20.07.2008
Sur la compétitivité chinoise
On a récemment attiré mon attention sur le niveau de compétitivité de la Chine suite à des articles de presse faisant état d’une baisse de l’attractivité des manufacturiers pour l’empire du milieu due aux pressions inflationnistes et à la hausse des coûts de main d’œuvre.
Tout d’abord, les coûts de main d’œuvre en Chine sont encore loin de ceux observés dans les autres pays-dragons du sud-est asiatique, et on ne parle même pas de ceux pratiqués en Europe occidentale ou aux Etats-Unis. Même dans les trois plus grandes villes chinoises, le salaire moyen est encore 7 fois inférieur au salaire moyen coréen pour prendre un exemple comparable.
D’autre part, la seconde raison pour laquelle les prix sont bas en Chine, à savoir l’intense compétition intérieure est toujours aussi féroce, avec de nouveaux entrants qui viennent défier les acteurs existants dans des industries majoritairement fragmentées.
Il est vrai pourtant que l’inflation a atteint des records ces derniers temps et que le RMB s’est apprécié de manière substantielle depuis le début de l’année. Mais la hausse du coût des matières premières affectent toutes les économies, et donc ne vient pas contrecarrer la compétitivité chinoise. De plus les salaires augmentent mais la hausse de la productivité est concomitante, avec par exemple, l’implémentation des bonnes pratiques de lean manufacturing ou le management au plus près des fournisseurs chinois après les épisodes Mattel.
Enfin un Yuan fort veut dire que les chinois achètent leurs matières premières, pétrole ou matières issues du pétrole à moindre frais. Ceci venant contrebalancer les effets néfastes sur la compétitivité des produits destinés à l’exportation. C’est aussi un signe fort que le pays veut se tourner vers sa consommation intérieure.
Malgré une appréciation du RMB de 20%, les exportations vers les Etats-Unis ont augmentées depuis mi-2005.
De manière plus générale, les données purement économiques ne sont pas les seules raisons pour lesquelles les compagnies se sont installées en Chine et vont y rester. A ceux qui vous diront que le Vietnam ou la Malaisie est la nouvelle Chine, il faut rappeler que la population du Vietnam représente 7% de celle de la Chine et qu’il faut atteindre un certain degré de sophistication pour pouvoir outsourcer dans un secteur comme celui de l’automobile par exemple. La Chine a appris de ces joint-ventures et a réussi à développer des infrastructures qui rendent l’environnement business extrêmement porteur.

Attention toutefois à toujours garder un œil sur le management des contrats avec les partenaires chinois qui doivent faire face à ces pressions économiques externes. La culture du ChengBao承包 (terme pour contracter une mission, un ordre, une série d’articles à produire) est répandue, et la sous-traitance vous fera perdre de vue le véritable producteur final de vos produits.
A ce sujet, l’anecdote parfois met la lumière sur des pratiques que certains qualifieront de culturelles.
Parfois, en louant une voiture avec chauffeur en Chine, vous vous mettez d’accord sur un prix de 400 RMB à demander au conducteur, et c’est à ce moment qu’il se passe une chose étrange qui vous emmène d’un taxi à un autre alors que le premier conducteur demande au second de vous conduire pour 300.
Pour la production, c’est la même chose et donc la pratique de la transaction doit être monitorée d’aussi près que le clauses de contrat sur les taux de change ou sur le prix des matières première de base. Il arrive que la macro et la micro-économie fassent bon ménage.
09:15 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, chine, compétitivité, coût de main d'oeuvre, monnaie
14.07.2008
Investir dans la majorité
Les innovations dans les technologies de l’information et des communications ne sont pas seulement destinées aux early-adopters, férus de haute technologie, adeptes de la dernière trouvaille géniale de Steve Jobs et recherchant la dernière façon de personnaliser son portable.
La technologie peut aussi améliorer la vie de dizaines de millions de personnes qui sont bien loin des considérations des dix millions de personnes qui achèteront le nouvel iphone 3G d’ici la fin de l’année.
Car l’usage du mobile peut rendre les activités de la microfinance plus rapides, impliquant moins d’acteurs avec moins d’étapes et donc à moindre frais. Ainsi les banques rurales peuvent consacrer plus de temps à développer de nouveaux produits et services, explorant la base client et lançant de nouvelles propositions de valeur.
C’est en 2004 qu’un opérateur téléphonique aux Philippines lança son service G-cash permettant à travers une technologie basée sur le SMS de proposer des services financiers basiques au plus grand nombre, dans des régions où le réseau d’agences bancaires ou de distributeurs de billet fait cruellement défaut. Un envoi de SMS avec le numéro du destinataire, un code et le montant d’argent à transférer, et la transaction est faite. Soit en passant par de l’e-money, sorte de monnaie virtuelle que peut manager un opérateur téléphonique, soit en transférant de l’argent réel lorsque les banques sont dans la boucle.
La monnaie électronique, selon la définition du Comité de Bâle, est « une valeur stockée ou un produit prépayé pour lesquels un enregistrement de la valeur ou des fonds accessibles au client à des fins diverses est conservé sur un appareil électronique en possession du client »
De la même manière, en Afrique du Sud, au Kenya, au Brésil et en Inde, de tels services sont disponibles et proposent transferts d’argents, crédit à la consommation, relevés de compte, achats, paiements de factures, prêts de petits montants, etc. Bref le minimum du service bancaire.
Avec 750 millions de personnes vivants encore à la campagne et 530 distributeurs de cash par millions de personnes à comparer à plus de 10 000 pour les Etats-Unis, la Chine est sans aucun doute un marché idéal pour cette nouvelle forme de service financier. Alors que l’installation de nouveaux ATM coûte cher et prend du temps, cette solution de passage par le tuyau China Telecom (le leader incontestable de la télécommunication en Chine) semble être judicieuse.
La Corée et le Japon ont déjà développé des solutions pour le paiement par mobile avec une puce élaborée et la technologie NFC de transmission de données sans contact, on peut d’ores et déjà utiliser son portable comme une carte de crédit, un pass pour les transports, un billet d’avion ou une place de théâtre tout en se servant d’une boisson au distributeur du coin ou s’acheter son snack préféré au 7-11.
Mais mettre en place le réseau de terminaux de paiement électronique est là encore trop onéreux donc la technologie basée sur le SMS est la plus facile et évite d’éduquer encore une fois le consommateur à une nouvelle technologie disruptive. Une façon aussi de fidéliser sa clientèle pour une banque, de diversifier ses activités pour un opérateur de télécommunication ou d’accroître sa base client.
En faisant travailler ensemble opérateurs téléphoniques, régulateurs, banquiers et marchands, la Chine peut accroître la part des transferts d’argent des populations rurales et faire que l’ouvrier venus de l’ouest chinois et travaillant sur les chantiers de Pékin puissent transférer en toute quiétude la moitié de son salaire à sa famille à Lanzhou.
Dans le monde, 3 milliards d’être humains possèdent un mobile. Seulement 1 milliard possèdent un compte bancaire.
18:40 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : microfinance, services financiers, mobile payment, mobile banking
22.06.2008
Bulle Verte
Un pays qui commence à moins se reposer sur ces ressources pétrolières, se réveille et commence à se diversifier.
Il se diversifie dans le tourisme, secteur où une quelconque xénophobie n’a pas sa place; dans les services financiers, ce qui entraîne l’émergence de la culture de la transparence ; dans l’éducation et les médias enfin, ce qui requiert l’accès à l’information pour tous.
Un pays qui commence à ne plus recevoir de pétrole, commence à collaborer.
C’est sans doute la réponse la plus adaptée, certes non satisfaisante sur le court terme, aux routes et aux ports européens bloqués. Puisque pour la première fois de l’histoire moderne, le développement économique se fera sous contraintes, il faudra donc collaborer dans un monde où les Etats ne sont pas en compétition les uns avec les autres mais où les multinationales le sont. La collaboration sera nécessaire pour savoir utiliser au plus juste les quatre éléments fondamentaux du 21ème siècle : l’atome, l’eau et le remplacement inéluctable du pétrole par la source d’énergie la plus démocratique qu’il soit, le soleil.
C’est ainsi que l’on pourra sortir des conflits jumeaux de la dépendance des pays acheteurs de pétrole envers une poignée de pays instables et parfois hostiles couplée au défi que pose la pollution générée par l’addiction au pétrole.
C’est ainsi que la 5ème révolution industrielle a déjà commencé pour certains, pour ceux qui embaucheront les « green collars » de demain.
Les quatre révolutions industrielles nous ont apporté successivement la vapeur, l’industrialisation, le train et les journaux puis l’électricité, les lignes d’assemblage, les voitures et la radio; la troisième les nouveaux matériaux, les avions, la supply chain et la télévision et cette dernière décennie l’informatique, le village global, la logistique mondialisée et l’internet.
Que nous apportera la cinquième révolution ? Sans doute le bouleversement disruptif de deux secteurs qui pèsent chacun plus de mille milliards de dollars chacun : le secteur des transports et celui de l’énergie. Le choc aura au moins la même résonance que celui qu’a eu Internet dans nos vies quotidiennes. La bulle verte ne fait que commencer.
A 140 dollars le baril, le seuil de douleur est déjà atteint pour le secteur de l’aéronautique. Nous savons déjà que le paysage concurrentiel des compagnies aériennes sera totalement bouleversé d’ici 5 ans. Les cycles se raccourcissent et seuls les meilleurs dans la modération énergétique survivront.
En fin de cette semaine, la Chine a annoncé une augmentation du prix de l’essence de 17%. C’est le début de la fin du soutien des gouvernements des pays en émergence à l’achat de combustibles fossiles.
Dans le domaine de l’automobile, puisque les biofuels de première génération sont éthiquement inacceptables lorsqu’ils sont en compétition avec les cultures destinées à nourrir les populations, puisque l’hydrogène n’est pas encore au point car trop onéreux et ne résout pas le problème du stockage d’énergie, la solution à moyen terme est l’électrique. En écrivant un peu de science fiction julesvernique, on imagine d’ores et déjà des voitures hybrides à dominante électrique ou tout électrique qui peuvent se connecter au réseau local. C’est ici, dans votre garage ou sur la voirie du Paris de 2012 que deux mondes se connecteront.
Ce sera tout d’abord une réinvention technique, une voiture électrique avec une réserve d’énergie sous le capot permet par exemple de résoudre le problème du stockage des énergies intermittentes. Ce qui est intéressant avec les énergies renouvelables type solaire et éolien est le fait qu’elles peuvent se concevoir à petite comme à très grande échelle. La maison de demain aura sans doute un bilan énergétique proche de la neutralité suivant la localisation géographique, voire un bilan énergétique positif, c'est-à-dire qu’elle saura produire de l’énergie de façon autonome grâce à des panneaux solaires ou des mini éoliennes, soutenues par la géothermie, une meilleure isolation et d’autres solutions ayant un impact économique et écologique positif. Or, le problème avec les énergies renouvelables est leur caractère intermittent, qui est ici résolu par l’utilisation de solution de stockage d’énergie.
Si le réseau électrique veut devenir intelligent, il lui faudra un cerveau, un nouvel opérateur qui devra voir le jour, l’ERGO pour Energy Recharge Grid Operator et saura faire l’adéquation charge-capacité, réduire les pertes sur le réseau, savoir répondre aux pics de charge, résoudre les black-out californien, savoir comment utiliser l’énergie nocturne des centrales nucléaires françaises, etc.
Une fois l’infrastructure mise en place, les économies d’échelles suivront, la nouvelle loi de Moore ne mesurera plus la croissance des capacités de calculs des microprocesseurs mais la croissance de densité énergétique et la baisse des prix au KWh des moyens de stockage d’énergie. On vendra l’électron comme l’on vend le paquet d’information.
La nouvelle stratégie ne délimitera plus les cultures entre le monde de l’énergie/utilité et celui de la voiture/commodité. Pour rendre l’offre attractive et proposer de la valeur tangible au consommateur, on vendra demain des voitures comme l’on vend aujourd’hui des portables en chargeant un abonnement pour posséder un véhicule mais aussi pour avoir l’accès à l’infrastructure de charge. On ne pourra pas recharger son véhicule quand l’on veut, à part lorsque l’on voudra bien payer un peu plus que le tarif habituel, mais c’est bien l’opérateur ERGO qui arbitrera les recharges, de façon bidirectionnelle.
Pour retourner au stade géopolitique et à la tectonique des plaques géostratégiques, il faudra une Chine forte et courageuse pour entrer de plein pied dans la nouvelle économie de l’électron. La production d’électricité devra être générée par des moyens carbonement neutres. Quel rythme voudront bien adopter le géant asiatique, lui qui est passé directement dans le monde des télécommunication au cellulaire en sautant pratiquement l’étape téléphone fixe ? La force de la capacité de production chinoise sera un élément essentiel, poussée par le dirigisme de son économie et la pression de plus en plus insupportable sur l’économie et la santé de sa population de la pollution des méga-cités chinoises.
Les forces de lobbying devront être contrées par ce développement économique, forcément sous contraintes.
08:40 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : stratégie, chine, energie, économie, bulle verte
27.04.2008
Yes We Neng
Xunzi est un penseur, philosophe du temps des royaumes combattants, ayant vécu 300 ans avant notre ère, confucianiste par éducation mais qui prit le contre pied de son maître en écrivant le chapitre 性恶 (xing e) , « la nature humaine est détestable ». Dans cette partie, très argumentée, à l’image de toute son oeuvre, il présente l’homme comme étant naturellement mauvais.
Tout le monde détient le 可 (Ke), le pouvoir de devenir l’homme sage tel l’exemplaire Yu, mais peu de personnes détiennent le 能 (Neng), la capacité à atteindre l’état d’homme respectable aux deux vertus les plus importantes : le 仁(ren) et le 義 (yi), la bienveillance et la probité.
Près de 1900 ans avant Hobbes, Xunzi invente le concept d’homme loup pour l’homme.
Allant plus loin dans l’analyse, Xunzi, cette fois ci dans la lignée des aphorismes de Confucius, développe l’idée de l’environnement de l’humain, facteur le plus important du développement de l’individu. Un homme deviendra mauvais à côtoyer des gens de petites vertus, telle est la triste vérité. Et ainsi, Xunzi invente le concept de terreau social, bien avant Durkheim pourrait-on dire.
Enfin, Xunzi met bien l’accent sur la capacité du 能, le sinogramme du pouvoir, de la volonté, qui prend toute son épaisseur sémantique à cette époque, 2300 ans avant le Yes We Can d’Obama.
Le sens de la volonté et de la coopération n’a jamais été aussi important pour des peuples occidentaux et chinois qui doivent se comprendre pour faire face aux challenges du 21ème siècle et travaillez ensemble. Prenez le grand bond en avant pour construire l’économie moins carbonée de demain : c’est en opérant des transferts de technologie et en investissant dans les projets clés liés à l’économie d’énergie que le développement des industries vertes pourra se concrétiser.
Les plus belles technologies de piégeage de carbone ne pourront pas atteindre leur seuil d’efficacité si les chinois ne peuvent pas en profiter. De l’autre côté, les zones économiques spéciales, sorte de terrain expérimental et principe qui a fait ses preuves en Chine trouveront de nouveaux défis à relever avec l’instauration des zones Low Carbon pour améliorer l’efficacité énergétique des process de production.
Sur ce sujet en particulier, la Chine a encore beaucoup à apprendre, surtout lorsque l’on voit que la courbe d’intensité énergétique (Wh pour produire de la valeur ajoutée) n’est pas bien orientée : c’est ici que les européens trouveront en Chine un important marché et des projets gigantesques pour changer l’orientation de la courbe. C’est tout le sens du Neng, du vouloir, vivre ensemble, travaillez ensemble.
Alors Xunzi pourra t-il alors faire son entrée dans les programmes de philosophie des petits français ?
21:10 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : coopération, chine, occident, neng, xunzi, philosophie, stratégie
09.03.2008
Lorsque les pays ne sont plus émergents
L’expression « pays émergent » a été inventé par un économiste lors d’une conférence en Thailande en 1981 afin d’encourager les investisseurs à s’intéresser à ces pays que l’on ostracisait en les reléguant dans les sables mouvants du tiers monde.
27 ans plus tard, certains pays ne peuvent plus être désignés par cette appellation : Singapour, Taiwan et la Corée du Sud. Comment ces pays ont su attirer les investisseurs et construire des champions nationaux et pas leurs pays voisins ? L’histoire appelle à la prudence. L’Argentine était un des pays les plus riches au début du 20ème siècle, puis, après des décennies de déclin péroniste, elle était redevenue la star des années 90 jusqu’à la crise financière de 2001. De la même manière, le Liban était appelé la Suisse du Moyen Orient avant de s’enfoncer dans la guerre civile.
Peut-être que la meilleure manière de définir un pays élevé au rang de pays dit développé et donc sorti des sigles BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) ou N11 (Next Eleven pour le Bangladesh, l’Egypte, l’Indonésie, la Corée, le Mexique, le Nigéria, le Pakistan, les Philippines, la Turquie et le Vietnam) est le comportement des investisseurs à l’arrivée dans un de ces pays. L’exemple plus qu’anecdotique raconte que l’homme d’affaire aura totalement confiance dans la mise en place d’un contrat à Singapour mais qu’on ne peut dire encore que ce soit le cas en Inde ou en Chine.
Dans un livre récent, «les parrains asiatiques », Joe Studwell nous livre des éléments de réponse à la question que l’on peut légitimement se poser à la vue de la dernière étude du BCG sur les 100 compagnies les plus prometteuses venues des marchés émergents. Pourquoi seulement 5 d’entre elles seulement trouvaient leurs origines en Asie du Sud Est alors que 20 indiennes, 13 brésiliennes et 42 chinoises font partie des ces nouveaux challengers globaux ?
Pour être comptabilisée comme étant de référence mondiale, une entreprise ne doit pas seulement être bien dirigée et assez large, elle doit profiter d’une marque de valeur, de sa propre technologie de pointe et de méthodes de business innovatrices et reconnue comme tel. Studwell décrit les leaders dans ces régions comme des entreprises tentaculaires mais dépassée, de grands conglomérats sans cohérence dirigées par des managers patriarcaux et dont la seule compétence est de vivre sur les rentes d’un copinage avec les gouvernements locaux. Elles sont capables de faire de bons deals, mais pas de conduire un plan stratégique et lorsqu’elles ont besoin d’une technologie, elles l’achètent à l’étranger.
De plus, la région a ses propres handicaps, les 10 membres de l’ASEAN essayant de construire une zone économique à l’européenne n’ont que trop de mal à former des espaces d’expressions cohérents pour les entreprises. Encore aujourd’hui, il se fait plus de commerce avec l’extérieur de cette zone d’échange, en théorie libre, qu’à l’intérieur de celle-ci.

Comment alors comprendre les miracles singapouriens, coréens et taiwanais ? Comment surpasser les problèmes de corruption, les différences culturelles même à l’intérieur de pays fragmente type Indonésie pour profiter de l’étonnante richesse de cette région ? Profiter de l’incroyable culture d’hospitalité et d’un tourisme de proximité, surtout lorsque les voisins s’enrichissent sont quelques unes des opportunités de cette région, afin de construire une nouvelle Méditerranée ou de nouvelles Caraïbes de l’Asie.
20:40 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie globale, stratégie
05.03.2008
Soigner le dragon chinois
Parmi les grands défis que la Chine de demain devra relever, il en est un particulièrement sensible et complexe, celui du système de santé et de protection sociale. Ce n’est pas seulement la santé et le bien-être de 1,3 milliards de personnes qui est en jeu car l’impact de ce dossier aura des répercutions bien au-delà des frontières chinoises. Déjà, l’épisode du Sars et le combat contre le Sida sont d’une portée autre que le simple sujet national.
En 2003, la crise du Sars a causé d’importantes pertes sèches : plus de 300 milliards de yuans ponctionnés à l’économie chinoise et indirectement aux entreprises étrangères qui ont vu leurs supply chain fortement perturbées. C’est aussi le moment où le gouvernement central a pu peser de tout son poids pour mettre en place de façon relativement rapide pour un territoire aussi vaste des systèmes de contrôle drastiques, plus d’hôpitaux traitant les maladies infectieuses, plus de campagnes de sensibilisation à destination du grand public. Bien sûr, les étrangers ont participé à ces efforts d’investissement dans les services de santé chinois puisque les importations d’équipements médicaux atteignent des sommets à plus de 2 milliards d’euros par an.
De façon assez admirable et curieuse, le ministère de la santé a très rapidement avoué les faiblesses d’un système largement corrompu, au service très peu fiable avec des coûts très élevés pour très peu de qualité à proposer au contribuable chinois. La stratégie adoptée comme dans beaucoup de secteurs est celle de l’investissement massif, venu de l’étranger essentiellement. Comment soutenir des initiatives privées à l’intérieur d’un système qui se revendique socialo-communiste ? L’équilibre est difficile à trouver entre les responsabilités étatiques et les mécanismes de marché. Ainsi, l’hôpital de Suzhou a délégué de manière complète le management de son hôpital tout en conservant la propriété publique. Dans la seule région du ZheJiang, c’est déjà 60 millions de dollars qui ont été attirés par une région riche et manquant cruellement de cliniques privées. C’est alors que le mécanisme de marché fonctionne complètement, peu importe la couleur du chat comme disait le camarade Deng, pourvu que les hôpitaux voyant cette concurrence arriver, ont dû monter en qualité de service et en efficacité pour attirer les chinois qui recherchent des soins à standards internationaux.
13 000 hôpitaux recouvrent le territoire chinois dont seulement 8% sont privés, traitant 3% des patients chinois.
Lorsque l’on pense que de nouvelles maladies, des maladies de pays riches, s’invitent dans ce pays émergent, comme le diabète, le cancer du sein ou les maladies cardiovasculaires, on comprend mieux pourquoi le marché pharmaceutique est en train d’exploser de 15 à plus de 40 milliards de dollars entre 2006 et 2012.
Autres chiffres significatifs, qui donnent à entrevoir l’immensité du problème : seulement 12 médicaments atteignent des chiffres d’affaire de plus de 50 millions de dollars en 2007 et plus de 80% des traitements n’atteignent pas les 10 millions de dollars de revenus. Marché incroyablement fragmenté, qui n’exploite pas les effets d’échelles du pays.
23:25 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, santé, protection sociale, assurance maladie
10.02.2008
Celui qui frappe le premier...
Monsieur Romney, candidat malheureux à l’investiture républicaine ne veut pas voir les Etats-Unis devenir la France du 21ème siècle, une autre grande nation mais plus une nation leader. Sommes nous donc définitivement à la traîne dans la course économique mondiale puisque c'est à cette aune que se porte le jugement sévère du candidat sur la France ?
Prenons par exemple le secteur de l’acier qui se livre une bataille féroce au plus haut niveau avec une offre de rachat par BHP Billiton sur Rio Tinto de 147,5 milliards de dollars, soit le PNB d’un pays comme le Maroc, offre qui intervient après l’opération du chinois Chinalco et de l’américain Alcoa qui ont pris ensemble une participation de 12% de la compagnie pour quelques 14 milliards de dollars. Pendant ce temps, en France, le débat se porte sur l’usine de Grandange qui déclare 36 millions d'euros de pertes en 2007 (3,6% de son chiffre d'affaire), 20 millions en 2006.
Que faire lorsqu’un président va au secours d’une usine autant symbolique que désespérément condamnée alors qu’il délaisse le dossier du différend entre Aréva et Alstom ? Que faire lorsque les politiques ne trouvent pas d’autres solutions au dossier Société Générale que de préconiser que l’Etat rachète des actions ? Que faire lorsque le gouvernement annonce ouvertement que les fonds souverains sont menaçants pour l’économie française ? Sommes nous condamnés à la "protectionnite" ? Plus jamais leader sur les marchés mondiaux ?
Le monde a changé, les acteurs se sont diversifiés, les indiens rachèteront encore de l’appareil industriel européen, les fonds venus des pays exportateurs prendront des participations avisées dans nos fleurons financiers et bancaires et la réponse à ce mouvement global n’est pas de mettre en place un appareil protectif mais au contraire de s’ouvrir pour entrer dans la compétition mondiale.
39 milliards, c’est le déficit commercial français avec l’extérieur cette année. "Il est symptomatique de constater que 1% des quelque 100.000 entreprises exportatrices concentrent 70% de la valeur de la valeur de nos exportations", a relevé M. Novelli.
En effet, les parts de marché du pays sur les exportations ont chuté de 16% ces dernières années, le double du taux des Etats-Unis et le triple de celui de l’Allemagne.
Pourtant la France a des atouts pour réussir dans les pays en émergence, notamment dans l’industrie, qui représente encore près de 25% de la valeur ajoutée du pays. L’industrie qui innove et à haute valeur technologique : l’aéronautique, les semi conducteurs et l’énergie nucléaire, l’industrie à forte tradition de marques : la haute couture, les cosmétiques et autres produits de luxe, et enfin d’autres secteurs : la chimie et la génération d’électricité qui bénéficient de la masse critique du marché européen. Ces trois segments constituent 42% des emplois en France et qui seront autant de moyens pour se battre pour l’emploi.
D’autres secteurs comme l’automobile et les télécommunications font face à un défi plus grand avec une compétition internationale sur la qualité, l’innovation et le coût plus intense. Les secteurs des biens de consommations électriques sont ainsi exposés à cette compétition venue des économies en développement. Ainsi, dans ces secteurs, les français ont perdu en 13 ans 360 000 emplois et la productivité a stagné.
Une véritable politique industrielle serait donc de favoriser l’émergence de PME assez importantes pour pouvoir se battre à l’international, de mettre le focus sur les secteurs qui ont de l’avenir et entrer dans l’ère de la transition d’une économie dont la majorité des emplois sont nourris par des industries à forte valeur ajoutée.
Monsieur Romney, qui a eu la bonne idée de se retirer de la course a annoncé d’autre part que "les chinois volaient les technologies américaines et qu’il fallait renforcer les lois protectrices de la propriété intellectuelle" lors de sa campagne.
Pour qu’une nation soit leader dans le monde, il faut qu’elle soit respectée de ses alliés et partenaires. Ce n’est pas en prononçant des discours bénéfiques sur le court terme de la campagne nationale mais désastreux sur le long terme de la diplomatie internationale que la place des Etats-Unis dans le monde retrouvera de sa splendeur.
先下手为强
Celui qui frappe le premier prend l’avantage.
11:35 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : campagne américaine, France, pays émergents, industrie, stratégie industrielle
28.01.2008
Chine 2020
Regarder au-delà des cinq prochaines années est un exercice difficile et périlleux, surtout lorsque les cycles économiques se raccourcissent et qu’on n’arrive très difficilement à calculer le PNB de manière précise un an après la fin de l’année considérée. Pourtant, il semblerait que, dans le cas de la Chine, ce virage 2020 soit un moment historique pour la région et au-delà. Voici quelques questions autant faciles à poser que difficiles à répondre.
La Chine sera-t-elle capable de relever l’immense défi environnemental après que ces vingt dernières années de croissance économique effrénée aient ouvert la boîte de Pandore ?
Sans doute la croissance chinoise se calmera pour arriver sur des taux plus raisonnables de 5 à 7 %, en allant plus loin, on pourrait même considérer que la Chine ne performe pas à la hauteur des tigres asiatiques voisins que sont Taiwan ou la Corée.
D’autre part, la Chine devra faire face à deux grands manques en terme de leadership : le politique et le business.
Ce modèle top down, hyper-hiérarchique, qui a fait le bonheur des entreprises manufacturières pourra t-il s’adapter à une économie plus tournée vers le service et montant en valeur ajoutée ? Le rôle du middle management deviendra de plus en plus prépondérant. Le modèle du LaoBan (patron) devra sans doute évoluer et connaissant la xénophilie des chinois, évoluer vers un modèle plus occidental qui devra sans doute se décliner en une version de management à la chinoise moderne avec, par exemple, plus de responsabilisation des échelons opérationnels des sociétés opérants sur ce marché afin de créer des solutions à des problématiques plus complexes.
Le politique, afin de continuer à assurer crédibilité et représentativité face aux contestations sociales de plus en plus visibles et un écart entre les riches et les pauvres de plus en plus insupportable. Viendra s’ajouter sur ces problèmes sociaux une pression démographique sans précédent, avec pour la première fois de l’histoire de nos sociétés modernes, une Chine qui vieillira avant de devenir riche. La guerre des talents continuera à faire rage et l’insoluble question des transferts de technologie ne viendra pas aider les multinationales installées en Chine à savoir se positionner sur ce marché en termes d’opération et de politique de ressources humaines.
Là où l’on dit « avant de devenir riche », il faut le comprendre par le fait qu’on ne peut raisonnablement penser que le PNB par habitant, aujourd’hui 10 fois inférieur à ceux de nos modèles occidentaux puisse atteindre, en si peu de temps autre chose que 50 à 60% des niveaux des pays industrialisés.
2020 un tournant pour le politique car il faudra que Pékin et Taipeh arrêtent de soutenir la politique : tiens, si on laissait à la Chine du futur et à Taiwan du futur le soin de résoudre nos différends. La république populaire de Chine veut voir Taiwan tomber sous sa coupe, comme un fruit mûr, sans combattre, à la SunZi et y arrivera sans doute, surtout si Taiwan commence à retrouver de ses valeurs dans la Chine des capitales modernes et rayonnantes sur l’Asie.
Enfin, pour les étrangers de Chine, qui auront mis si longtemps à gagner de l’argent dans ce pays, les explorateurs deviendront des intérieurs délivrant les bonnes pratiques pour réussir dans ce pays. Ils démontreront qu’il n’y a pas que Marco Polo capable de faire des affaires en Chine.
En 2020, j’aurai 35 ans.
16:25 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : chine, prospection, politique, business, management, stratégie
25.01.2008
Des signes qui ne trompent pas
Les idées audacieuses sont comme les pièces qu’on déplace sur un échiquier : on risque de les perdre mais elles peuvent être aussi l’amorce d’une stratégie gagnante.
Pékin est un des sujets de prédilection pour ne pas dire de préoccupation pour les maîtres du monde réunis à Davos, charmante station de ski nichée au cœur des Alpes. Parmi les sujets abordés, la hausse des salaires, qui intervient plus tôt que prévu dans le plan de développement économique du pays, l’obsessive question de la monnaie du peuple, le Yuan ou les récentes victoires du KMT à Taiwan.
A titre d’exemple, des tables rondes ont été animées sur les thèmes : Prévoir l’impact de la Chine sur les réserves mondiales, Les nouvelles multinationales asiatiques ou Que cela signifie d’être chinois ?
Même dans le domaine du design, la « coolitude » des créateurs pékinois étend son emprise sur le monde : Li Yongcun représente cette nouvelle vague ayant pour épicentre le centre de design de l’université de Tsinghua.
Pendant ce temps, à New York, Justin Lin, ancien officier de l’armée chinoise, véritable héros pour ce natif de Taiwan en République Populaire de Chine, un des premiers à obtenir un Phd aux Etats-Unis, succède à François Bourguignon comme chef économiste à la Banque Mondiale.
11:20 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : davos, économie, tendances
15.01.2008
Dragonomie
La pensée commune voudrait croire à une vision monolithique d’une Chine qui ne produit que des produits à faible valeur ajoutée à destination des pays riches, creusant de plus en plus les déficits commerciaux européens et américains. Encore en 2007, l’excédent commercial a augmenté de près de 50% pour atteindre un record à 262 milliards de dollars. Parmi ces ventes extérieures, le marché européen a augmenté de 29,2 % contre un timide 14% pour les Etats-Unis, l’Europe devient ainsi le premier partenaire commercial avec l’empire du milieu.
Une étude par le cabinet Dragonomics de Pékin nous prouve une fois de plus que les difficultés d’appréciation, les effets de loupe et la politique vient souvent polluer l’analyse rationnelle économique.
Il existe quatre drivers principaux dans la croissance d’un PNB : les exportations nettes, l’investissement, la consommation et le financement de l’Etat.
Selon les calculs actuels, la part des exportations dans la croissance du PNB atteignait l’horrifique, le gargantuesque chiffre de 40%. Ce qui laisse présager du pire en 2008 avec une économie américaine moribonde. Mais en s’y penchant plus près, on se rend compte que l’on compare des oranges avec des bananes puisque le PNB est calculé selon un agrégat de valeur ajoutée alors que les exportations sont suivies tout simplement par leur valeur brute globale.
Si l’on enlève la part des produits importés dans la fabrication des produits chinois, ce chiffre de 40% dégonfle à un niveau proche de 10%. Ainsi la Chine ne serait pas plus dépendante de ses exportations qu’un pays comme le Japon ou Taiwan. C’est une des raisons pour laquelle le dragon chinois a facilement absorbé le contrecoup de la période de récession vécu en 2001. Les chiffres de l’emploi viennent corroborer cette théorie puisque seulement 6% de la main d’œuvre chinoise travaille pour des produits destinés à l’export.
Ainsi, ces dernières années, même si les exportations ont augmenté considérablement de manière absolue, son impact dans la croissance du PNB est resté relativement stable car les produits sont plus high tech avec de nombreux composants venant de l’étranger.
Ceci dit, une des critiques que l’on pourrait porter à cette analyse serait que les investissements, qui comptent pour 40% de la croissance du PNB, soient liés à ces exportations. Mais Arthur Kroeber va plus loin dans l’enquête en notant que la plupart des investissements vont dans les infrastructures et l’immobilier et donc le risque de surcapacité, de surchauffe est amoindri.
La part des exports dans la croissance de l’économie américaine compte pour 30%, à comparer aux 11% chinois. Décidemment le donneur de leçons n’est pas celui que l’on croit.
18:20 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Economie, exportations, PNB, dépendance, macroéconomie, chine

