25.05.2008

Un luxe qui essaye de ne pas perdre de son lustre

Entrer dans le monde du luxe n’est pas onéreux : le luxe n’a pas de prix.

7810dd57cab4c4c681cdfb8c0f40865e.jpgL’Asie est le plus grand marché pour les marques de luxe, loin devant l’Europe et les Etats-Unis. La moitié des 8 milliards de francs suisses d’exportation de montres prenne la direction de l’Asie. 40% du chiffre d’affaire de LVMH est généré par cette région, 45% pour Gucci. En Asie, la Chine est encore est un marché relativement restreint, avec seulement 5% des 180 milliards de dollars de la taille totale.

Selon la Goldman Sachs, la consommation de biens de luxe en Chine, sans compter les jets privés et les yachts a atteint 6 milliards de dollars en 2004, douze fois plus qu’il y a 5 ans. Un marché qui est régulièrement en croissance de 20%, et qui restera sur des tendances à double chiffre jusqu’en 2015. La Chine a donc le potentiel de devenir le plus grand marché du monde sur ce segment.

En 1999, si vous déclariez des avoirs de plus de 6 millions de dollars, vous étiez parmi les 50 plus riches chinois. Aujourd’hui, vous avez besoin de 140 millions pour faire parti des 100 les plus aisés. Il y a 300 000 millionnaires en dollars dans ce pays de 1,3 milliards d’habitants.

Alors que la crise des crédits et que le prix des commodités déstabilisent les perspectives de croissance dans de nombreux secteurs, avec une nouvelle classe de riches émergents en Asie, au Moyen Orient ou en Europe de l’Est, les prévisions pour les ventes de yachts, de voitures de standing, de haute couture, de parfums ou autres montres griffées sont au beau fixe.

La demande en produits de luxe et de mode est traditionnellement perçue comme instable mais selon le cabinet Bain&Co, la croissance de ce secteur est résiliente autour de 9% pour le marché asiatique. Merrill Lynch confirme avec un prévisionnel extravagant de 25% de part de marché pour le seul marché chinois en 2014.

Grandissant main dans la main avec le marché du luxe, les produits contrefaits sont aussi en plein boom. Les compagnies, quant à elles, font leurs comptes et essayent d’évaluer combien la marque perd de sa valeur à cause de ce fléau. Certains prétendent que la marque pourrait profiter aussi de retombées annexes intéressantes car un label peut devenir plus recherché en l’introduisant au plus grand nombre.

Ajouté aux prix des loyers en constante hausse, aux goûts versatiles des chinois, et au positionnement de moins en moins de luxe mais plutôt de haute qualité ou de prestige que prônent désormais certaines marques, il n’en faut pas plus pour se mettre à penser qu’un jour le Made In Europe sera remplacé par le Made In China.

Une des plus importantes conclusions des recherches marketing sur ces sujets de consommation est la tendance des nouvelles générations à ne pas suivre l’exemple rigoureux des parents ou grands-parents. Il devient de plus en plus à la mode de dépenser plutôt que d’économiser.

Face à ce marché, certaines différences doivent être connues pour pouvoir s’adapter et réagir en conséquence :

La perception de la marque est différente et semble privilégier un nombre plus restreint de marques dans le psyché des consommateurs chinois. La distinction entre les différentes strates du luxe est encore difficile à faire.

La beauté est un concept non importable car la part de culture y est décisive. Les chinoises recherchent une autre forme de beauté, plus en retenue, inclusive. Les apparats sont perçus comme moins attractifs. Un parfum trop prononcé, génant. Dans la publicité, l’utilisation d’une icône étrangère fonctionne car les chinois recherchent l’expertise, le pouvoir et le statut.

Les chinois sont sans doute plus sensibles aux prix que les japonais et il n’est pas rare de rencontrer un adolescent qui mixe les vrais avec les faux. A Hong Kong, la population devient de plus en plus consciente de la qualité de l’authentique alors que des faux sont disponibles facilement. Les changements de comportements apparaîtront en Chine continentale avec le temps.

La culture du centre commercial est assez neuve et le shopping devient une activité de plaisir, et notamment à l’étranger car on note une inclination à acheter des marques à l’occasion de voyages. Pour plusieurs raisons : afin d’éviter les taxes d’importations, encore prohibitives mais aussi pour être sûr de l’origine des produits. En France, ce sont les chinois les plus grands consommateurs parmi la population de touristes. Ils seront 100 millions à voyager en 2020.

Les raisons qui poussent à l’achat sont similaires par rapport aux autres pays : le statut, la reconnaissance et la récompense d’un travail long ou d’un succès.

Les segments de clientèle sont assez distincts et forment des groupes divers, des plus jeunes à la force de l’âge, des cadres aux employés, des acteurs et actrices aux nouveaux riches.

Ils sont traditionnellement des hommes de plus de 35 ans et occupant une position importante dans un grand groupe ou au gouvernement. Ils sont bien connectés et plus sophistiqués que les autres segments car ils achètent des produits de luxe depuis plus longtemps. Moins ostensibles, plus exigeants et non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour leurs proches.

Le nouvel acheteur de luxe est un entrepreneur, un businessman ou une célébrité. Ils ont entre 20 et 40 ans, sont beaucoup plus jeunes qu’en Europe ou aux Etats-Unis et dépensent une part beaucoup plus importantes en marques que ce type de population dans les marchés matures. Moins préoccupés que leurs aînés à dépenser, ils savent faire la distinction entre véritable produit et une contrefaction. Leur principal péché mignon se trouve au rayon habits.

Les femmes ont pris le pouvoir et expriment leur indépendance en achetant beaucoup plus que dans le passé. La carrière aidant, elles empiètent sur un territoire exclusivement masculin auparavant.

Les petits empereurs, enfants uniques sont maintenant devenus grands et pour certains atteignent l’âge adulte. Il est principalement urbain et dépense la moitié de ce que gagnent ses parents mais pas de ses grands parents comme dans les marchés occidentaux. Moins timides, ils veulent le meilleur, connaissent les marques et savent les choisir.

La connaissance de leurs goûts n’a bientôt plus de prix.

18.07.2007

Shanghai Tang, le luxe à la chinoise

c1a56ed21e3fc45aed95dfff85139f6e.jpgCoco Chanel disait que le luxe n'est pas le contraire de la pauvreté mais celui de la vulgarité. L’idée du luxe, not expensive but priceless a aussi son interprétation avec Shanghai Tang, marque perle de Honk-Kong. Un français est à la tête du groupe, Raphaël le Masne de Chermont, et quelques années après son arrivée, Shanghai Tang refleurit comme à son plus beau printemps.

Ce sont les suisses de la Compagnie Financière Richemont qui ont investit dans la première marque de luxe chinoise et qui, s’ils ne communiquent pas leur chiffre d’affaire, doivent être satisfait des ouvertures des branches à New York, Honolulu, Zurich, Shanghai, Tokyo et Bangkok, avec des ventes en hausse de 50%.
Avec pour moteurs la santé économique asiatique, et surtout la fusion unique car réussie d’un style oriental et d’un esprit occidental, une double culture qui fait combiner des références chinoises contemporaines à des clichés cols Mao, des qipao (robe traditionnelle chinoise) aux références modernes.

Un seul but : devenir l’ambassadeur du style moderne chinois.

Ooi à l’origine du style imprimé par la marque Tang aime à le répéter « je m’inspire des jeunes artistes chinois contemporains, j’essaye de dépasser les préjugés occidentaux sur la beauté chinoise, je me nourris de l’histoire de mon pays. » Serais ce donc dans les musées que se trouve l’avenir de la mode chinoise ?

8cec2f047d08b4191ac664385861ffd7.gifLe thème d’une des collections a, par exemple, était la calligraphie chinoise, et ce sont des caractères traditionnels qui ont eu leur quart d’heure de gloire, les robes étant affublées de ces témoignages vivants de la subtilité de l’art chinois. Que Ooi réinvente les thèmes des nomades mongols et tibétains ou qu’elle s’inspire des habits et parures traditionnelles portées par les tribus du Hunan, c’est toujours une différente interprétation de la culture inépuisable de son pays qu’elle propose dans ses collections.

Qui a dit que la Chine n’avait pas les attributs d’une « soft power », ce concept d’influence à l’échelle mondiale que se doit d’exercer une puissance internationale dans les arts, la culture et le luxe par conséquent ?

Shanghai Tang se veut être le Chanel ou le Gucci chinois.

www.shanghaitang.com