25.05.2007
Dialogue stratégique économique
A Washington se tenait cette semaine le dialogue stratégique américano-chinois, avec pour sujet de discorde le plus apparent le déficit commercial américain abyssal avec la Chine. Les deux pays se tiennent par la barbichette, les américains reprochent aux chinois un Yuan sous évalué artificiellement, les chinois l’impatience des américains à ne pas considérer la Chine comme un pays encore en développement.
Pourtant, selon un article de l’Economist, penser que le taux de change chinois artificiellement bas contribue à voler les jobs aux américains et accentue le déficit américain est faux. De façon même ironique, une réévaluation du Yuan profiterait à la Chine et non pas aux Etats-Unis.
Pourtant ce n’est pas ce que j’ai expérimenté à Wenzhou cette semaine lorsque les négociations tournaient autour du taux d’échange nous devions utiliser pour l’achat chez notre partenaire. Si le taux Yuan/dollar passait de 7.63 à seulement 7.5, notre partenaire perdait des dizaines de milliers de yuans sur la transaction. Comment un yuan plus fort peut il donc bénéficier à la Chine, économie basé essentiellement sur l’exportation et non pas sur la demande intérieure ?
Quelques éléments de réponse qui vont donc à l’encontre des croyances du congrès américain et de nos hommes politiques européens de la même façon.
Tout d’abord, le surplus commercial immense que réalise la Chine (qui représente 9% du PIB) ne prouve pas que le Yuan est sous évalué mais reflète que la supply chain en Asie a changé. Ce que les américains ou les français achetaient au Japon, à Taiwan ou en Corée du Sud, se trouvent maintenant en Chine. La Chine importe les composants, les assemble et exporte les produits finis. En analysant plus attentivement la supply chain, on peut donc couper par deux le bénéfice réel que font les entreprises chinoises qui d’ailleurs sont pour la moitié détenus au moins en partie par des capitaux étrangers.
Deuxièmement, même s’il est vrai que la Chine a acheté massivement des dollars américains, se constituant un petit pécule de 1200 milliards, lui permettant d’acheter 10% de Blackstone encore cette semaine par exemple, ne prouve pas que le yuan doit être réévalué.
Il est extrêmement difficile de mesurer la vraie valeur d’une monnaie. Si l’on prend l’étalon de la parité de pouvoir d’achat, le yuan est sous-évalué de 50% par rapport au dollar. Mais les salaires sont tellement incomparables avec ceux des Etats-Unis, que la question se pose de savoir si c’est le bon indicateur à utiliser. En vérité, l’explosion de l’excédent commercial en 2005 et 2006 s’explique plutôt par la politique gouvernementale de freinage du boom immobilier, secteur qui consomme à grande échelle de l’importation de matières premières et de machines.
L’économie américaine profite des prix bas grâce aux productions chinoises, et sa flexibilité a tendance à compenser les pertes d’emplois dues aux délocalisations. Faire du commerce avec le géant asiatique change la nature des emplois américains mais pas le taux de chômage qui reste historiquement bas de l’autre côté de l’Atlantique. De plus, l’achats par les chinois des bons du trésor américains maintient les taux d’intérêts bas, ce qui donc supporte l’économie américaine. Si le yuan s’élevait de 30%, les chinois achèteraient moins de dollars, et donc les prix augmenteraient au supermarché Wal Mart du consommateur américain moyen.
D’autre part, les secteurs où américains et chinois sont en compétition sont plutôt rares et donc une hausse du RMB n’entraînerait pas une baisse du déficit commercial américain. D’autres pays pourraient prendre le relais comme l’Indonésie ou le Vietnam.
Du côté chinois, une réévaluation du RMB aurait des retombées positives, refroidissant les investissements et les prêts douteux qui nourrissent les bulles immobilière et financière. De plus, pour la première fois de son histoire économique récente, la consommation intérieure chinoise a plus augmenté que son PNB, c’est donc en laissant son taux de conversion plus libre, assujetti en plus grande partie sur sa consommation intérieure que la Chine pourra freiner une économie en surchauffe. La Chine perdra de son attractivité économique pour les exportations certes mais ceci encouragera encore plus le gouvernement à faire baisser le taux d’épargne de ces concitoyens, augmentant leurs dépenses de santé par exemple.
Le congrès américain a donc raison pour la réévaluation nécessaire du yuan mais pour les mauvaises raisons. Le problème, c’est que la Chine ne le fera pas pour faire plaisir aux américains, c’est l’impression qu’il en ressort après ces négociations.
02:30 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, Etats Unis, déficit commercial, réévaluation, taux de change, économie

