14.04.2008
Comprendre avant d’essayer de convaincre
Rien n’est jamais acquis.
Même les plus belles fiançailles, promises à un mariage sous les plus beaux auspices peuvent se terminer par un laconique communiqué annonçant que les autorités étatiques refusent le deal pour manquement au service à la patrie.
C’est le scénario à l’asiatique d’une histoire qui trouve son pendant en Europe-demandez à Air France KLM et Alitalia-et qui met en scène China Eastern et Singapore Airlines.
China Eastern, c’est le mauvais élève des trois grandes compagnies aériennes chinoises (Air China, China Southern complètent le trio).
Qu’est ce qui fait la différence donc, entre une acquisition réussie, du moins dans le passage du deal et une qui passe à la trappe ? Pourquoi l’indien Tata arrive à faire son marché dans le secteur hypersegmentant de la voiture de luxe avec (seulement) des compétences éprouvées dans le domaine du low-cost alors que cette acquisition dans l’aérien qui avait tout d’une opération parfaite pour les deux parties avorte ?
La réponse est peut-être à aller chercher dans l’apocalyptique revue des événements de ces dernières semaines et qui reflète une très ancienne et incroyablement cruciale question en Chine, celle du nationalisme à la chinoise.
Tout était à gagner sur le papier pour les cousins chinois et singapouriens : un hub à Shanghai pour la Singapore Airlines, un management surdoué pour la China Eastern qui perd de l’argent depuis 3 ans maintenant. Pourtant, après quelques coups théâtraux en arrière scène, et surtout après une question de perte de face de la part des autorités compétentes chinoises, le deal est tombé à l’eau.
Ce jeu à trois bandes entre le conseil d’état chinois sous la pression du lobby d’Air China, Temasek qui contrôle Singapore Airlines et la China Eastern nouvellement listée aux bourses de Hong Kong et de Shanghai n’a donc pas vu une issue heureuse pour les deux parties directement concernées.
Tout ceci ressemble à une victoire d’Air China qui se verrait bien assouvir son rêve de contrôle total du ciel de l’empire du milieu. Malgré des déclarations d’accords initiales de la part du gouvernement chinois qui n’hésite pas à accepter ce genre d’opérations lorsque des capacités de management sont nécessaires, la prise de participation n’a pu se faire. Il est vrai qu’entre la déclaration d’accord et les réunions successives d’actionnaires, l’action de China Eastern s’était appréciée de manière significative mais la raison principale n’est pas là mais elle réside bien dans ce nationalisme chinois. Celui là même qui a été blessé ces derniers jours.
Le monde occidental a tout à gagner à voir une Chine ouverte et respectable et la confrontation directe n’est d’aucune efficacité. Comment accepter les remontrances, les leçons d’un professeur qui vous a pillé et saccagé votre version orientale de Versailles, à la même époque où le Tibet faisait déjà partie de la Chine depuis des siècles ? Dans ce mouvement de progrès et d’ouverture, les jeux olympiques sont une bonne chose pour le peuple chinois qui mérite ces événements.
Le prix à payer d’une Chine qui se referme sur elle-même est immensément plus grand que celui de se dispenser de déclarations hasardeuses. De l’autre côté du miroir, il est temps de repenser sa politique de communication pour l’instant désastreuse et de mettre la lumière sur les discussions avec le chef spirituel d’un Tibet qu’il veut laïque et plus autonome, dialogue qui n’a en fait jamais cessé, mais de manière plus que discrète. A la chinoise.
Il est des temps où sport, business et politique sont les éléments inextricables d’une équation à plusieurs inconnues et dont la résolution passera sûrement par la remise en question, des deux côtés, de la légitimité des donneurs de leçons et de la concordance entre le symbole de la flamme et le feu de l’action.
09:00 Publié dans Vie de l'Entreprise | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : chine, politique, business, sport, aérien, stratégie
19.03.2008
Tibet, mon amour
Entre l’utopisme de la grande majorité des partisans du boycott, mot qui sent la poudre et donc fait les gros titres et un gouvernement chinois hypersensible paranoïaque qui prend peur face aux menaces de quelques stars hollywoodiennes, il est temps de mettre en perspective la question du Tibet. Voici quelques clés culturelles, politiques, historiques et économiques pour comprendre la situation actuelle et appeler à la négociation raisonnée.
Le Tibet, région chinoise ?
Du point de vue chinois, le Tibet a toujours fait partie de la Chine. C’est bien entendu une vue simpliste et inexacte mais l’histoire du Tibet est si trouble que chacun peut l’interpréter à sa manière. Les chinois peuvent vous citer certaines périodes et en oublier d’autres : ils citeront volontiers l’année 1792, où l’empereur de la dynastie des Qing envoya une armée à la rescousse des tibétains attaqués par les népalais. Ils feront référence sans problème à la période d’administration des Qing à Lhassa entre 1728 et 1912. De fait, ces administrateurs, les ambans ont perdu de l’influence jusqu’en 1951 et le Tibet a connu une période d’indépendance de facto de 1913 à 1951. Sans doute la Chine a donc plus de légitimité à réclamer la terre tibétaine que les Etats-Unis l’Ouest américain.
Ce qui est plus important, ce sont les raisons de « l’occupation » qui ont changé au fil du temps. Pour la dynastie Qing, le Tibet n’est qu’une région tampon et les tibétains n’étaient pas obligés d’apprendre le chinois ou les coutumes chinoises. Pour les Qing, le Tibet fait partie de la Chine tout en étant quelque chose de différent et les Dalaï-lama dans leurs monastères étaient autorisés à maintenir une autorité de fait sur les affaires internes.

Au début du 20ème siècle, après la chute des empereurs et alors que la Chine subissait la honte des traités inégaux face aux européens, le Tibet devint une source d’inspiration pour le nationalisme chinois. Les leaders intellectuels et politiques, y compris Sun Yat-Sen, croient au droit historique de la Chine sur le Tibet depuis que les britanniques ont envahi la région, soumettant le Dalaï-lama. C’est alors que s’est forgée la rhétorique chinoise nationaliste. C’est sur cette période qu’il faut porter notre regard le plus attentif.
Hong Kong aux britanniques, la Mandchourie et le Shandong aux japonais, Taiwan au Kuomintang sont autant d’affronts à la fierté chinoise et le projet de Mao de 1949 a pris forme avec l’idée principale d’une réunification de la grande Chine, la mère patrie. Le Tibet devient une pièce essentielle de la Chine communiste et plus seulement un état tampon. Depuis, tous les leaders chinois poursuivent le rêve de cette Chine unie, lavée de l’affront de l’Ouest et la sensiblerie d’une large majorité des chinois tournant à la paranoïa du gouvernement actuel peut trouver de nombreuses explications dans cette idée sacrée qui touche à la souveraineté nationale.
Où l’ironie rit jaune
L’ironie de l’histoire veut que la Chine, comme un enfant sexuellement abusé a reproduit le même schéma de violation culturelle dans “son” Tibet : des monastères détruits, de violentes redistributions de terres et la folie de la Révolution Culturelle détruisant toute forme de liberté religieuse ou intellectuelle. Comme dans toute forme d’impérialisme, la plupart des dommages ont été effectuées sous le nom du devoir national. Les chinois vous diront que le Tibet d’avant 1951, c’est 36 ans d’espérance de vie, une région féodale où 95% des tibétains étaient analphabètes et le système de servage ne souffrait pas la comparaison avec l’Europe du moyen âge. Ce sont donc les chinois qui ont libéré de l’esclavagisme les tibétains, vous diront-ils, comme Lincoln a libéré les noirs américains dixit Jiang Zemin en visite en 1997 en visite aux Etats-Unis.
Visiblement la classe politique chinoise a sauté le chapitre Wilson et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et les tibétains auraient sans doute voulu réformer leur société d’eux-mêmes.
Un autre aspect, qu’il est difficile de comprendre pour nous occidentaux est celui de l’appel à la modernisation. Pour les occidentaux, le Tibet c’est un lieu idéalisé où la culture et l’anti matérialisme prend tout son sens. Un rêve utopique où le bon karma a remplacé la jolie Mercedes. Mais pour les chinois, la Mercedes, c’est terriblement important, pour eux qui connaissent cet élan économique depuis relativement peu de temps.
« Les tibétains sont à la Chine ce que furent les indiens d’Amérique aux Etats-Unis » argumenteront-ils. Forcer les peuples à se moderniser est éthiquement acceptable pour la majorité des chinois semble-il.
Des Han à Lhassa
Beaucoup de chinois qui travaillent au Tibet, parmi eux les militaires, qui ne font pas partie de la fine fleur des académies militaires chinoises, se voient comme des missionnaires idéalistes du progrès rejettant l’idée occidentale d’être des agents de l’impéralisme culturel. Depuis une cinquantaine d’année, fait unique dans l’histoire des peuples opprimés, le Dalaï-Lama a su faire éviter au peuple chinois le goût de la revanche et l’amère souffrance des attentats.
Les vues politiques sur le Tibet sont tranchées et précises : pour l’Occident, la question du Tibet se résume au sempiternel free Tibet. Le Tibet ne devrait pas faire partie de la Chine car avant d’être annexé par les chinois en 1951, c’était un état indépendant et donc les chinois sont de cruels occupants qui cherchent à détruire la culture traditionnelle tibétaine. Le Dalaï-lama, leader spirituel de la région devrait pouvoir retourner dans son pays avec au moins une autonomie culturelle.
Pour les Han (l’ethnie dominante en Chine) qui vivent au Tibet, la réponse est tout aussi tranchée et unique : le Tibet, ce fut, c’est et ce sera toujours la Chine. Beaucoup de chinois Han se sont donc installés dans la région pour contribuer à la « libération pacifique » du Tibet dans les années 50, pensant que cette région avait besoin de talents pour se développer.
Parmi tous les aspects de la situation là bas, celui de la question de la migration des Han, impérieuse menace à la culture tibétaine selon le Dalai Lama, est sans doute la plus importante. Selon certains chiffres, les Hans constituent près de 50% de la population locale. Ce chiffre est sans doute exagéré à part dans certains quartiers de Lhassa. C’est donc véritablement une démarche pour la grandeur du pays qu’ont entrepris les chinois Han, en suivant les recommandatations de Deng XiaoPing pour qui le Tibet n’était que trop peu peuplé et donc qu’il fallait envoyer des forces vives pour sa modernisation.
Qui sont ces personnes qu’on oublie trop souvent et qui ont fait le choix d’aller vivre parfois à des milliers de kilomètres de leur lieu de naissance pour aller à Lhassa ?
Ils sont professeurs, ingénieurs, commerçants, médecins et ils sont attirés par la vie des minorités souvent méconnues et exotiques même dans leur propre pays. De la même manière, un important flux migratoire est dirigé vers les provinces du Xinjiang ou du Qinghai, des régions 艰苦 jianku, difficile à vivre. Pas de pollution, beaucoup de naturel, des endroits désertiques, de sensations de virginité. La recherche d’aventure et le sens du service comme toute personne qui s’engage dans le bénévolat. Pour d’autres, ce fut l’opportunité d’avoir un meilleur salaire sans oublier l’aspect patriotique de la prise de décision. Le gouvernement a largement communiqué sur le manque de moyens du Tibet et sur la nécessité pour les chinois d’étudier l’essence du Tibet.
Jianku est bien le mot central pour ceux qui s’engagent souvent sur 2-3 ans, parfois 8 ans s’ils viennent d’universités moins reconnues. Surtout parmi ceux qui croient dur comme fer que l’altitude compresse les poumons et altère les fonctions vitales du cœur. D’ailleurs, au plus haut vous travaillez, au plus vous êtes payé. Preuve en est que la croyance populaire est bien tenace.
Le prisme déformant
Sans considérer les motivations de Pékin ou les erreurs de ce gouvernement, la politique de développement du Tibet pèse lourd dans le budget chinois : le train Pékin-Lhassa en est le symbole le plus frappant. La région est une zone non imposable, les terres pour les tibétains sont distribuées sans impôts aux paysans, et des taux d’intérêts extrêmement bas sont disponibles. En quarante ans, le gouvernement central a investi des milliards de dollars dans la région et 200 000 personnes sont venues travailler dans les hauts plateaux alors que la région ne dispose que de très peu de richesse à part le bois ou des réserves minérales. Sans l’aide de Pékin, la région peuplée de quelques 2 millions et demi d’habitants serait sans doute sur les pires niveaux africains de développement économique. Alors bien sûr ceci ne justifie la sauvagerie de la répression, mais dans les écoles on n’apprend pas seulement le mandarin, on apprend aussi l’anglais et les professeurs sont dans l’écrasante majorité des Han, ou tibétains formés à l’intérieur. De plus, les familles de Shanghai ou Canton, terriblement occupées à entrer dans les standards occidentaux de classe moyenne, se tournent maintenant vers plus de spiritualité et le bouddhisme tibétain est très largement respecté et admiré.
Avant 1951, aucune école n’existait au Tibet. Aujourd’hui, le taux d’alphabétisation est de 52% grâce aux écoles financées par l’intérieur.

Qu’apprend-on à ces enfants tibétains venus le plus souvent directement des tentes de nomade dans la campagne ? On leur apprend à être trilingue très rapidement alors que le tibétain, l’anglais et le mandarin ne se ressemblent en rien, on leur apprend à résister à l’impérialisme, aussi ironique soit-il. Mais on leur apprend aussi à renoncer à leur religion, pour construire une société communiste, et on leur enseigne l’histoire de la Chine, pas celle du Tibet bien sûr. A partir du lycée, le mandarin prend une part plus importante dans la communication et pour les meilleurs, ils iront vers l’intérieur pour étudier en oubliant tout de leur culture tibétaine. Il est là le génocide culturel que le Dalai Lama dénonce.
Pour pacifier la région, la meilleure solution à long terme est donc de lutter officiellement contre l’illettrisme mais aussi de contrôler politiquement et culturellement les nouvelles générations de tibétains car sans la maîtrise du mandarin par exemple, impossible de trouver un travail décent dans la société chinoise.
Le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers d’une même médaille comme le montre l’exemple de l’éducation mais aussi les sensibilités politiques des tibétains partagées entre l’anti américanisme profond pour ceux qui ont passé quelques années à l’école chinoise ou l’américanisme béatitude tout aussi profond pour les moins éduqués.
Le support d’Angela Merkel ou la réception de GW Bush du Dalaï-lama sont un affront direct pour le gouvernement chinois mais pour certains tibétains, sans doute les mêmes qui continueront à manifester jusqu’aux JO, la solution passe par l’occident qui viendra les sauver. Les américains n’ont-ils pas fourni des armes aux tibétains au début des années 50 entrainant par ailleurs l’exil du Dalaï-lama après cet épisode historique ?
Il est donc temps de passer au temps des négociations raisonnées, de respecter le droit des tibétains à proclamer leur indépendance culturelle à défaut de soutenir une thèse irréaliste d’indépendance politique.
De notre côté, nos JT qui choquent les chinois résidents à l’étranger manquent d’impartialité : sensibilité naturelle occidentale vers cette terre spirituelle.
La Chine a tout à gagner en gérant beaucoup mieux la situation pour enfin accéder au statut de nation respectable et donc respectée. C’est l’examen de passage si elle veut jouer un rôle diplomatique de plus en plus important sur la scène régionale asiatique et internationale. Quant au boycott, il serait sans aucun doute à la fois inefficace, inapproprié et insultant. Les premiers à en pâtir seraient les athlètes et le peuple chinois qui attendent l’événement depuis de très longues années.

We know the battle ahead will be long,
but always remember that no matter what obstacles stand in our way,
nothing can stand in the way of the power of millions of voices calling for change.
Barack Obama, 2008
16:40 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Tibet, Chine, politique
15.03.2008
T.I.B.E.T.
La grandeur d’un pays ne se mesure pas seulement aux digits qui affolent les statistiques.
La grandeur d’un pays ne se mesure pas seulement au nombre de médailles qu’il pourra remporter.
La grandeur d’un pays ne se mesure pas seulement au nombre de minorités qu’il aura tenté de réprimer.
Mais il n’y a pas de répression de l’espoir, à part essayer de l’étouffer de ses propres mains.
Pour l'instant, il faut savoir émotion garder et avoir un œil sur ce qu'il se passe à Lhassa. Ensuite viendra le temps de la réflexion et de se pencher sur les raisons pour lesquelles le sens de l'histoire veut que le Tibet s'émancipe et que la Chine pékinoise a tout à gagner à écouter ces millions de voix qui s'élèvent.

May I become at all times, both now and forever
A protector for those without protection
A guide for those have lost their way
A ship for those with oceans to cross
A bridge for those with rivers to cross
A sanctuary for those in danger
A lamp for those without light
A place of refuge for those who lack shelter
And a servant to all in need.
–Tenzin Gyatso, the 14th Dalai Lama

15:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tibet, Chine, répression, politique
28.01.2008
Chine 2020
Regarder au-delà des cinq prochaines années est un exercice difficile et périlleux, surtout lorsque les cycles économiques se raccourcissent et qu’on n’arrive très difficilement à calculer le PNB de manière précise un an après la fin de l’année considérée. Pourtant, il semblerait que, dans le cas de la Chine, ce virage 2020 soit un moment historique pour la région et au-delà. Voici quelques questions autant faciles à poser que difficiles à répondre.
La Chine sera-t-elle capable de relever l’immense défi environnemental après que ces vingt dernières années de croissance économique effrénée aient ouvert la boîte de Pandore ?
Sans doute la croissance chinoise se calmera pour arriver sur des taux plus raisonnables de 5 à 7 %, en allant plus loin, on pourrait même considérer que la Chine ne performe pas à la hauteur des tigres asiatiques voisins que sont Taiwan ou la Corée.
D’autre part, la Chine devra faire face à deux grands manques en terme de leadership : le politique et le business.
Ce modèle top down, hyper-hiérarchique, qui a fait le bonheur des entreprises manufacturières pourra t-il s’adapter à une économie plus tournée vers le service et montant en valeur ajoutée ? Le rôle du middle management deviendra de plus en plus prépondérant. Le modèle du LaoBan (patron) devra sans doute évoluer et connaissant la xénophilie des chinois, évoluer vers un modèle plus occidental qui devra sans doute se décliner en une version de management à la chinoise moderne avec, par exemple, plus de responsabilisation des échelons opérationnels des sociétés opérants sur ce marché afin de créer des solutions à des problématiques plus complexes.
Le politique, afin de continuer à assurer crédibilité et représentativité face aux contestations sociales de plus en plus visibles et un écart entre les riches et les pauvres de plus en plus insupportable. Viendra s’ajouter sur ces problèmes sociaux une pression démographique sans précédent, avec pour la première fois de l’histoire de nos sociétés modernes, une Chine qui vieillira avant de devenir riche. La guerre des talents continuera à faire rage et l’insoluble question des transferts de technologie ne viendra pas aider les multinationales installées en Chine à savoir se positionner sur ce marché en termes d’opération et de politique de ressources humaines.
Là où l’on dit « avant de devenir riche », il faut le comprendre par le fait qu’on ne peut raisonnablement penser que le PNB par habitant, aujourd’hui 10 fois inférieur à ceux de nos modèles occidentaux puisse atteindre, en si peu de temps autre chose que 50 à 60% des niveaux des pays industrialisés.
2020 un tournant pour le politique car il faudra que Pékin et Taipeh arrêtent de soutenir la politique : tiens, si on laissait à la Chine du futur et à Taiwan du futur le soin de résoudre nos différends. La république populaire de Chine veut voir Taiwan tomber sous sa coupe, comme un fruit mûr, sans combattre, à la SunZi et y arrivera sans doute, surtout si Taiwan commence à retrouver de ses valeurs dans la Chine des capitales modernes et rayonnantes sur l’Asie.
Enfin, pour les étrangers de Chine, qui auront mis si longtemps à gagner de l’argent dans ce pays, les explorateurs deviendront des intérieurs délivrant les bonnes pratiques pour réussir dans ce pays. Ils démontreront qu’il n’y a pas que Marco Polo capable de faire des affaires en Chine.
En 2020, j’aurai 35 ans.
16:25 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : chine, prospection, politique, business, management, stratégie
16.11.2007
Lettre à Nicolas
Deux tendances de fond se placent aux extrêmes de l’échiquier de l’opinion publique en Chine: le mythe de l’éternel retour et le lion revendicatif.
Depuis le début des années 90 le leadership chinois a éduqué sa population dans le sens du retour au prestige du passé, c'est-à-dire l’ambition de retrouver le statut d’hyperpuissance mondiale en actionnant tous les leviers économiques possibles et en ouvrant les vannes des investissements étrangers. C’est ainsi que la population marche dans le même sens et reconnaît une certaine compétence et légitimité à son gouvernement.
A l’extrême opposé de cette vision, les nouvelles technologies de communication et le nombre croissant d’étudiants à l’étranger déconstruisent des barrières et des appréhensions et le flot des contestations ne pourra pas être endigué par la censure. Le rugissement ne fait que commencer.
Entre ces pôles antagonistes, la politisation de la société chinoise est loin d’être comparable à celle de la société française donc les schémas que devront emprunter l’équipe qui conseillera Nicolas Sarkozy lors de sa visite en Chine la semaine prochaine doit tenir compte de cette différence culturelle. L’enjeu depuis très longtemps maintenant en Chine pour la France est celui d’enfin « transformer l’essai ». Près d’un demi siècle après De Gaulle qui a été le premier leader occidental à reconnaître l’existence de la république populaire de Chine, 25 ans après que Giscard d’Estaing se soit pris de passion pour ce pays en consacrant 5 minutes quotidiennes de son temps précieux à apprendre le mandarin, et juste après l’héritage de Chirac, le plus grand de nos VRP.
Parmi les choses à ne pas faire, l’anecdote bien connue de Kissinger qui s’adressait à des jeunes entrepreneurs chinois : maintenant que vous avez acquis une véritable légitimité économique, quid de l’inoculation du virus démocratique ? Un chinois de répondre : monsieur Kissinger, voulez vous détruire tout ce que nous sommes péniblement arriver à construire en 25 ans ?
Oui il est temps de transformer l’essai et de profiter de notre avantage d’apriori positif par rapport aux américains. 59% des chinois pensent que les Etats-Unis sont un frein au développement de la Chine. Fait plus inquiétant, plus les personnes interrogées sont éduquées, plus elles se disent anti-américaine. Faisons en sorte que ces mêmes chinois nous perçoivent comme des adjuvants dans le beau conte du développement économique chinois.
Alors oui bien sûr que les chinois ont soif de justice sociale et d’une meilleure répartition de la production des biens, bien sûr ils détestent l’appareil politique vérolé et corrompu mais non en majorité la révolution n’est pas appelée des vœux des patriotes rouges. Pragmatisme et possibilité de réussite sociale sont les priorités. Surtout pour ceux qui ont encore en tête le chaos de la Révolution Culturelle. « Qui peut être aussi naïf de penser que la Chine serait une meilleur pays avec la démocratie ? » pensent-ils. Il est temps d’éteindre vos téléviseurs qui peuvent être en couleurs mais qui pensent encore en noir et blanc. Ce que les chinois attendent de la France, c’est qu’elle les aide à devenir plus riche avec de meilleures technologies et à proposer que les jeunes mariés viennent faire leur voyage de noce dans notre beau pays. Le progrès qui a été fait depuis la venue de l’émissaire du roi d’Angleterre fin du 18ème siècle, c’est que les chinois ont compris que les étrangers sont un passage obligé pour réussir dans les affaires.
Mulin, Anlin, Fulin. Soyez aimables, soyez en paix et enrichissez vous !
48% des personnes pensent que la Chine a une influence positive dans le monde. 10 points de plus que les Etats-Unis d’après McGregor.
18:40 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, politique, chine, société, culture
22.10.2007
Monsieur Hu
Le congrès du parti communiste chinois a pris fin le 21 Octobre avec un joli discours harmonisant à renfort de croissance qualitative et moins de croissance aveugle quantitative, de promesses pour les oubliés du miracle économique, pour ceux qui restent sur le bord de l’autoroute empruntée à toute vitesse par les nouveaux capitalistes chinois.
Hu JinTao après avoir évincé le clan de Shanghai en mettant en prison pour corruption le désormais ancien chef du gouvernement de la perle de l’Orient a réussi à renforcer son pouvoir et son autorité malgré les rivalités, les guerres fratricides entre les différents courants au sein même du parti rouge.
Monsieur Hu a pourtant beau utilisé le mot démocratie plus de 60 fois, tout comme son prédécesseur, monsieur Jiang, le mot Minzhuzhengzhi retentit mais reste confiné au sein des rideaux rouges du congrès. La voix monocorde de Hu ne porte pas et ses discours ennuyeux sonnent creux.
La seule montée en énergie a peut être seulement été lorsque Hu a mentionné comme offensant la distinction accordée au Dalaï lama par G.W Bush ou lorsque il s’est dit alarmé par le référendum prévu par Chen SuiBian, le président de l’autorité taiwanaise, sur le statut de l’île et son changement de désignation passant de République de Chine à Taiwan pour acquérir la légitimité de prétendre à un siège à l’ONU, reconnaissance symbolique de l’indépendance de l’île.
La nouvelle la plus inquiétante n’est pas que Hu JinTao ne fait pas de vagues par rapport à l’héritage de Jiang ZeMin et n’éprouve pas le besoin urgent de réforme démocratique en profondeur face à une population de plus en plus éduquée et communicative mais elle est sans doute dans l’alignement des lignes plus progressistes personnalisées par le nouveau chef de Shanghai, Xi JinPing ou Li Keqiang du Liaoning.
Un signe d’espoir toutefois lorsque l’on constate la situation du Zhejiang, une province côtière relativement riche et qui voit sa demande parmi les citoyens de participation démocratique de plus en plus pressante. C’est ainsi que monsieur Xi s’engage dans des expérimentations « îlot de démocratie » allant de la tenue de débat public jusqu’au mini referendum local. Reste tout de même que le principe de multipartisme est encore à mille lieux des pensées de ces monsieurs Xi ou Hu, y compris dans le Zhejiang où les entreprises privées réalisent près des trois-quarts du PNB de la province.
Pendant ce temps, Xinhua, l’AFP local reporte sans broncher les discours de monsieur Hu et sa ligne éditoriale cultive la hauteur de vue lorsqu’elle délivre des informations hautement stratégique sur le courroux des chauffeurs de taxi pékinois qui circulent avec une plaque d’immatriculation comprenant les caractères WC, ou le récent geste de la Southern Airlines qui oblige ses clients à ne pas aller aux toilettes en vol pour économiser un litre de fuel… Merci pour l’info Xinhua.
10:17 Publié dans Vie Culturelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, parti communiste, culture des médias, démocratie
03.10.2007
La compétitivité Nationale -2
Suite et fin des clés de l’article sur la compétitivité nationale de Porter vieux d’une dizaine d’années et donc remis au goût du jour.
Sur les pouvoir publics
« Plus récemment, l’idée en vogue a été que la compétitivité dépendait de la politique des pouvoirs publics : leur intervention, leur protection, leurs aides aux exportations et leurs subventions ont propulsé les industries japonaise et sud-coréenne de l’automobile, de la sidérurgie, de la construction navale et des semi-conducteurs au premier rang mondial. Mais si l’on y regarde de plus près, les résultats sont inégaux. En Italie, l’intervention des pouvoirs publics a été inefficace. En Allemagne, il est rare que les pouvoirs publics interviennent directement aux côtés des industries exportatrices. Et même au Japon et en Corée du Sud, l’Etat ne joue qu’un rôle modeste dans des industries aussi importantes que les télécopieurs, les photocopieurs, la robotique et les matériaux avancés. »
Réponse au vent de protectionnisme qui souffle dans le monde au vu des résultats en demi teinte obtenus en Europe dans le passé ou réponse encourageante aux dirigeants chinois qui suivent le même modèle que leurs voisins asiatiques sur les secteurs stratégiques? Le bien fondé de l’interventionnisme de l’Etat dans certains secteurs comme la prospection énergétique est à relativiser (voir article : La guerre du feu).

Sur les pratiques de management
« Une dernière explication en vogue de la compétitivité tient aux différences dans les pratiques de management, notamment dans les relations entre dirigeants et travailleurs. »
C’est peut-être ici que les dirigeants devront travailler le plus, passer d’un statut de tout puissant décideur à celui d’animateur d’équipe, de créateur d’émulation sans passer automatiquement par le levier hiérarchique, de manager à problem solver. Pour certains, c’est le meilleur moyen de produire à grande échelle sans grand problème de capacité mais pour le futur il faudra étendre sa palette de compétences pour un manager chinois. Exemple ici ou là.
Vous l’avez compris, que ce soit les données macroéconomiques classiques, les ressources naturelles, la force des pouvoirs publics ou les pratiques de management, aucune explication n’est vraiment satisfaisante. Un revenu national peut augmenter alors que le commerce extérieur est déficitaire, une monnaie forte n’empêche pas l’augmentation du niveau de vie.
Le seul concept de compétitivité significatif est celui de la productivité.
« La productivité dépend à la fois de la qualité et des caractéristiques des produits et de l’efficacité avec laquelle ils sont produits. La productivité est le principal déterminant du niveau de vie d’un pays sur le long terme ; c’est la cause première de son revenu national par habitant. La productivité des ressources humaines détermine le niveau des salaires ; la productivité des capitaux détermine la rémunération de leurs détenteurs »
C’est ainsi que mesurer la compétitivité de la Chine à l’aune du commerce extérieur excédentaire ou des bas salaires est faux sur le long terme. En produisant des produits de plus en plus complexes, en devenant compétitif dans plusieurs industries à haute productivité et hauts salaires et en augmentant le pouvoir de sa monnaie bientôt, elle deviendra une plus grande puissance encore.
Lorsque les américains critiquent les chinois pour leur monnaie faible, ils servent finalement les intérêts chinois car c’est une demande intérieure chinoise galopante qu’ils serviront en priorité demain. Voir encore ici.
Lorsque notre président critique l’importation de produits chinois qui ne respectent pas certaines normes, il n’a pas saisi le fait que toute la supply chain mondiale a changé. La nationalité d’une entreprise n’est plus le référent habituel. Par contre, le pays où l’on produit l’est plus que jamais car certains offrent un environnement qui met les entreprises en mesure de s’améliorer et d’innover plus vite. Ce n’est pas en baissant les coûts de main d’œuvre de 10% que l’on va commencer à concurrencer la main d’œuvre chinoise qui restera 95% fois plus faible mais par contre c’est en débloquant plusieurs milliards d’euros pour les universités françaises et favoriser les échanges entre recherche universitaire et entreprises que le mouvement est plus pertinent.
10:35 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Economie, données macroéconomiques, politique, Chine, Etats Unis, France
01.10.2007
La compétitivité Nationale- 1
C’est la Golden Week à l’occasion de la fête nationale, à nous le trafic soulagé sur Pékin mais les attentes interminables aux aéroports et gares des villes chinoises. Il est temps d’appliquer le bon vieux adage chinois : 从容不迫 (CongRongBuPo) qui veut dire : rester calme et zen. C'est donc dans une file d'attente en France qui était correctement respectée (chose qui désormais m'étonne) que je me suis posé la question : est-ce que la culture d’un pays est un élément en prendre en compte lorsque l’on veut mesurer la compétitivité d’un pays ?
Dans son livre La Concurrence, Michael Porter essaye de donner des réponses à la question : qu’est ce que la compétitivité nationale ?
J’ai trouvé une pertinence particulièrement frappante dans un article extrait de ce livre écrit il y a plus de 10 ans mais qui donne un éclairage original sur les débats en France sur le déficit budgétaire, aux Etats-Unis sur le taux de change Yuan-Dollar soit disant désavantageux pour l’industrie américaine mais surtout et c’est l’objet de la série d’articles qui vont suivre sur les raisons du succès économique chinois.
A noter que Porter s’est penché sur les économies de 10 pays sans la France ni la Chine mais il n’en reste pas moins que la réflexion est intéressante.
Sur les données macroéconomiques classiques :
« Certains considèrent la compétitivité nationale comme un phénomène macroéconomique obéissant à des variables telles que les taux de change, les taux d’intérêt et le déficit budgétaire. Mais le Japon, l’Italie et la Corée du Sud ont tous bénéficié d’une hausse rapide de leur niveau de vie malgré leurs déficits budgétaires, l’Allemagne et la Suisse malgré l’appréciation de leur monnaie, l’Italie et la Corée malgré le niveau élevé des taux d’intérêt. »
Si l’on regarde dans l’histoire économique récente, on doit donc se rendre à l’évidence selon Porter que le taux de change Yuan-Dollar soit disant trop faible, que le déficit budgétaire français abyssal ou le taux élevé de l’euro par rapport au dollar n’ont pas empêché des économies d’être compétitives.
Sur le niveau des salaires :
« D’autre soutiennent que la compétitivité dépend de la présence d’une main-d’œuvre peu coûteuse et abondante. Mais l’Allemagne, la Suisse et la Suède ont connu la prospérité malgré des salaires élevés et une pénurie de main d’œuvre. De plus, l’amélioration des salaires ne devrait-elle pas être l’un des objectifs de la compétitivité nationale ? »
Certains prétendent (y compris certains enseignants de l’Ecole Centrale) que le miracle économique de la Chine est seulement basé sur l’incroyable capacité à trouver de la main d’œuvre peu chère en quantité et lorsque ce mouvement prendra fin, les entreprises se tourneront vers d’autres pays. Porter balaie cet argument d’un revers de main. Dans une économie stimulée par l’innovation, où le marché intérieur soutient la demande, une économie peut être parfaitement compétitive. La Chine devra donc se transformer pour devenir plus que le pays de la sous-traitance. Message reçu par les autorités semble t-il.
Sur les ressources naturelles :
« Une autre opinion rattache la compétitivité à l’abondance des ressources naturelles. Mais comment expliquer alors la réussite de l’Allemagne, du Japon, de la Suisse, de l’Italie et de la Corée du Sud, qui n’en possèdent pas beaucoup ? »
Là encore, pour répondre à l’énigme sur la compétitivité de la Chine, il ne faut pas y voir un pays aux milles richesses minières, énergies fossiles et autres greniers céréaliers. La Chine est plutôt mal servie en termes de ressources naturelles par rapport à des pays comparables comme les Etats-Unis ou dans une moindre mesure la Russie.
A suivre

10:55 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Economie, données macroéconomiques, politique, Chine, Etats Unis, France

