29.02.2008

Compétition-Collaboration

Sauver la planète en réduisant les émissions de CO2 requiert un saut technologique qui ne doit pas être réservé aux seuls pays occidentaux ou au Japon, pourtant responsables de l’état actuel de la situation. Mais comment faire profiter de l’avancée des technologies en la matière aux pays en développement tout en conservant la main mise de la propriété intellectuelle, droit légitime face aux investissements massifs en recherche et développement ? Doit-on conserver un modèle de compétition lorsque la survie de notre environnement est en jeu ? Tout d’abord, il est intéressant de constater que ces technologies vertes sont un révélateur très précis de la distinction que l’on peut faire entre un investisseur et un entrepreneur. Qui réussira à investir dans le bon secteur pour tirer profit des 350 milliards de dollars d’investissements prévus dans la construction de nouveaux centres de production d’énergie ?

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Qu’importe si vous êtes partisan d’un marché de CO2 permettant de s’échanger des droits à polluer en capitalisant la tonne de carbone émise, ou partisan d’une intervention plus classique de l’Etat pour réguler par la taxe la pollution, tout le monde s’accorde pour affirmer que la révolution verte ne se fera pas sans de nouvelles technologies innovantes. C’est ici que les gouvernements doivent intervenir en favorisant par une politique fiscale et de protection de la propriété intellectuelle la dissémination de ces nouvelles technologies. Puisque les industries ne peuvent évaluer les économies indirectes qu’elles peuvent générer en réduisant leurs émissions, c’est donc l’Etat qui doit favoriser l’émulation dans ce domaine pour rendre cette mutation attractive pour les investisseurs. Mais alors comment faire pour favoriser l’adoption de ces technologies aux pays qui n’ont pas encore le luxe de consacrer d’immenses budgets de recherche à ces sujets ? Dès les années 50, les constructeurs automobiles américains ont compris l’effet néfaste de rejet de carbone dans l’atmosphère et ils ont ainsi signé un accord de coopération sur la recherche dans ce domaine en particulier. Ainsi chaque constructeur a pu bénéficier d’une avancée technologique sans avoir à payer de royalties. Pourtant ce modèle ne s’est pas avéré fructueux avec des progrès en la matière très lents. La coopération a de fait éliminé la compétition plus qu'elle ne l’a stimulée. Comment, en effet, soutenir un effort de recherche lorsque l’on sait qu’aucun avantage concurrentiel ne pourra s’en dégager ? Autre exemple historique, dans les premiers temps du nucléaire, la compétition était de mise entre américains et français, essayant chacun de leur côté de développer des champions nationaux. Mais avant que les français ne développent leurs propres technologies, ils ont du adopter la technologie Westinghouse. La compétition a été dans ce cas bénéfique pour l’industrie nucléaire dans son ensemble. Un mouvement est intéressant à noter dans ce nouveau contexte de mondialisation où les multinationales ont tout intérêt à conserver leur capital intellectuel tout en partageant leur savoir faire si elles arrivent à conserver les technologies cœurs, les compétences clés : c’est le constat que de nombreux champions dans les domaines de photovoltaïque ou de l’éolien sont originaires des pays en développement. Dans ce grand défi du 21ème siècle, le politique reprend tout son sens s’il se fixe pour objectif de réguler de nouveaux modèles de coopération-compétition.

19.11.2007

La technologie chinoise

e6f759a836608734fce78e3146f29d4a.jpgEn 1998, Wu Bangguo, un membre du Bureau politique du Comité central du PCC annonce que l’avenir technologique de la Chine se situe dans les grands conglomérats industriels, cousins des keiretsu japonais ou des chaebol coréens. Près de 10 ans plus tard, force est de constater que le vice-ministre n’a pas visé juste car les progrès historiques enregistrés dans la production industrielle sont dû en grande partie aux industries qui se sont développées en dehors ou à côté des entreprises géantes d’Etat. Au Japon, le gouvernement peut se concentrer sur 200 entreprises cibles pour adapter sa politique industrielle, en Chine le ministre de l’industrie ou de l’économie doit garder un œil sur une centaine de milliers de compagnies. Le futur eldorado des banques d’investissements, des acteurs du conseil se trouve donc en Chine lorsque l’on pense juste au potentiel de fusion acquisition parmi seulement 10% de ces acteurs économiques, pensez aussi au fait que le profil des managers est celui d’entrepreneurs plutôt self made man, ayant sublimé une expérience douloureuse pendant la révolution culturelle et travaillant en autarcie. Toute une population à éduquer aux recours aux private equity, LBO et autres due diligence. Il n’y a donc pas de modèle Toyota en Chine. Pas de modèle où la compétence clé dans l’entreprise est le laboratoire et où toute la production est sous-traitée à des partenaires de confiance, pas de famille d’entreprises qui gravitent autour d’un champion international. Pourtant, est-ce forcément une faiblesse ? Comme Drucker le souligne dans un de ses derniers livres, le rêve de l’organisation idoine et de la pratique de management parfaite n’existe plus. Il existe plusieurs paradigmes désormais et le modèle modulaire chinois qui les pousse à produire pour plusieurs donneurs d’ordre de sorte qu’une batterie Motorola peut se retrouver tout aussi bien dans une téléphone Nokia n’est pas forcément désuet. Ainsi l’assemblage d’ordinateur, qui requiert un très haut niveau de coopération entre design, production, qualité, essais est un business qui fonctionne bien en Chine. Autre exemple aujourd’hui, plus de la moitié des fournisseurs dans l’automobile ont atteint les standards de qualité internationaux. L’autre fardeau que porte la Chine est celui des royalties, des licences d’exploitation pour utiliser des produits pensés à l’étranger. La réponse du gouvernement est très volontariste et elle consiste à développer des standards nationaux pour endiguer cette manne financière qui revient dans les pays innovateurs et qui nourrit le cercle vertueux de la RetD. Le but est de réduire la dépendance aux technologies étrangères de 60 à 30% en développant des standards nationaux dans des domaines divers comme le Wifi, le DVD ou autres.