14.04.2008

Comprendre avant d’essayer de convaincre

Rien n’est jamais acquis.

Même les plus belles fiançailles, promises à un mariage sous les plus beaux auspices peuvent se terminer par un laconique communiqué annonçant que les autorités étatiques refusent le deal pour manquement au service à la patrie.

C’est le scénario à l’asiatique d’une histoire qui trouve son pendant en Europe-demandez à Air France KLM et Alitalia-et qui met en scène China Eastern et Singapore Airlines.
China Eastern, c’est le mauvais élève des trois grandes compagnies aériennes chinoises (Air China, China Southern complètent le trio).

Qu’est ce qui fait la différence donc, entre une acquisition réussie, du moins dans le passage du deal et une qui passe à la trappe ? Pourquoi l’indien Tata arrive à faire son marché dans le secteur hypersegmentant de la voiture de luxe avec (seulement) des compétences éprouvées dans le domaine du low-cost alors que cette acquisition dans l’aérien qui avait tout d’une opération parfaite pour les deux parties avorte ?

La réponse est peut-être à aller chercher dans l’apocalyptique revue des événements de ces dernières semaines et qui reflète une très ancienne et incroyablement cruciale question en Chine, celle du nationalisme à la chinoise.
Tout était à gagner sur le papier pour les cousins chinois et singapouriens : un hub à Shanghai pour la Singapore Airlines, un management surdoué pour la China Eastern qui perd de l’argent depuis 3 ans maintenant. Pourtant, après quelques coups théâtraux en arrière scène, et surtout après une question de perte de face de la part des autorités compétentes chinoises, le deal est tombé à l’eau.

Ce jeu à trois bandes entre le conseil d’état chinois sous la pression du lobby d’Air China, Temasek qui contrôle Singapore Airlines et la China Eastern nouvellement listée aux bourses de Hong Kong et de Shanghai n’a donc pas vu une issue heureuse pour les deux parties directement concernées.

Tout ceci ressemble à une victoire d’Air China qui se verrait bien assouvir son rêve de contrôle total du ciel de l’empire du milieu. Malgré des déclarations d’accords initiales de la part du gouvernement chinois qui n’hésite pas à accepter ce genre d’opérations lorsque des capacités de management sont nécessaires, la prise de participation n’a pu se faire. Il est vrai qu’entre la déclaration d’accord et les réunions successives d’actionnaires, l’action de China Eastern s’était appréciée de manière significative mais la raison principale n’est pas là mais elle réside bien dans ce nationalisme chinois. Celui là même qui a été blessé ces derniers jours.

Le monde occidental a tout à gagner à voir une Chine ouverte et respectable et la confrontation directe n’est d’aucune efficacité. Comment accepter les remontrances, les leçons d’un professeur qui vous a pillé et saccagé votre version orientale de Versailles, à la même époque où le Tibet faisait déjà partie de la Chine depuis des siècles ? Dans ce mouvement de progrès et d’ouverture, les jeux olympiques sont une bonne chose pour le peuple chinois qui mérite ces événements.

Le prix à payer d’une Chine qui se referme sur elle-même est immensément plus grand que celui de se dispenser de déclarations hasardeuses. De l’autre côté du miroir, il est temps de repenser sa politique de communication pour l’instant désastreuse et de mettre la lumière sur les discussions avec le chef spirituel d’un Tibet qu’il veut laïque et plus autonome, dialogue qui n’a en fait jamais cessé, mais de manière plus que discrète. A la chinoise.
Il est des temps où sport, business et politique sont les éléments inextricables d’une équation à plusieurs inconnues et dont la résolution passera sûrement par la remise en question, des deux côtés, de la légitimité des donneurs de leçons et de la concordance entre le symbole de la flamme et le feu de l’action.

31.08.2007

La Chine qui gagne

205668430f9cc15c1ce5a80997974c34.jpg12’88 c’était le temps qu’avait réalisé Liu Xiang (prononcer Lio Chiengue, et pas Ziang Liu comme on le fait sur France Télévisions) à Lausanne, battant le record du monde de sa discipline, le 110m haies en 2006. Aujourd’hui, il conquiert le seul titre qu’il lui manquait dans sa jeune carrière, les championnats du monde, de plus en Asie, à Osaka au Japon. Après avoir remporté les Jeux Olympiques à Athènes en 2004, ce jeune athlète a donc déjà tout gagné. En Chine, ce n’est même plus une star, c’est un demi-dieu. Il prête son image à des constructeurs d’ordinateur ou à des fabricants de laits, il est partout : sur les murs de la capitale, sur les bus, les pancartes dans le métro… Le Shanghai express est adulé dans son pays et subit une pression énorme dont il s’accommode plutôt bien pour l’instant au vu de ses résultats.

Encore aujourd’hui, il devance deux américains après une course toute en symboles puisque il était sorti assez mal des starting-blocks pour ensuite revenir comme une flèche sur ses concurrents et ainsi terminer en tête en 12’95.

Terrassant une fois de plus les américains, mon collègue de l’IT me disait : ce n’est plus seulement une star, c’est un héros de l’Asie.

J’ai envie de faire le parallèle avec l’équipe de France 98, peut-être avant la lettre certes mais à un an des JO, c’est ce qu’il me vient à l’esprit. Cet homme décomplexe la Chine qui se rend enfin compte qu’elle peut gagner, qu’elle va enfin dépasser l’Allemagne cette année ou l’année prochaine en termes de volumes d’exportation, et que c’est le nouveau décideur en Afrique. C’est la Chine qui gagne. Champion du monde de 110m haies ou champion du monde des exportations, même combat pour la reconnaissance.

En 2005, l’année qui suivit son titre, il a été ajouté au programme scolaire des élèves shanghaiais en primaire, il est le porte parole de Lenovo, de McDonalds, de Mengniu, de Visa Card tout en buvant du Coca Cola en portant des chaussures Nike et téléphonant grâce à sa carte China Mobile et j’en passe. Liu Xiang est le David Beckham asiatique.

Il ne subit pas de surcharges d’entraînement comme on peut le fantasmer en occident. Il s’entraîne seulement 3 heures par jour, assez pour ouvrir ses ailes pour s’envoler vers de nouveaux records comme son prénom Xiang 翔 le signifie.