10.02.2008

Celui qui frappe le premier...

Monsieur Romney, candidat malheureux à l’investiture républicaine ne veut pas voir les Etats-Unis devenir la France du 21ème siècle, une autre grande nation mais plus une nation leader. Sommes nous donc définitivement à la traîne dans la course économique mondiale puisque c'est à cette aune que se porte le jugement sévère du candidat sur la France ? Prenons par exemple le secteur de l’acier qui se livre une bataille féroce au plus haut niveau avec une offre de rachat par BHP Billiton sur Rio Tinto de 147,5 milliards de dollars, soit le PNB d’un pays comme le Maroc, offre qui intervient après l’opération du chinois Chinalco et de l’américain Alcoa qui ont pris ensemble une participation de 12% de la compagnie pour quelques 14 milliards de dollars. Pendant ce temps, en France, le débat se porte sur l’usine de Grandange qui déclare 36 millions d'euros de pertes en 2007 (3,6% de son chiffre d'affaire), 20 millions en 2006. Que faire lorsqu’un président va au secours d’une usine autant symbolique que désespérément condamnée alors qu’il délaisse le dossier du différend entre Aréva et Alstom ? Que faire lorsque les politiques ne trouvent pas d’autres solutions au dossier Société Générale que de préconiser que l’Etat rachète des actions ? Que faire lorsque le gouvernement annonce ouvertement que les fonds souverains sont menaçants pour l’économie française ? Sommes nous condamnés à la "protectionnite" ? Plus jamais leader sur les marchés mondiaux ? Le monde a changé, les acteurs se sont diversifiés, les indiens rachèteront encore de l’appareil industriel européen, les fonds venus des pays exportateurs prendront des participations avisées dans nos fleurons financiers et bancaires et la réponse à ce mouvement global n’est pas de mettre en place un appareil protectif mais au contraire de s’ouvrir pour entrer dans la compétition mondiale. 39 milliards, c’est le déficit commercial français avec l’extérieur cette année. "Il est symptomatique de constater que 1% des quelque 100.000 entreprises exportatrices concentrent 70% de la valeur de la valeur de nos exportations", a relevé M. Novelli. En effet, les parts de marché du pays sur les exportations ont chuté de 16% ces dernières années, le double du taux des Etats-Unis et le triple de celui de l’Allemagne. Pourtant la France a des atouts pour réussir dans les pays en émergence, notamment dans l’industrie, qui représente encore près de 25% de la valeur ajoutée du pays. L’industrie qui innove et à haute valeur technologique : l’aéronautique, les semi conducteurs et l’énergie nucléaire, l’industrie à forte tradition de marques : la haute couture, les cosmétiques et autres produits de luxe, et enfin d’autres secteurs : la chimie et la génération d’électricité qui bénéficient de la masse critique du marché européen. Ces trois segments constituent 42% des emplois en France et qui seront autant de moyens pour se battre pour l’emploi. D’autres secteurs comme l’automobile et les télécommunications font face à un défi plus grand avec une compétition internationale sur la qualité, l’innovation et le coût plus intense. Les secteurs des biens de consommations électriques sont ainsi exposés à cette compétition venue des économies en développement. Ainsi, dans ces secteurs, les français ont perdu en 13 ans 360 000 emplois et la productivité a stagné. Une véritable politique industrielle serait donc de favoriser l’émergence de PME assez importantes pour pouvoir se battre à l’international, de mettre le focus sur les secteurs qui ont de l’avenir et entrer dans l’ère de la transition d’une économie dont la majorité des emplois sont nourris par des industries à forte valeur ajoutée. Monsieur Romney, qui a eu la bonne idée de se retirer de la course a annoncé d’autre part que "les chinois volaient les technologies américaines et qu’il fallait renforcer les lois protectrices de la propriété intellectuelle" lors de sa campagne. Pour qu’une nation soit leader dans le monde, il faut qu’elle soit respectée de ses alliés et partenaires. Ce n’est pas en prononçant des discours bénéfiques sur le court terme de la campagne nationale mais désastreux sur le long terme de la diplomatie internationale que la place des Etats-Unis dans le monde retrouvera de sa splendeur. 先下手为强 Celui qui frappe le premier prend l’avantage.

19.09.2007

Capitalisme au fer rouge

fc79bc671699bad9fb0d1b3e95dc2fef.jpgSuivant la capitalisation boursière, la Chine a désormais 3 compagnies parmi les plus grandes au monde : ICBC, PetroChina et ChinaMobile dans la banque, l’énergie et les télécommunications. La bourse de Shanghai a des taux de croissances annuels de 90% et désormais la capitalisation sur les marchés financiers excède la valeur du PNB. Il y a quelques années aucune entreprise chinoise n’était dans ce classement des 25 plus grandes capitalisations boursières au monde. Aujourd’hui la Chine en compte 6, plus que les européens ou les japonais. ICBC surpasse Citigroup, la banque américaine. Même si une grande partie de ses actions ne sont pas sur le marché car appartenant à l’Etat, les experts s’accordent à dire qu’en se rappelant l’exemple japonais à la fin des années 80, il vaut mieux être prudent sur ces chiffres venus de la spéculation. 95%, c’est le chiffre de l’actuel avantage en coût de main d’œuvre en Chine et 30, c’est le nombre d’années que se donnent la Chine pour devenir la plus grande économie du monde. Dans 30 ans, j’aurai la cinquantaine. Nous serons la génération qui aura vécu le plus grand bouleversement économique jamais produit dans l’histoire. Hypothèse faite que les troubles taiwanais ou sino-japonais ne viennent pas perturber la donne géostratégique. Nous sommes dans la deuxième phase de l’envol économique chinois, le temps où les entreprises veulent augmenter leurs qualités, leurs process, leurs bonnes pratiques en achetant, en empruntant, en collaborant avec les étrangers. Le temps qui vient après le moment où la Chine est seulement un pays où l’on délocalise pour augmenter sa marge, et le temps avant que les chinois investissent à l’étranger en masse et assurent leurs positions à l’international. Buy, Build and Borrow. La Chine, start-up des start-ups et turnaround des turnarounds qui compressent les trois phases en une seule. Exemple, Shanghai Automotive Industry Corp., après avoir monté deux joint-ventures avec Volkswagen et General Motors, a multiplié sa production par 4 en 15 ans. Son but est de rejoindre les GM, Toyota, Ford, DaimlerChrysler et Volkswagen parmi les plus grands constructeurs mondiaux d’ici 2020. Une entreprise qui s’est internationalisé en se rapprochant du sud coréen Ssangyong et de l’anglais Rover mais en gardant à l’esprit que la conquête du marché local est sa priorité. Aux Etats-Unis le taux de véhicule pour 1000 habitants est de 940. En Chine, 8. C’est véritablement une compression des trois phases de développement. Alors bien sûr il existe d’importants challenges pour l’industrie chinoise, comme la CRM (Customer Relationship Management), un meilleur management de la supply-chain, favoriser l’innovation ou savoir garder les talents, mais la prédiction de Deng prend forme.