22.06.2007

De la guerre de Troie à la guerre économique, la place du mentor

medium_Sinocratie.jpgDans l’Odyssée d’Homère, Ulysse éprouve toutes les peines du monde à retrouver la route du retour vers son royaume d’Ithaque une fois la guerre de Troie terminée. Il passe tant bien que mal nombre de péripéties aidé en cela par le réconfort de savoir qu’il a laissé derrière lui son compagnon Mentor, gardien et précepteur de son fils Télémaque durant son absence. Les employés modernes, tout comme Télémaque, ont besoin de mentors surtout ces temps ci en Chine où tout change très rapidement. J’ai pu ainsi bénéficier des conseils et de l’expérience de ma hiérarchie, de mon management et surtout au quotidien de ce bon vieux monsieur G., m’expliquant l’histoire de la Joint Venture, pourquoi ne pas installer son siège à Shanghai mais à Beijing selon lui, comment le prix de l’immobilier peut être négocier auprès des autorités locales bienveillantes… Aujourd’hui, quels seront mes collègues de Centrale qui pourront travailler pour la même entreprise pendant 30 ou 40 ans et ensuite partir à la retraite avec une montre dorée et la maison dans le Lubéron ? Ce modèle est terminé et la nouvelle génération, la génération Y comme la nomme les sociologues occupera différents postes, se lancera dans des carrières multiples pour différentes entreprises. Il est donc normal de constater que la loyauté réciproque employés-entreprises s’est atténuée au fil des années. Pourtant, le mentoring n’a jamais été aussi important chez les jeunes qui désirent apprendre les ficelles du métier. Quelle satisfaction en effet de rencontrer le haut du haut du management et d’échanger quelques mots, de deviner dans des regards à la fois que l’on est constamment jaugé sur notre potentiel mais aussi de la sagesse et de l’expérience. La culture d’entreprise, voilà une notion dont je ne soupçonnais pas la portée et l’importance en étant étudiant, et le mentor peut vous aider à mieux comprendre cette culture et la politique de l’entreprise. Au risque de ne pas se reconnaître dans certains de ses aspects. Avec en plus, cette difficulté en étant à l’étranger et de surcroit en Chine de comprendre ce qu’il en est de la confrontation entre culture locale et culture d’entreprise. Les employés chinois sont ils d’abord des employés de L.&Co et ensuite chinois ou sont-ils chinois et ensuite employé de notre entreprise ? Ce sont toutes les clés du management universel versus management culturel qui sont en jeu. Terri Scandura, professeur de management à l’université de Miami après une étude sur le mentoring en entreprise annonce que parmi les 500 plus grandes entreprises du monde, 71% d’entre elles ont ce type de programme. C’est un type de relation qui permet au « protégé » d’être plus productif, de connaître une évolution de carrière plus rapide, de socialiser plus efficacement et c’est aussi un lieu où l’on peut trouver un feed-back déterminant, aussi bien psychologique que social. Qu’est ce que le mentor y gagne à part la satisfaction de voir quelqu’un se développer sous ses yeux ? Essentiellement, de nouvelles idées, un nouveau réseau et une compréhension plus rapide aux nouvelles technologies, un regard frais et extérieur de l’entreprise et sur les attentes de la nouvelle génération. Est-ce que le mentoring serait une solution pour le problème du turnover incroyablement élevé en Chine ? Sans doute est-ce une réponse parmi d’autres, ce que je constate c’est que le service le plus stable est celui où l’allégeance au manager est la plus forte, dans lequel ils se reconnaissent et veulent se valoriser auprès de lui. En Chine, on appelle un responsable hiérarchique assez souvent un Laoshi, synonyme de professeur.