16.11.2007

Lettre à Nicolas

Deux tendances de fond se placent aux extrêmes de l’échiquier de l’opinion publique en Chine: le mythe de l’éternel retour et le lion revendicatif. Depuis le début des années 90 le leadership chinois a éduqué sa population dans le sens du retour au prestige du passé, c'est-à-dire l’ambition de retrouver le statut d’hyperpuissance mondiale en actionnant tous les leviers économiques possibles et en ouvrant les vannes des investissements étrangers. C’est ainsi que la population marche dans le même sens et reconnaît une certaine compétence et légitimité à son gouvernement. A l’extrême opposé de cette vision, les nouvelles technologies de communication et le nombre croissant d’étudiants à l’étranger déconstruisent des barrières et des appréhensions et le flot des contestations ne pourra pas être endigué par la censure. Le rugissement ne fait que commencer. b6a9496dd0bf532ee2d21153b331a592.jpgEntre ces pôles antagonistes, la politisation de la société chinoise est loin d’être comparable à celle de la société française donc les schémas que devront emprunter l’équipe qui conseillera Nicolas Sarkozy lors de sa visite en Chine la semaine prochaine doit tenir compte de cette différence culturelle. L’enjeu depuis très longtemps maintenant en Chine pour la France est celui d’enfin « transformer l’essai ». Près d’un demi siècle après De Gaulle qui a été le premier leader occidental à reconnaître l’existence de la république populaire de Chine, 25 ans après que Giscard d’Estaing se soit pris de passion pour ce pays en consacrant 5 minutes quotidiennes de son temps précieux à apprendre le mandarin, et juste après l’héritage de Chirac, le plus grand de nos VRP. Parmi les choses à ne pas faire, l’anecdote bien connue de Kissinger qui s’adressait à des jeunes entrepreneurs chinois : maintenant que vous avez acquis une véritable légitimité économique, quid de l’inoculation du virus démocratique ? Un chinois de répondre : monsieur Kissinger, voulez vous détruire tout ce que nous sommes péniblement arriver à construire en 25 ans ? Oui il est temps de transformer l’essai et de profiter de notre avantage d’apriori positif par rapport aux américains. 59% des chinois pensent que les Etats-Unis sont un frein au développement de la Chine. Fait plus inquiétant, plus les personnes interrogées sont éduquées, plus elles se disent anti-américaine. Faisons en sorte que ces mêmes chinois nous perçoivent comme des adjuvants dans le beau conte du développement économique chinois. Alors oui bien sûr que les chinois ont soif de justice sociale et d’une meilleure répartition de la production des biens, bien sûr ils détestent l’appareil politique vérolé et corrompu mais non en majorité la révolution n’est pas appelée des vœux des patriotes rouges. Pragmatisme et possibilité de réussite sociale sont les priorités. Surtout pour ceux qui ont encore en tête le chaos de la Révolution Culturelle. « Qui peut être aussi naïf de penser que la Chine serait une meilleur pays avec la démocratie ? » pensent-ils. Il est temps d’éteindre vos téléviseurs qui peuvent être en couleurs mais qui pensent encore en noir et blanc. Ce que les chinois attendent de la France, c’est qu’elle les aide à devenir plus riche avec de meilleures technologies et à proposer que les jeunes mariés viennent faire leur voyage de noce dans notre beau pays. Le progrès qui a été fait depuis la venue de l’émissaire du roi d’Angleterre fin du 18ème siècle, c’est que les chinois ont compris que les étrangers sont un passage obligé pour réussir dans les affaires. Mulin, Anlin, Fulin. Soyez aimables, soyez en paix et enrichissez vous ! 48% des personnes pensent que la Chine a une influence positive dans le monde. 10 points de plus que les Etats-Unis d’après McGregor.

06.06.2007

Dégraisser le canard laqué ?

medium_Photo-0085a_3_.jpgUn des luxes dont j’ai le plaisir de pouvoir profiter en étant en Chine et qui s’est transformé en sorte d’addiction profonde vu mon train de vie urbain baladé d’un moyen de transport à un autre et passant plus de 10 heures par jour assis est le centre de fitness. Je suis membre donc du CSI Bally Center du côté du village olympique et c’est un toujours un plaisir de faire ses abdos à côté de l’entraînement des danseuses du Banana Club ou de profiter de l’avis de la championne de Chine d’haltérophilie, et je l’espère sincèrement future championne olympique l’année prochaine. De plus, j’ai pu voir ces derniers mois du haut du 21ème étage où se trouve situé le centre sportif les éclosions du stade nid d’oiseau, de la piscine olympique à revêtement bullaires ainsi que du complexe hôtelier construit pour l’occasion. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi au pays des arts martiaux et du TaiJiQuan, et les leadeurs mondiaux du fitness ne se sont installés en Chine que très récemment. Il faut dire que l’inscription n’est pas donnée pour un chinois moyen. J’ai du déboursé pour une inscription annuelle près de 500 euros. Je suis persuadé toutefois que le business model est viable car, medium_Photo-0085a_2_.2.jpg lorsqu’il s’agit de leur santé, les chinois se ruent sur les nouveaux services et produits disponibles. Autre choc qui a fait exploser la pratique du sport à Pékin : le SRAS en 2003 qui a sensibilisé la population à la prévention des maladies par la pratique sportive. C’est ainsi que les clubs Bally, California, Alexander fleurissent un peu partout à Beijing, Shanghai, Guangzhou, Shenzhen ou Dalian. La transformation brutale de Pékin d’une ville de cyclistes à une ville d’automobilistes change aussi la donne. Li Bin, président du Nirvana Fitness & Spa Club est devenu un des principaux concurrents du CSI Bally après avoir investi 22 millions de yuans en 2001 pour la construction de son premier club et il ouvre des clubs un peu partout en Chine désormais malgré l’inscription onéreuse à plus de 500 euros. Il estime qu’il investit sur un marché à promesse de croissance sur les 20 à 30 années à venir pour atteindre les taux de 13 à 14% d’américains qui vont à la salle de gym. Il a ainsi investi sans compter en communication pour faire de la phrase : « je vais faire mon fitness au Nirvana » un générateur de face.

medium_Photo-0085a_4_.jpg
Au passage, petite annonce pour mon ami Xu Feng, centralien entrepreneur et son Spa pour homme : linfengspa.com. Visitez le site du Spa des mâles pékinois qui y viennent faire une pause fraicheur. Aux dernières nouvelles, un nouveau Spa serait en projet à Singapour…

23.05.2007

Choc impressionniste des civilisations

medium_beicyle.jpg
- Chine, pays qui fascine les étrangers et où les chinois rêvent de pays étrangers. - La Chine n’est pas un pays communiste, pas encore un pays clubbiste mais où le nivellement par le bar fait son œuvre. - La Chine met la fièvre. NTM devient Nourris Ton Mandarin. - Les chinoises et l’amour en couleurs. Vous pensiez que c’était trouille bleue et eau de rose, c’est plutôt fascination dorée et désir rouge enfer, désir chauffé à blanc. - A être poli à la sauce occidentale, on rompt l’équilibre de l’amitié. On ne remercie pas un ami en Chine comme en Occident. Le remerciement se pare d’autres interprétations. - Chine, pays où l’on écrit Crise 危机 avec deux caractères : un qui désigne le danger et l’autre l’opportunité. - La Chine est un pays où la face est élevée au rang de concept, où les générateurs de face sont, en vrac, la possession d’une voiture, la prise de parole index levé, les plats qui n’en finissent pas sur la table tournante, le mépris de la serveuse. - En Chine, le traditionnel « ça va » prend des formes multi génériques du : as-tu mangé, qu’est ce que tu fais, es-tu occupé à où vas-tu ? - Chine, pays où l’attente au guichet d’une banque se compte en heures et où la dernière IPO de l’HSBC a levé le plus grand montant de tout les temps. - Il existe deux types de masseuses en Chine. Les riches qui ne sont pas allées à l’université et les pauvres qui ont fait des études. - Comme le disent les Chinois, un Chinois qui ne vient pas sur la Grande muraille n’est pas un brave et un Chinois qui vient sur la Grande muraille conquiert la bravitude. - Chine, pays du McDo à domicile, du JiaoZi (ravioli chinois) et du vin rouge Great Wall au cépage français.
medium_Bookworm.jpg
Note : deux aphorismes sur douze sont l’œuvre de Guillaume du HuBei et de Ségolène du Poitou.