, Singapour, immigration

