13.02.2008

Enseignement du chinois

Un des savoirs les plus importants est, dans le monde d’aujourd’hui plus que jamais, celui de la maîtrise des langues. Stendhal disait que le premier instrument de génie d’un peuple est sa langue. Il tient parfois du génie de la patience d’apprendre la langue du peuple chinois.

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Aujourd’hui en France, le mandarin est la langue la plus en progression, arrivant à la 5ème place des langues les plus étudiées. On pourrait aligner des chiffres qui reflèteraient mal la réalité du niveau que les français vont atteindre dans la langue quand on constate notre retard dans la pratique orale de l’anglais mais force est de constater toutefois que le mandarin a le vent en poupe et que plus de 30 millions d’étrangers qui l’étudient. Les autorités chinoises espèrent même faire progresser ce chiffre jusqu’à l’objectif de 100 millions d’ici 2010. Dans quelques dizaines d’années, lorsque la Chine aura dépassé les Etats-Unis économiquement et dictera sa loi au moins régionalement, si ce n’est mondialement, les occidentaux ayant fait l’effort d’apprendre le chinois seront-ils récompensés ? Selon The Economist dans un papier qui a le mérite de susciter le débat, la réponse est négative. Pour le magazine britannique, à part si le système global d’échelle de valeurs des langues change, ce qui est peu probable, le mandarin ne sera jamais pratiqué comme une langue des affaires. On estime que la maîtrise du mandarin à un niveau opérationnel prend quatre fois plus de temps pour un occidental que l’apprentissage d’une autre langue étrangère européenne. A Centrale, nous étions 60 à 70 en première année à choisir cette langue, en dernière année, restaient 3 élèves qui pouvaient prétendre parler de façon correcte pour pouvoir être autonome dans le pays. Les personnes qui ont atteint un niveau 6, c'est-à-dire maximal lors du HSK, test équivalent mandarin du Toefl ou Toeic anglais, ont en moyenne passé 3 ans à étudier à plein temps le chinois sur place. Ken Caroll, le génial entrepreneur qui est en train d’inventer un nouveau business model et de réinventer l’apprentissage des langues avec son ChinesePod et son SpanishSense s’est indigné du parti pris de l’article : il convient de nuancer les deux perceptions de l’utilité de l’apprentissage de cette langue. Il existe deux Chines des étrangers : La Chine des étudiants occidentaux (ou coréens, japonais) qui ont le temps de passer de longues heures à étudier la langue de Confucius, soit à plein temps, soit au moins quelques dizaines d’heures par semaine, sur place en sirotant un thé vert du côté du quartier étudiant de Pékin. La Chine des managers expatriés, qui, même s’ ils s’installent parfois de façon durable dans le pays, peuplant les lycées internationaux de bébés joint-venture n’ont ni le temps ni l’envie de se consacrer pleinement à l’apprentissage de la langue puisqu’il bénéficie soit d’un service de traduction dans l’entreprise ou de managers chinois qui parlent de plus en plus l’anglais (tant bien que mal). On se rend compte donc que l’investissement est long et tient parfois du sacerdoce. Au-delà de son utilité dans le monde économique et des affaires, l’apprentissage d’une langue construite à travers des millénaires d’histoire est un formidable moyen de faire dialoguer les cultures, de mieux comprendre sa propre langue en travaillant sur un système linguistique complètement hermétique au système indo-européen. Langue qui s’est construire hors de tous nos repères, elle devient un point d’ancrage culturel incontournable si l’on veut aborder l’empire du milieu avec patience et humilité. Comment comprendre la conceptualisation des idées de transformation, de création lorsqu’on n’est pas passé à l’épreuve du sinogramme, fruit d’une longue gestation de générations de penseurs chinois ? Apprendre un sinogramme, c’est apprendre son histoire, c’est aborder un concept et c’est déjà mieux comprendre l’autre, celui qui voit le concept de la vérité autrement, celui qui cultive la contradiction à nos yeux mais pour qui le comportement relève bien souvent du culturel. Apprendre le mandarin, oui, mais avec un niveau d’exigence et de discipline très élevé, ou bien on aura manqué l’essence même de cette langue.

20.04.2007

Les 5 étapes pour apprendre le chinois

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L’étape Ching-Chong-ching (Novice) A ce niveau là, le chinois n’est qu’une série de sons plus exotiques et improbables les uns que les autres. Pour nous occidentaux, ces sons s’approchent même du bizarre et suscitent parfois de la curiosité narquoise. Penser que ces sons puissent constituer une langue est ridicule à ce stade là. La majorité des étrangers non asiatiques resteront à ce stade là toute leur vie. Mais un semestre de cours de chinois permet de remédier de passer au niveau suivant. OK, c’est une langue (Débutant) Arrivé à ce stade, l’étudiant s’est bien rendu compte que le chinois pouvait constituer une langue avec des règles à acquérir bien spécifiques. Il reconnait quelques mots voire même des phrases. Il peut même se faire comprendre dans des situations extrêmement basiques. Sa prononciation est par contre abominable, les tons, c’est tout simplement…n’importe quoi et il n’a pas encore compris la différence entre ch et x, q et ch, j et zh, il ne maitrise pas la prononciation du r ou du y. Beaucoup d’étrangers qui vivent en Chine et qui peuvent parler quelques rudiments de mandarin en sont toujours là. Pour atteindre le 3ème niveau, il faudra quelques années d’apprentissage à l’ouest ou plus rapidement quelques temps dans une université en Chine. Je parle chinois ! (Intermédiaire) En travaillant dur, en exerçant son oreille et en se remettant en question constamment, l’étudiant en chinois pourra atteindre le level 3. A cette étape, il commence à maîtriser les consonantes du pinyin (r, y, q, j, etc.). Ca ne veut pas dire qu’il va en avaler quelques unes de temps en temps mais il a fait des progrès. Le danger, c’est qu’à cette étape, l’étudiant commence à comprendre quelques conversations et donc il a l’impression de maitriser le chinois. A ce niveau, ce qui n’est pas compris peut être expliqué en chinois par d’autres moyens. On peut être bloqué à ce niveau assez longtemps, le temps que les erreurs se fassent plus rares, que la prononciation s’améliore chaque jour et que le vocabulaire s’étoffe régulièrement. Pour atteindre le niveau suivant, il faut une bonne dose de remise en question sur son propre niveau et énormément de travail. Je parle quelque peu chinois (Avancé) A ce niveau, l’étudiant n’est pas surpris d’avoir su élever son niveau de communication car il a travaillé dur. Il peut lire et écrire à cette étape et la lecture lui permet de faire de grands progrès dans la grammaire chinoise. Le nouveau vocabulaire que l’étudiant acquiert est issu seulement de ses lectures, des journaux et des nouvelles en chinois. A ce niveau là, l’étudiant a beaucoup d’amis chinois mais il ne reçoit plus de compliments sur son niveau de chinois car c’est devenu trop évident. Il est peut enfin être traité comme un chinois. Les gens qui lui disaient : tu ne peux pas comprendre car tu n’es pas chinois ont dû revoir leur jugement. Il peut enfin comprendre ce qu’on lui dit et s’exprimer aussi bien. L’étudiant peut enfin apprendre des choses superflues en chinois comme le nom des hydrocarbones les plus connus ou le nom des stars de l’ouest en chinois. Il peut enfin lire de la poésie chinoise et parler de choses abstraites. Pour atteindre le dernier niveau, il va lui falloir encore démontrer une motivation à toute épreuve voire une obsession caractéristique et probablement aussi une formation un peu plus formelle pour parler enfin comme un vrai chinois. Je parle à peu près chinois (comme un natif) A ce niveau là, l’étudiant parle mieux que la moitié des chinois, il vit en Chine, s’est marié avec une chinoise et n’a pas l’intention de repartir.

01.03.2007

Les sinogrammes au service de la marque

Il faut beaucoup de chaos dans la tête pour accoucher d’une étoile qui danse. Cette pensée de mon vieil ami Nietzsche me fait penser à la créativité dont il faut faire preuve lorsqu’il s’agit de trouver un nom chinois à une marque, une entreprise, ou à soi-même ! Trouver un nom aux sinogrammes qui marquent les esprits que l’on soit une entreprise chinoise ou internationale est le premier pas vers une politique de marque réussie. De même, bien choisir son nom chinois pour que le côté pile de sa carte de visite soit bien perçue de la part d’un chinois est extrêmement important. Pour les noms propres, une traduction en trois sinogrammes semblent le plus équilibré, le premier sinogramme pourra servir de nom propre et les deux derniers de prénom. On peut soit traduire son nom ou son prénom d’origine selon la difficulté. Il est important qu’à l’oral, le nom chinois « sonne » comme son nom d’origine, mais encore plus important est la signification et les références positives que vont véhiculer le choix des caractères. Quelques exemples ludiques et créatifs qu’ont adoptés les marques étrangères : Mastercard 万事达卡WanShiDaKa pour "Dix mille- choses- à atteindre-carte". McDonald’s 麦当劳 MaiDangLao pour "Blé - pendant - le travail". Budweiser 百威 BaiWei pour des " Centaine de – Prestige" Louis Vuitton路易威登 LuYiWeiDeng "Route-facile-prestige-grimper" mais la marque sera plutôt reconnue par son sigle LV. Nestle雀巢QueChao Nid D’oiseau, qui rappelle le logo de la marque. Mercedes-Benz奔驰 BenChi pour courir vite. Lenovo 联想 LianXiang et joindre les pensées. Baidu百度 pour cent capacités. Les car manufacturer adoptent des stratégies différentes : Une traduction plutôt poétique pour Citroën : 雪铁龙 : XueTieLong pour Neige, Fer, Dragon. Neige pour le côté esthétique, Fer pour la robustesse et le dragon, pour les valeurs de félicité qu’il véhicule en Chine. Peugeot a choisi un nom qui s’approche de la prononciation de Peugeot, avec la reference de la filiale chinoise : 东风标志: DongFeng(nom de la joint venture chinoise) Biao (récompense) Zhi (la volonté). On peut choisir d’ajouter le nom de la ville où les industries sont implantées comme Volswagen et 上海大众 Shanghai Dazhong (foule) ou Hyundai 北京现代Beijing XianDai (moderne). Un nom que je trouve bien senti : 星巴克XingBaKe pour StarBucks. Le Xing va rendre la signification de l’étoile, quant aux Ba et Ke, il va donner une sonorité très proche de l’original. medium_Jialefu.jpgEt enfin mes préférés : 家乐福 : JiaLefu : Carrefour pour "Famille-Bonheur-Félicité" et 欧莱雅 : OuLaiya pour l'Oreal ou l'élégance venue d'Europe...Pas étonnant que les chinois s’y ruent avec un nom pareil. Le succès de ces marques est dû sans doute en grande partie au choix de leurs noms. L'étoile de Starbucks danse dans le ciel chinois avec grand succès. Note en partie inspirée du site de Vladimir Djurovic : www.labbrand.com