07.08.2008

Beijing HuanYing Ni

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Bienvenue à Olympicland, pays du pékinoïsme, nouvelle sorte d’égocentrisme de l’empire du milieu qui se prépare frénétiquement, jusqu’à l’excitation la plus folle, à accueillir ses jeux.

Pékin 2008 n’est pas Berlin 1936, mais bien Tokyo 64 ou Séoul 88. Un concert des nations qui vient célébrer l’entrée dans les nations économiquement incontournables un nouveau membre, partenaire privilégié de toutes les multinationales du monde. Pourtant l’essor de la Chine, profitable à tous, opportunité pour beaucoup d’autres nations, ne s’est pas fait grâce à la tenue de ces jeux, mais bien malgré eux.

Car les jeux sont aussi l’occasion malheureusement pour le clan des conservateurs de Pékin de restreindre la diffusion des visas, de déployer des forces de polices disproportionnées et de ne pas respecter les promesses de 2001, échauffant encore plus les esprits des journalistes, qui n’en demandait pas tant.

Politiquement, cette année, la Chine ne ressort pas grandie de son soutien au régime birman, au despote soudanais ainsi qu’au véto lancé à la face de l'ONU au sujet de l’intervention au Zimbabwe. Là encore, beaucoup de chemin reste à faire pour fêter l’entrée de la Chine au rang de nation responsable diplomatiquement.

L’appel au premier JO vert restera aussi un vœu pieu, plongeant les autorités dans les eaux troubles du ridicule ou du mensonge public. Il était impossible de neutraliser les effets néfastes des fumées des zones industrielles de Pékin. Pas en si peu de temps. Pas de façon si artificielle. Le problème de l’approvisionnement en eau de Pékin, de la politique de la ville en matière d’aménagement urbain, des tempêtes de sables venus de Mongolie Intérieure, des rejets de fumées toxiques restent entiers. Mais ici une lueur d’espoir vient éclaircir le smog pékinois puisque pour la première fois, le chinois de la rue a pu constater les effets de la politique de restriction des voitures et des industries polluantes. Lorsque l’on commence à apprendre à mieux respirer on pourrait s’attendre à ce que l’on commence à protester.

Et c’est ici que réside l’immense espoir proposé par ces jeux. Malgré toutes les erreurs de communication avec les étrangers, malgré les faux pas, le ridicule opéra de création d’ennemis imaginaires pour faire encore plus grandir le nationalisme, il reste l’incroyable engouement populaire autour de ces jeux. Des années que tous les chinois préparent cet événement. Je ne connais aucun ami chinois qui n’aurait pas aimé être volontaire pour ces jeux là. La voilà la Chine, reconnue pour sa grande force de cohésion autour d’un objectif commun. La Chine qui a mis 100 ans pour accueillir ses jeux et qui pour la première fois est en passe de rafler le plus beau tableau de médailles des nations.

Plusieurs questions se posent à la veille de l’ouverture de la grand messe populaire :

Pourra t-on lire autre chose dans les journaux français que des titres tel : « la face cachée de la croissance chinoise ? » ou « parole donnée à un dissident chinois » voire même « comment la chine a de belles infrastructures mais les inégalités de salaires sont criantes », ou, le meilleur pour la fin : « comment l’air n’est pas bon à Pékin ! » ?

Citius, Altius, Fortius sera t-elle vraiment la devise de ces jeux ? Autant sur les performances sportives que dans la qualité de l’organisation, dans les stades comme en dehors.

Comment transformer cette réunion des peuples en cure de jouvence pour l’économie du pays, pour la paix sociale intérieure et entre les peuples ? Les signes d’un trop plein de confiance, comme on me l’a fait remarqué lors d’un case lunch, sont les signes avant coureur d’une fragmentation de cette puissance toute juvénile. Les cassandres de la croissance chinoise auront-ils plus d’arguments après ces jeux ?

Pékin 2008 fera t-il rêver les peuples ? Ce seront bien sûr les jeux les plus regardés de l’histoire, les chinois étant de grands consommateurs d’événements télévisuels sportifs, mais 2008 sera-t-il l’événement véritablement marquant le bouleversement de la tectonique des plaques géopolitiques ?

18.05.2008

Nous sommes tous sichuanais

2a9e19eff978d9be82f09b0e09c0fb29.jpgLe chiffre du nombre de morts ou de disparus dans le Sichuan atteint l’incalculable, sans doute proche des 50000.

Les commentateurs ne peuvent plus commenter, la flamme ne peut plus enflammer les foules, les drapeaux en berne et les têtes baissées.

J’ai vécu dans cette magnifique région du Sichuan des moments inoubliables avec une population attachante, à l’accent inimitable, à la fondue épicée et aux sourires chaleureux. A mes anciens collègues de l’université du Sud-Ouest qui dorment sous des tentes, mes pensées vont vers vous, vers vos familles, les enfants qui ont perdu leurs mères et les mères qui ont perdu leurs enfants.

Après la période de deuil, va commencer la période de reconstruction, avec l’aide des étrangers. Pas seulement l’aide humanitaire ou financière accordée par les entreprises internationales (dont les françaises) mais aussi l’aide par exemple des experts internationaux pour superviser les contrôles des centrales nucléaires dans la région par exemple.

Une autre forme d’aide est celle venue des portefeuilles chinois eux-mêmes, un geste de solidarité d’une ampleur jamais égalée auparavant. Plus d’un milliard de Yuans ont été collecté à ce jour, somme historique car pour l’instant l’Etat a toujours proclamé qu’il saurait s’occuper de ses citoyens du berceau au tombeau. Les organisations qui ne dépendent pas de l’Etat sont encore extrêmement rares, même les œuvres de charité.

Ces donations sont le signe que ces chinois de la classe moyenne deviennent plus aisés car on ne peut pas donner ce que l’on a pas mais aussi qu’ils cultivent désormais une certaine indépendance d’esprit, avec plus de confiance dans les actions qu’ils peuvent soutenir ou dans les opinions qu’ils peuvent exprimer. C’est aussi le signe que les nouvelles sont un peu moins contrôlées par l’appareil étatique. Ainsi les images, d’une violence assourdissante, ont fait le tour de la Chine, heurtant les esprits et choquant les consciences. Un véritable traumatisme national qui éclipse la grand-messe populaire autour des Jeux Olympiques.

Le problème est donc l’institutionnalisation de l’aide apportée à la belle région du Sichuan : il n’y a pas d’organisation non gouvernementale en Chine, et mêmes les ONG étrangères doivent travailler de concert avec le gouvernement. Les vraies ONG ont pourtant plus d’expérience dans la collecte de fonds et dans sa redistribution. Le fait est que le peuple chinois croit en son gouvernement et à son habilité à gérer la crise, les images de Wen Jiaobao au chevet des victimes en témoignent.

Que faire ensuite de ce sentiment nationaliste, sorte de sursaut populaire pour sortir de la crise, montrer au monde qu’ils savent être assez résilients pour survivre à un trauma aussi fort ? Certains craignent que ce sentiment généreux ne se transforme en force belligérante, surtout après l’épisode de la flamme. Mais le fait que l’aide internationale soit acceptée, montrant la voie à la junte birmane par la même occasion est un signe fort d’ouverture.

Il reste encore 6 mois à la Chine pour que cette année 2008 ne soit pas une année désastreuse, sorte d’écho à 1976, au tremblement de terre de Tangshan et à la mort de Mao deux mois plus tard. La gestion de l’après tremblement de terre, la coordination de l’effort national et de l’aide internationale en est la première étape. D’ores et déjà, la première semaine d’après crise nous montre que les temps ont changé. En 1976, le gouvernement avait caché l’événement pendant des mois.







Info pratique pour les donations:

Red Cross has the account for Sichuan earthquake. We can remit money to the account.
Two accounts for online donation.:/www.crcf.org.cn

1.The number is 800100921908091001.
The account name is 中国红十字基金会(China Red Cross Fund)
Bank : 中国银行北京分行 Bank of China

2. The number is 0200001019014483874.
The account name is 中国红十字基金会(China Red Cross Fund)
Bank : 中国工商银行北京东四南支行 ICBC

Also if you are too busy : you can do it with a SMS
we can donate money through our mobile!
Write 1 or 2 (1 for 1yuan, 2 for 2yuan) and send the message to 1069999301.

The Red Cross hotline :010-65139999、64027620.

21.02.2008

Le Junzi

Le JunZi 君子 est un terme remontant à Confucius, sorte d’équivalent chinois de notre honnête homme français ou du gentleman britannique, une personne qui cherche à s’améliorer sans cesse, en étant plus vertueux pour devenir une personne exemplaire.

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Comment comprendre que le concept de démocratie, qui peut être compris comme la poursuite de l’idéal de l’honnête homme n’a pas eu autant de succès populaire et ne suscite toujours pas le ralliement de la large majorité des peuples asiatiques sous influence confucéenne ? Le confucianisme dans son cœur est-il vraiment autocratique et autoritaire comme le proclame les gouvernements asiatiques ?

Regardons par exemple comment le concept de décentralisation est perçue par la philosophie chinoise. La société idéale est un agrégat de petites communautés, et chacune de ces communautés est composée par des personnes qui se gouvernent elles-mêmes de façon rituelle. Le gouvernement idéal n’est donc pas une bureaucratie centralisée mais des gouvernements autonomes sans aucune coercition entre eux, seulement des contrôles volontaires et des participations dans des activités sociales. Le leadership est aussi assuré par une persuasion rationnelle et émotionnelle proche de l’éloquence du sophisme, loin de l’utilisation à outrance de juridictions absconses.

Il n’a jamais été du projet de Confucius de construire une politique paternaliste laissant dans la plus noire des ignorances les gens du peuple. Démocratie et confucianisme ne sont donc pas incompatibles : le même idéal politique de communautés qui s’autorégulent et qui cultivent l’idéal de l’éducation continue, idéal culturel de poursuite d’une société moins violente et idéal de construction de citoyens modèle type JunZi. Non la démocratie n’est pas si loin du confucianisme finalement. Certes, c’est un concept importé de l’occident mais le dialogue des cultures prend ici tout son sens.

Alors pourquoi les Etats se réclamant du confucianisme n’ont-ils jamais pu exprimer l’idéal démocratique originel du Maître en écrivant anachroniquement. Ces idéaux sont aussi ceux de Kant, des philosophes de Lumières, des encyclopédistes qui ont nourri les imaginaires des révolutions française et américaine.
Nietzsche dit : "L’Etat est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : “Moi l’Etat, je suis le peuple”. Nietzsche redonnerait-il des couleurs aux vraies valeurs de KongZi ?

16.02.2008

Ce que la neige nous apprend,

Celui qui marche dans la neige ne peut cacher son passage nous apprend le proverbe. L’hiver a été particulièrement rude en Chine, surtout en Chine du Sud, qui n’est pas habituée à des températures et des conditions climatiques dignes de latitudes plus pékinoises. La météo extrême a provoqué d’innombrables coupures d’électricité, d’eau, d’informations et a paralysé routes, rails et tout moyen de communication à travers le pays, plus particulièrement dans le Hunan et la province de Guizhou. Le conseil d’état estime à environ 5 milliards d’euros les dégâts causés par les tempêtes dans 19 provinces et affectant plus de 100 millions de personnes.

A force de décrire ces événements climatiques comme étant rarissimes, uniques dans l’histoire récente du pays, comme l’ont été les inondations et les sécheresses auparavant, le rare perd de sa rareté. Alors que le changement climatique nous laisse présager que l’improbable devienne notre lot quotidien, le gouvernement ne doit-il pas savoir gérer des situations de crise comme celles-ci ?

La neige a découvert plus qu’elle n’a recouvré, découverte au grand jour de maux dont la Chine souffre de n’être guérie : le social et le structurel.

Sociaux par le développement économique abyssalement inégal entre les régions, le problème du HuKou, sorte d’état civil inique et qui empêche les travailleurs migrants de mettre leurs enfants à l’école de Pékin ou de Shanghai. Structurels car la plus grande migration annuelle du monde entraîne une hérésie logistique qui devient insoutenable mais qui révèle surtout la puissance des idées traditionnelles chinoises. Ces vacances sont les seules pour les travailleurs migrants qui reviennent dans leurs régions natales pour les festivités et pour pouvoir profiter de leurs familles quelques jours.

b820e8e5fff813a8830337889033e1ec.jpgCes vacances sont plus que des vacances pour les migrants, c’est un pèlerinage. C’est un pèlerinage à travers la neige et le vent glacé pour fuir la misère et la discrimination des villes. Ces travailleurs forment le socle sociétal chinois et sont bafoués dans leurs droits. Alors bien sûr, les leaders sont allés sur le terrain, Wen JiaoBao en tête de cortège et il a fait preuve d’un courage politique sans précédent en prononçant des excuses publiques face au constat plus qu’alarmant de la situation. Mais cette situation a aussi été empirée par la lenteur de la réaction des autorités, par l’inertie d’un système trop centralisé et qui manque de transparence. Les rapports officiels exagérément positifs n’ont pas tenu informés à temps la population inquiète.

Le business environnemental aura beau changé, Bill Gates aura beau créer Peony Capital, nouvelle agence de trading de carbone, qui prévoit de racheter 10 millions de tonnes de réduction d’émissions de carbone d’ici 2012, les initiatives privées ne suffiront pas pour alléger la vie de ceux qui vont souffrir le plus du changement climatique.

13.02.2008

Enseignement du chinois

Un des savoirs les plus importants est, dans le monde d’aujourd’hui plus que jamais, celui de la maîtrise des langues. Stendhal disait que le premier instrument de génie d’un peuple est sa langue. Il tient parfois du génie de la patience d’apprendre la langue du peuple chinois.

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Aujourd’hui en France, le mandarin est la langue la plus en progression, arrivant à la 5ème place des langues les plus étudiées. On pourrait aligner des chiffres qui reflèteraient mal la réalité du niveau que les français vont atteindre dans la langue quand on constate notre retard dans la pratique orale de l’anglais mais force est de constater toutefois que le mandarin a le vent en poupe et que plus de 30 millions d’étrangers qui l’étudient. Les autorités chinoises espèrent même faire progresser ce chiffre jusqu’à l’objectif de 100 millions d’ici 2010.

Dans quelques dizaines d’années, lorsque la Chine aura dépassé les Etats-Unis économiquement et dictera sa loi au moins régionalement, si ce n’est mondialement, les occidentaux ayant fait l’effort d’apprendre le chinois seront-ils récompensés ?

Selon The Economist dans un papier qui a le mérite de susciter le débat, la réponse est négative. Pour le magazine britannique, à part si le système global d’échelle de valeurs des langues change, ce qui est peu probable, le mandarin ne sera jamais pratiqué comme une langue des affaires. On estime que la maîtrise du mandarin à un niveau opérationnel prend quatre fois plus de temps pour un occidental que l’apprentissage d’une autre langue étrangère européenne.

A Centrale, nous étions 60 à 70 en première année à choisir cette langue, en dernière année, restaient 3 élèves qui pouvaient prétendre parler de façon correcte pour pouvoir être autonome dans le pays. Les personnes qui ont atteint un niveau 6, c'est-à-dire maximal lors du HSK, test équivalent mandarin du Toefl ou Toeic anglais, ont en moyenne passé 3 ans à étudier à plein temps le chinois sur place.

Ken Caroll, le génial entrepreneur qui est en train d’inventer un nouveau business model et de réinventer l’apprentissage des langues avec son ChinesePod et son SpanishSense s’est indigné du parti pris de l’article : il convient de nuancer les deux perceptions de l’utilité de l’apprentissage de cette langue.

Il existe deux Chines des étrangers :

La Chine des étudiants occidentaux (ou coréens, japonais) qui ont le temps de passer de longues heures à étudier la langue de Confucius, soit à plein temps, soit au moins quelques dizaines d’heures par semaine, sur place en sirotant un thé vert du côté du quartier étudiant de Pékin.

La Chine des managers expatriés, qui, même s’ ils s’installent parfois de façon durable dans le pays, peuplant les lycées internationaux de bébés joint-venture n’ont ni le temps ni l’envie de se consacrer pleinement à l’apprentissage de la langue puisqu’il bénéficie soit d’un service de traduction dans l’entreprise ou de managers chinois qui parlent de plus en plus l’anglais (tant bien que mal).

On se rend compte donc que l’investissement est long et tient parfois du sacerdoce. Au-delà de son utilité dans le monde économique et des affaires, l’apprentissage d’une langue construite à travers des millénaires d’histoire est un formidable moyen de faire dialoguer les cultures, de mieux comprendre sa propre langue en travaillant sur un système linguistique complètement hermétique au système indo-européen. Langue qui s’est construire hors de tous nos repères, elle devient un point d’ancrage culturel incontournable si l’on veut aborder l’empire du milieu avec patience et humilité.

Comment comprendre la conceptualisation des idées de transformation, de création lorsqu’on n’est pas passé à l’épreuve du sinogramme, fruit d’une longue gestation de générations de penseurs chinois ? Apprendre un sinogramme, c’est apprendre son histoire, c’est aborder un concept et c’est déjà mieux comprendre l’autre, celui qui voit le concept de la vérité autrement, celui qui cultive la contradiction à nos yeux mais pour qui le comportement relève bien souvent du culturel.

Apprendre le mandarin, oui, mais avec un niveau d’exigence et de discipline très élevé, ou bien on aura manqué l’essence même de cette langue.

03.02.2008

Lust Caution 色戒

Rupert Murdoch, le magnat de la presse australien, n’a jamais dénié qu’il avait perdu des millions en Chine mais qu’il avait gagné une femme. Il n’est pas le seul à avoir fermé les yeux un moment sur la raison pour se laisser emporter dans les passions inspirées de sa femme Wendi Deng.

« Lust, Caution » est une histoire brève, écrite par Eileen Chang (Zhang Ailing张爱玲), une écrivaine née à Shanghai en 1920. Chang était à l’université de Hong Kong de 1939 à 1941, étudiante en littérature. Alors que l’invasion japonaise avançait vers Hong Kong, Chang arrêta ses études un temps pour se consacrer à une vibrante carrière artistique dans le Shanghai occupé alors par les japonais. En quelques années, elle devint une écrivaine de talent reconnue pour ses nouvelles, ses histoires courtes et ses essais.

Eileen Chang fut comparée aux plus grandes, Eudora Welty ou Katherine Mansfield, et fut considérée comme l’un des seuls écrivains chinois pouvant espérer concourir au prix Nobel de Littérature.

L’écriture de Chang est directe et explicite, ses choix de mots sont toujours aigus et sensuels, ses sujets, contemporains. Considérée comme une progressiste au sens américain du terme en son temps, elle s’est beaucoup inspirée de la dichotomie des cultures asiatiques et occidentales, de la tension tradition - modernité, et inévitablement des relations entre hommes et femmes, entre l’amour et la trahison.

Lust, Caution est une histoire cinglante qui glorifie son style et recouvre tous ses sujets de prédilection.

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Le film, sorti en fin d’année dernière, bénéficie de la vision chinoise du directeur Ang Lee qui peut comprendre les versions originales de Zhang Ailing, ayant lui aussi suivi un parcours tout d’abord en Chine (Taiwan) puis aux Etats-Unis.

Le film est une atmosphère, un Shanghai déchiré, une femme et une relation dans toute sa complexité entre la candeur et la naïveté du mouvement de résistance de ces étudiants et l’obsessive montée en puissance de la relation avec le collaborateur à la botte des japonais. Certes le livre aurait sans doute eut donné raison à un film plus tassé qui s’emporte en un suspens tel qu’on le ressent dans la version écrite mais la magie d’Ang Lee est de véhiculer les émotions antinomiques de Wang JiaZhi alias Ms Mak et la prestation de Tang Wei est bouleversante. Parfois la raison se fait faculté moyenne, et c’est alors que le sentiment, dans sa dimension divine, voltige et plane sur les ailes de l’amour.

A 77 ans, Rupert ne regrette sans doute pas d’avoir perdu les millions pour y avoir gagné une aventure : Wendi Deng/Wang JiaZhi, même pouvoir du lust ?

31.01.2008

Confucianisme et croissance

Une des façons soit de rassurer, soit de critiquer gratuitement, soit de vouloir placer un bon mot en société après avoir passé quelque temps en Asie consiste à attaquer le soi-disant point faible des asiatiques, et de la communauté chinoise en particulier, à savoir le manque apparent de créativité. Voici rapporté d’une conférence de l’Insead un dialogue éclairant ce débat :

Un journaliste du Financial Times à Lee Kuan Yew, minister mentor de Singapour, père spirituel et politique de la cité-état :

Vous avez soutenu que la cohésion sociale était le facteur clé de succès de Singapour, mais il existe un autre point de vue qui soutient que Singapour est devenue une société conformiste. Les entrepreneurs ici m’ont rapporté que les Singapouriens étaient très bien éduqués, mais d’un autre côté, qu’ils manquaient de prise d’initiative et avaient peur de prendre la parole. Etant donné que Singapour veut devenir une société de la connaissance, et que pour cela vous avez besoin de gens créatifs, qui remettent en question le système, pensez vous que c’est un sérieux problème pour Singapour ?

LKY de répondre : C’est une vision classique d’occidental.

Si nous n’étions pas des gens créatifs, pensez vous que nous serions là à converser lors d’une conférence de l’Insead ? Pensez-vous que nos universités seraient placées dans le top 50 mondial ? Pensez vous que nous serions classés selon The Economist, et d’après une étude McKinsey parmi les cinq états les plus efficaces en matière d’éducation ?

En Corée du Sud, ils choisissent parmi les étudiants à l’université formant les futurs professeurs le top 5% pour devenir professeur des écoles. Nous faisons la même chose. Il y a 50 ans, nous avons visité tous les pays qui réussissaient leur intégration scolaire et nous avons pris le meilleur de chacun pour former un modèle qui nous convenait. Aujourd’hui, nos universités sont classées parmi les premières au monde. Non, je ne crois pas que vous pouvez dessiner des stéréotypes aussi facilement, si nous étions stupides, le prestigieux Financial Times ne serait pas venu nous poser cette question.

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Proposition n°1 de Jacques Attali: Améliorer la formation des éducateurs de crèche.

21.01.2008

Sur la diversité

Frank Brown, dean de l’Insead raconte que sa faculté travaille sur le concept de la diversité et de son impact sur l’innovation. L’adage managérial veut que la diversité engendre la créativité.

Une expérience amusante vient illustrer cette belle idée, parfois un peu malmenée dans sa crédibilité par des discours RH creux.

Si vous demandez à des innovateurs, travaillant dans tout secteur d’activités, de renseigner une liste de personnes qu’ils contacteraient s’ils devaient résoudre un problème de business rapidement, alors vous verrez apparaitre parmi ces contacts des profils bien différents en terme d’âge, de genre, de personnalités, de nationalités, de culture par rapport à l’innovateur qui les aurait sollicité.

Alain disait que tout homme persécute s’il ne peut convertir, mais la culture remédie à ce vice et rend la diversité adorable. Car un simple agrégat de cultures ne se transformera pas par magie en un campus centre d’innovation, il faut du temps, un objectif commun, du team building pour que le groupe voit grandir en lui ce sentiment d’appartenance et puisse travailler ensemble, en respectant les idées de chacun.

Maintenant, regardons en face une des questions les plus complexes à résoudre pour les managers face à la mondialisation : comment trouver l’équilibre entre les économies d’échelles que l’on peut lever en globalisant les activités et la réactivité à avoir pour savoir répondre aux marchés locaux. Carlyle le résume dans sa motto : Global Vision, Local Insight.

La réponse la plus logique face à ce constat serait de développer des opérations à l’échelle globale afin de favoriser l’innovation en confrontant les idées, en regroupant les forces vives. Comment alors résoudre les problèmes locaux spécifiques à un marché ?

Pankaj Ghemawat propose une méthode d’arbitrage originale appelée le triangle AAA pour Adaptation, Agregat, Arbitrage.

La méthode Adaptation doit exploiter les ressources localement tout en essayant de profiter d’un maximum d’économie d’échelle. L’Agrégation tend à maximiser les échelles et les portées des projets à travers la standardisation internationale. Quant à l’Arbitrage, cette stratégie recommande la spécialisation internationale, par fonction, à travers des collaborations verticales ou internationales.

Pour prendre quelques exemples et concrétiser ces concepts, une supply chain devra être optimisée globalement, tout en alignant localement la production au plus juste, certains projets R&D sont développés globalement alors que des recherches restent cantonnées dans une certaine région, marketing et standards obligent. La stratégie sera modulaire, flexible, décentralisée, collaborative dans le premier cas, fonctionnelle, orientée client, par compétence dans le second cas et culturelle, économique, géographique, administrative dans la troisième proposition.

Espérons seulement que certaines erreurs pourront être évitées comme cette campagne de publicité désastreuse en illustration.

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Faut-il le rappeler, ne pas écrire dans un email de proposition de collaboration sur une ligne que l’on respecte la culture chinoise et dans la ligne suivante que le Tibet est un pays indépendant (chose vue).

18.01.2008

Relire SunZi

Maître Sun a dit :

La guerre est la grande affaire des nations : elle est le lieu où se décident la vie et la mort ; elle est la voie de la survie ou de la disparition. On ne saurait la traiter à la légère.

La guerre est subordonnée à cinq facteurs ; ils doivent être pris en compte dans les calculs afin de déterminer avec exactitude la balance des forces.

Le premier est la vertu, le second est le climat, le troisième la topographie, le quatrième le commandement, le cinquième l’organisation.

La vertu est ce qui assure la cohésion entre supérieurs et inférieurs, et incite ces derniers à accompagner leur chef dans la mort comme dans la vie, sans crainte du danger.

Le climat et déterminé par l’alternance de l’ombre et de la lumière, du chaud et du froid ainsi que parle cycle des saisons.

La topographie comprend : les distances et la nature du terrain, lequel peut-être accidenté ou plat, large ou resserré, propice ou néfaste.

Le commandement dépend de la perspicacité, de l’impartialité, de l’humanité, de la résolution et de la sévérité du général.

Par organisation, il faut entendre la discipline, la hiérarchie et la logistique.



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Les choix sont plus nous que nous, le choix c’est la responsabilité mais l’expérience la plus abrupte de la liberté, le choix c’est l’engagement mais c’est aussi l’expression de ce que l’on est vraiment.

09.01.2008

Brider votre ADN corporate

Depuis que les grandes entreprises sont dans la course aux compétences qui vont faire d’elles des grands leadeurs globaux, elles ont cessé de se voir comme des entités destinées à fournir des gammes de produits à délivrer aux populations. C’est ainsi qu’elles essayent, pour les meilleures d’entres elles à incorporer dans leur ADN, des compétences internationales, nécessaires à l’internationalisation.

Parler en langage génétique n’est pas anodin car la ville la plus globalisée est sans doute Singapour et là bas on croit aux vertus de l’eugénisme mais c’est un autre débat.

Parmi les firmes globalisées, certaines parlent chinois, certaines parlent culture chinoise couramment, certaines voudraient comprendre le chinois, certaines restent sourdes à la bourrasque des 10% de croissance à 10 000 km de Paris.

Honda maîtrise la compétence core, la compétence clé de la motorisation et c’est ce qui lui donne un avantage compétitif dans de nombreux business : moto, voiture mais aussi matériel d’entretien du jardin et générateurs de puissance.

L’entreprise qui intègrera la compétence core CCF : China Culture Fluent aura le moteur de l’avantage compétitif sur ce marché. C’est indispensable. Selon le très bon livre China CEO, de la CEIBS (China Europe International Business School), ces compétences sont au nombre de cinq :

L’humilité, la force, la patience, la rapidité, la faculté à construire un réseau.

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L’humilité pour éviter un style néocolonialiste, inspirer et coacher les employés chinois sont les bonnes pratiques mises en valeur selon Fernandez et Underwood.

La force pour défendre les valeurs et la culture de l’entreprise (vision corporate à opposer à une vision culturelle)

La patience car le YiBuYiBu (pas après pas) est un des moyens les plus efficaces pour arriver à ses fins.

La vitesse, parce qu’il faut être flexible et réactif à outrance aux environnements concurrentiels et judiciaires si fluctuants.

Le Guanxi, évidemment, pas seulement en interne mais aussi avec l’externe, les clients, les fournisseurs, le gouvernement. Le lobbying comme sport national.

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