08.10.2007

Que veut l’employé chinois?

Le magazine « Chine plus » en fait sa Une, la Chine manquerait de bras notamment dans la région du Delta de la rivière des Perles. Serait-on arrivé au tournant de Lewis, du nom de l’économiste américain pour qui le moment où l’offre de main d’œuvre rencontre une limite supérieure, le rapport de force entre travail et capital évolue au profit du travail, dont la part dans le partage des profits va croissant ? La solution est donc soit d’augmenter les salaires pour débaucher les ouvriers de l’usine d’en face, ou bien de confier à un ouvrier capable et honnête une partie de la production et de la sous-traiter dans sa région d’origine. Souvent dans le Centre et l’Ouest. Qu’attend l’ouvrier chinois ? Quelles sont ses aspirations ? Est-ce que sa productivité est en phase avec les ambitions qu’il nourrit ? Voilà des questions dont les réponses sont souvent nourries de préjugés. a498be89ded69b7d8a82200c5afb49aa.jpgTout d’abord, les ouvriers chinois ne sont pas aussi consciencieux dans le cadre de leur travail que l’idée que l’on s’en fait généralement. Oui, la main d’œuvre en Chine est abondante, non elle n’est pas homogène dans son désir de réussite et dans son ambition. L’explication est simple, 88% des ouvriers ne sont pas satisfait de leur travail. On le serait à moins, étant donné le peu de reconnaissance ou de primes dont ils bénéficient. C’est ainsi que 68% des employés ne se sentent pas concernés, c'est-à-dire qu’ils ne considèrent pas leur travail comme une passion ou ne voient même pas un lien entre leur activité professionnelle et leur développement personnel. En conséquence de quoi, c’est l’absentéisme, les accidents de travail, et la performance globale qui en pâtissent. Des chiffres qui sont généralement cachés par les infusions de cash que l’on peut faire en transférant des activités de production. L’idée derrière est bien entendu que même si les entreprises installées en Chine génèrent en majorité du profit, elles pourraient avoir beaucoup plus de retour sur investissement si la performance productive était plus optimisée. A titre de comparaison, aux Etats-Unis, les ouvriers qui ne se sentent pas concernés par leur travail s’élèvent à 29%. C’est une véritable révolution dans les ressources humaines qui interviendra dans les années ou décennies à venir. Un autre préjugé est celui du chiffre de 1,3 milliard de consommateurs. On l’a dit et redit notamment sur ce blog : à part si vous vendez du riz, en Chine nous ne sommes pas sur un marché de 1,3 milliard de consommateurs. Il y a des marchés, différents, presque aussi différents que les marchés nationaux en Europe et qui nécessitent une politique marketing adaptée à chaque cas. Un autre chiffre, 5%, c’est le taux de satisfaction des employés chinois par rapport à leur salaire. Il serait temps peut-être temps d’augmenter les salaires pour soutenir la demande intérieure. Enfin, dernière égratignure à l'icône de l'employé en Chine, celle de l'ouvrier transpirant, malléable et obéissant : l’ouvrier chinois veut désormais beaucoup moins en proportion travailler plus pour gagner plus. On s’en rend vite compte lorsque l’on est en Chine, les ouvriers sont loin du collectivisme, de la pensée « je rends un service à la société en apportant ma force travail ». Seulement 2% des chinois pensent de cette façon. Ils ne sont pas non plus tous capitalistes chevronnés puisqu’en 10 ans, la part des chinois qui voulaient travailler dur pour gagner de l’argent est passée de 68 à 53%. La tendance est plus à la recherche de l’épanouissement et au goût de la vie plus qu’au goût du prochain repas. Cette tendance est beaucoup plus marquée chez les jeunes et les personnes les plus riches, qui pensent enfin plus à leur plaisir personnel qu’au travail seulement. Toutefois, on se rend compte que l'on reste sur des taux (53% des chinois qui sont encore prêts à travailler plus) très élevés par rapport aux moyennes de pays développés.