12.10.2008
Le plan C
Implosion des plus anciennes banques d'investissement américaines, volatilisation de plus d'un trillion de dollars de valeurs boursières en un seul jour, addition de 700 milliards de dollars pour les contribuables américains, la main invisible du marché et le dogme du laissez faire sont en fin de cycle.
Cette intelligence collective appelée économie de marché, sorte de golem, sans intention et sans but est capable de servir au mieux l’homme, mais aussi de tout détruire sur son passage.
Il va être très intéressant de suivre comment les autorités vont tenter de réguler à nouveau les marchés pour retrouver de la confiance et de tenter de maîtriser ce qui nous échappe. C’est la réponse à moyen terme attendue.
A court terme, l’action gouvernementale est primordiale, soit dans le rachat des actifs toxiques, soit dans les prises de participations dans les banques touchées et la garantie des dépôts bancaires. L’exemple historique de la Suède qui avait réussi son plan de reprise au début des années 90 faisant face à une crise immobilière puis financière nous offre un scénario optimiste. L’échec à la japonaise des années 90 nous promet une nouvelle décennie perdue à l’échelle globale. L’étendue du problème est différente mais le parallèle intéressant. Espérons que la crise ne s’étende pas à une crise des taux de change, ou à une déflation couplée à la récession qui s’est déjà installée.
Enfin à plus long terme, c’est la mondialisation qui prendra une autre tournure, les frontières entre l’état et le marché seront bouleversées dans d’autres domaines que celui de la haute finance. Déjà dans le secteur des commodités, les interventions publiques se sont multipliées ces derniers mois. Beaucoup de politiciens avaient alors dénoncé les effets néfastes de la spéculation des investisseurs.
L’America Inc est en train de perdre son aura économique et son influence intellectuelle. C’est la revanche des pays riche en capitaux, économes et exportateurs.
Wang Qishan, le vice premier ministre chinois a lancé lors d’un sommet récent à ses homologues américains : « maintenant, ce sont les professeurs qui ont des problèmes ».
L’enchaînement logique pour la Chine est une plus faible croissance des exportations aux Etats-Unis. Déjà en ralentissement cette année avec la crise du crédit, les entreprises auront de plus en plus de mal à trouver des sources de financement à moindre coût.
Seule bonne nouvelle pour les industriels et les consommateurs, les pressions inflationnistes sur le prix des commodités et du combustible seront allégées. Avec une demande globale en baisse, le baril sera échangé jusqu’à fin 2008 pour moins de 100$. Déjà cette année, la demande américaine en pétrole est en recul de 0,5%. Le prix des matières premières en baisse sera impactant sur le prix des denrées alimentaires et la Chine pourra bénéficier d’un répit sur le taux d’inflation grimpant ces derniers mois. Ainsi le gouvernement chinois aura plus de marge de manœuvre pour stimuler son économie, jouer sur les retombées positives des jeux olympiques et contrer les conséquences néfastes du credit crunch.
Les pressions sur une réévaluation du Yuan se feront plus pressantes, notamment à cause des taux d’intérêts directeurs de la FED qui sont durablement bas pour tenter d’injecter des liquidités sur le marché interbancaire.
Il est très difficile d’imaginer que la bourse de Shanghai peut raisonnablement performer mais si les manufacturiers chinois voient leurs niveaux de marges s’apprécier du à la baisse du coût des matières premières, la donne peut changer. Encore faut-il que les investisseurs soient réceptifs aux signaux de l’économie réelle et que le moteur de la demande intérieure chinoise soient plus fort que la baisse des exportations attendue.
Enfin, et surtout, d’immenses opportunités de rachat vont apparaître aux Etats-Unis, ne manquant pas d’alimenter le débat politique des prises de participations étrangères. Des opportunités inouïes sont en train d’être créées pour le fonds souverain chinois.
En suivant cette piste, on peut reprendre l’idée lancée dans le Financial Times d’aide historique des chinois à la seconde phase du plan Paulson. Selon certains experts, les 700Md$ ne sont pas suffisants pour sauver l’économie américaine. Les actifs toxiques sont considérablement plus élevés que ce que le plan prévoit de couvrir. Dans ce cas, et en complément de la valeur résiduelle de revente de ces mêmes actifs dans quelques années, d’autres canaux devront être activés pour faire face à cette crise sans précédent. Or qui possède le plus de réserve sous forme de bons du Trésor américain ? Ici entre la Chine et ses réserves de 1800Md$.
Si la Chine a acheté des bons du Trésor, c’est qu’elle a déjà aidé au financement de l’économie américaine. A crédit, indirectement et involontairement, la China a déjà financé, par la dette la croissance américaine ces dernières années. Cette fois, directement et volontairement, les autorités bancaires pourraient prêter sous certaines conditions ce montant aux américains.
Ce serait un événement historique d’une ampleur sans précédent, démontrant que la Chine prend toutes les responsabilités de sa place dans le monde, d’une économie qui n’est plus découplée aux économies occidentales, tout ceci à des conditions raisonnablement dosées.
09:12 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : chine, crise financière, credit crunch
30.09.2008
Vers une croissance durable
Les élites chinoises ont compris que pour réussir l’équilibre des contraires exprimé par la formule consacrée de société harmonieuse (和谐社会) au plan interne et la résolution de l’équation internationale résumée par le développement pacifique (和平发展) au plan externe, la Chine se devait de construire les fondamentaux d’une croissance plus durable.
En 2007, la Chine est passée au rang de premier pays émetteur de CO2 dans le monde, devant les Etats-Unis. L’Etat-parti chinois et les gouvernements locaux imposent des contraintes réglementaires changeantes dans le domaine de la protection de l’environnement, ce qui complique la tâche aux entrepreneurs qui doivent souvent sentir le sens contraire du vent afin d’anticiper, prioriser et enfin exécuter pour construire un avantage compétitif durable. Toutefois dans cet entrelacs de contraintes et d’objectifs souvent contradictoires, des entreprises et des initiatives extraordinaires ont émergées ces dernières années, surfant sur la mouvance verte. L’objectif est de prendre pied dans la société du 21ème siècle et de tirer profit de la nouvelle révolution verte, de la révolution ET pour Energy Technology après la révolution IT qui a vu émerger des géants globaux comme Lenovo mais qui a surtout souri aux voisins taiwanais et coréens. Le particularisme de l’empire du milieu réside aussi dans le fait que les chinois ne basent pas leur réussite économique sur la découverte d’une source d’énergie peu onéreuse comme le pétrole américain du début du 20ème siècle ou le gaz russe du début du 21ème. Le chinois ne creuse pas de puits, il creuse en lui-même.
L’ascension chinoise met donc sous tension le caractère soutenable de sa croissance et les priorités de ce pays en tant qu’il agit comme acteur global. Deux questions liées, puisque les défis environnementaux et sociaux vont absorber durablement l’attention des dirigeants et peser sur sa stratégie sécuritaire. C’est la raison pour laquelle ce papier met en musique trois cas d’entreprises qui font face au défi de la croissance soutenable : une entreprise d’Etat revitalisée qui doit intégrer dans son ADN corporate la notion de responsabilité, un acteur qui cherche à atteindre la taille critique pour sortir du pays et aller conquérir nos marchés occidentaux et une entreprise innovante à fort caractère entrepreneurial et à la performance boursière sans précédent.
Dans le secteur des transports et de l’énergie, la Chine, tout comme les autres pays, doit faire face aux trois problèmes sibyllins que sont la dépendance énergétique par rapport aux pays du Moyen Orient, la facture pétrolière qui devient trop lourde pour le gouvernement chinois, et la facture environnementale qui est estimée par la Banque Mondiale à 8 à 13% du PNB.
Une autre révolution verte
Il est devenu urgent d’agir, notamment dans le domaine des transports, qui représente près de 20% des émissions de CO2 du pays : les taxes ont augmenté sur l’achat de véhicules à grosses cylindrées, le prix à la pompe devient plus cher et les consciences de l’homme de la rue, surtout après les Jeux Olympiques, sont maintenant prêtes à accepter des politiques locales plus répressives sur l’usage du véhicule. Il reste néanmoins que la seule statistique du taux de motorisation des ménages laisse songeur : le marché chinois est durablement le plus attractif pour tous les constructeurs. Avec le mouvement d’urbanisation accéléré, la Chine doit devenir le plus large champ d’expérimentation de coordination entre régulateur, constructeurs locaux et internationaux et consommateurs pour construire un parc automobile durable.
C’est ce qu’a compris un constructeur local, BYD, qui sera un des acteurs principaux de l’augmentation des parts de marchés des OEMs locaux sur leur marché domestique. Un des immenses défis encore à relever pour BYD est le repositionnement nécessaire des constructeurs chinois qui devra se faire non seulement sur le pricing, mais aussi sur une image de marque de qualité.
BYD Auto fait partie des nouveaux entrants, vendant moins de 300 000 véhicules par an, qui se consacre à un seul objectif : atteindre une taille critique, financière comme de management afin d’arriver à vendre sur les marchés internationaux. La stratégie de ce constructeur est absolument passionnante puisque c’est une intégration horizontale qui a donné naissance à cet acteur présent à l’origine sur la fabrication de batteries pour téléphones portables et PC. Les batteries rechargeables Lithium Ion sont sans doute la solution d’avenir pour le véhicule électrifié, qu’il soit électrique ou hybride rechargeable. BYD possède en interne toutes les cartes pour construire un avantage compétitif durable et ainsi vendre des véhicules propres à ses concitoyens et au-delà.
BYD prévoit de vendre 800 000 véhicules en 2010, et devenir numéro un en Chine en 2015.
Bulle verte : le dragon rugit.
Dans le domaine de l’énergie, les investisseurs croient au scénario optimiste de 10% du mix énergétique d’ici 2030 provenant de l’énergie la plus démocratique qu’il soit : le solaire. Les golden boy sont atteints du syndrome icarien et croient en la toute puissance du photovoltaïque. Sans doute croient-ils surtout à des taux de croissance absolument époustouflants, aussi bien dans la production, le chiffre d’affaire ou les marges générées. C’est ainsi qu’une entreprise chinois surperforme depuis de nombreuses d’années avec une valeur boursière presque 100 fois plus élevée que le chiffre d’affaire de l’entreprise : Suntech.
Pourtant, ce type d’industrie, malgré son caractère intense technologiquement, est à la fois stratégiquement exposée à des importations de silicium qu’il faut sécuriser mais est aussi largement dépendante des exportations. A la même enseigne donc que la majorité du tissu industriel chinois.
L’avenir est peut-être à l’Ouest…de la Chine pour les entreprises comme Suntech. En effet le boom du photovoltaïque a démarré avec le plan étatique d’électrification des villages et régions isolées de l’ouest chinois en 2002. Or les premières batteries utilisées pour stocker l’énergie produite hors réseau installées dans ces régions reculées ont une durée de vie limitée et doivent être remplacées. La prochaine étape pour le programme gouvernemental est de mettre en place des compagnies locales énergéticiennes qui pourraient exploiter les nouvelles cellules solaires et les microcentrales hydroélectriques.
“Being good in business is the most fascinating kind of art” disait Andy Wharol et il faudra en effet un véritable artiste pour contrer les soixante entrants chinois dans ce secteur et mitiger le risque des approvisionnement en matières premières qui ne suivent plus la demande ou le risque des débouchés qui sont pour plus de la moitié dépendant de la politique énergétique étrangère. Un vrai challenge pour le magicien Docteur Shi, à l’origine de cette success story. Comme de nombreux acteurs de l’économie chinoise, la solution pour la survie des marges pour un acteur comme Suntech est donc de chercher à créer des opportunités dans son propre pays et de se tourner vers le marché intérieur.
Enfin, après les cas de réussites dans l’automobile propre et le solaire photovoltaïque, la notion de responsabilité sociale et d’éthique constituent aussi un aspect du développement durable à ne pas laisser sur le bord du chemin. Le développement d’un pays ne se mesure pas seulement à l’aune du digit, il se mesure aussi dans l’élan de ces dernières années pour une relation respectueuse entre stakeholders. L’engouement pour le développement durable fait entrer l’entreprise dans le débat sociétal, ceci à l’échelle globale.
Confucianisme et croissance
Un contre-exemple vient illustrer ces propos sur les bonnes pratiques en terme de Corporate Social Responsability : le cas Petrochina. Il y un an, tous les flux financiers ont été attirés par l’IPO de plus de 440 milliards de dollars de PetroChina à Shanghai. La compagnie pétrolière chinoise est devenue la deuxième capitalisation boursière du monde, devant General Electric.
Berkshire Hathaway, la société rachetée par le magnat américain Warren Buffet était alors à l’époque le principal actionnaire étranger de Petrochina. Warren Buffet s’est depuis désinvesti de ce titre encombrant sur fond de campagne pour sauver le Darfour. Geng Chen, le CEO de Petrochina fut accusé parmi d’autres par les rebelles soudanais de fournir en armes le gouvernement de Khartoum et Buffet a suivi les recommandations des investisseurs en sortant du capital du géant chinois. Le sentiment anti-chinois est monté dans la région, des ouvriers ont été tués. Peut-on vraiment reprocher à la Chine de vouloir satisfaire une demande en énergie qui est passé de 3,4 % de la demande mondiale début des années 90 à plus de 8,6% aujourd’hui ? Le faire au Soudan, sûrement. Le faire en Afrique, sûrement pas.
Il y a quelque chose de presque « babelien », pour reprendre la trame du film d’Alejandro Gonzalez, de penser que les actes d’une poignée de rebelles dans la région du Soudan ont eu des répercussions extraordinaires sur le comité du directoire de Berkshire et sur la place boursière de Shanghai.
Tugud, le rebelle soudanais, Warren, l’investisseur mythique de Wall Street, Geng, le PDG de Pétrochina, voici la vision des stakeholders telle que la nouvelle entreprise chinoise globale devra la comprendre. Certes, on aurait pu développer de nombreux exemples de réussite en matière de CSR, comme le groupe ENN, mais le cas du géant pétrolier, sur cet épisode, démontre bien la portée globale des choix tactiques court-termistes qui n’ont pas de perspectives stratégiques positives
.
Afin de réussir à construire le modèle de compétition-collaboration qui sera la seule voie possible pour un développement économique durable, la responsabilité sociale des entreprises chinoises est à réinventer, sans doute à aligner avec un héritage historique de confucianisme millénaire qui prône le concept de JunZi 君子, de l’honnête homme.
09:49 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : stratégie, chine, energie, environnement, ethique
31.08.2008
7 ans de nouveau capitalisme
En 2001, la Chine accédait à l’Organisation Mondiale du Commerce, les Etats Unis subissait les attentats du 11 Septembre et le monde apprenait que les jeux olympiques allaient se tenir à Pékin. Depuis 7 ans le centre de gravité du monde s'est déplacé et beaucoup de parents anxieux réalisent que leurs enfants doivent ou devront commencer à apprendre le mandarin.
La réussite de ces jeux olympiques est le résultat de deux facteurs : économique et politique. La réussite de la mise en place, de la construction des infrastructures et de la coordination des investissements de l’ordre de 43 milliards de dollars, résultat du plus important transfert de richesse de l’histoire moderne économique mais aussi la réussite du leadership de Pékin de mettre au diapason tout un peuple derrière une cause commune.
Un leadership top down qui a su faire de l’autodiscipline sa marque de fabrique, qui proclame un message durable et essaime par le plus de canaux possibles sa vision du futur pour son pays, un leader qui sait inspirer confiance à ses compatriotes.

Toutefois, la réussite chinoise ne sera pas seulement drivée par la toute puissance du gouvernement central de Pékin, mais aussi par la deuxième forme du capitalisme chinois : le pouvoir des gouvernements régionaux, du Jiangsu au Zhejiang en passant par Chongqing qui font que des modèles initiateurs de démocraties bourgeonnent ici et là, en bottom-up, et que la Chine centralisée a fait place beaucoup plus à l’initiative locale. C’est aussi par ce mouvement venu des bases de la société chinoise que pourra se construire une économie plus tournée vers les nouvelles créations de valeurs vertes et durables, avec l’éveil des consciences du chinois de la rue à ces thématiques.
Reste bien sûr le cas épineux du Tibet, 27% du territoire auquel il faut rajouter les ouighours du Xinjiang, sur lequel la Chine devra lâcher du lest pour gagner en respectabilité internationale. L’optimisme volontariste doit être de mise car la Chine veut jouer un rôle géopolitique fort dans la sphère diplomatique comme en témoigne le rôle de Pékin sur le dossier nord coréen.
2008 aura donc été la culmination de ces 7 ans de dur labeur, de bon usage du montant des investissements, de mobilisation nationale, qui fait contraste avec le projet américain de ces 7 dernières années. Les chinois préparent le 21ème siècle, le siècle du Pacifique alors que les américains essayent de se protéger contre Al Qaeda ou des ennemis qu’ils se créent.
Cette pensée ne peut pas être seulement nourrie par la seule photo instantanée de ces deux semaines, mais par les trajectoires inverses que prennent les deux puissances, symbolisées par les nouvelles infrastructures pékinoises ou shanghaiennes qui contrastent avec les plus grands investissements américains ces dernières années : de nouveaux drones, de nouveaux outils de guerre, la guerre des étoiles pour de si modestes résultats en Afghanistan et en Iraq.
La différence est que les Etats Unis ont été attaqués en 2001, la Chine non. La différence réside aussi dans le fait que les chinois ne basent pas leur réussite économique dans la découverte d’une source d’énergie peu onéreuse comme le pétrole américain du début du 20ème siècle ou le gaz russe du début du 21ème . Le chinois ne creuse pas de puits, il creuse en lui-même.
Devra t-on aller en Chine pour voir ce à quoi ressemble le futur ? Le jour où le PNB par habitant aura atteint quelques 15 000-18 000$ par habitant, où 80% des exportations des industries high tech ne sera plus effectuées par des entreprises étrangères installées en Chine, et où les dirigeants auront compris le concept bouddhiste de Bonheur National Brut.
18:50 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, économie, stratégie
20.07.2008
Sur la compétitivité chinoise
On a récemment attiré mon attention sur le niveau de compétitivité de la Chine suite à des articles de presse faisant état d’une baisse de l’attractivité des manufacturiers pour l’empire du milieu due aux pressions inflationnistes et à la hausse des coûts de main d’œuvre.
Tout d’abord, les coûts de main d’œuvre en Chine sont encore loin de ceux observés dans les autres pays-dragons du sud-est asiatique, et on ne parle même pas de ceux pratiqués en Europe occidentale ou aux Etats-Unis. Même dans les trois plus grandes villes chinoises, le salaire moyen est encore 7 fois inférieur au salaire moyen coréen pour prendre un exemple comparable.
D’autre part, la seconde raison pour laquelle les prix sont bas en Chine, à savoir l’intense compétition intérieure est toujours aussi féroce, avec de nouveaux entrants qui viennent défier les acteurs existants dans des industries majoritairement fragmentées.
Il est vrai pourtant que l’inflation a atteint des records ces derniers temps et que le RMB s’est apprécié de manière substantielle depuis le début de l’année. Mais la hausse du coût des matières premières affectent toutes les économies, et donc ne vient pas contrecarrer la compétitivité chinoise. De plus les salaires augmentent mais la hausse de la productivité est concomitante, avec par exemple, l’implémentation des bonnes pratiques de lean manufacturing ou le management au plus près des fournisseurs chinois après les épisodes Mattel.
Enfin un Yuan fort veut dire que les chinois achètent leurs matières premières, pétrole ou matières issues du pétrole à moindre frais. Ceci venant contrebalancer les effets néfastes sur la compétitivité des produits destinés à l’exportation. C’est aussi un signe fort que le pays veut se tourner vers sa consommation intérieure.
Malgré une appréciation du RMB de 20%, les exportations vers les Etats-Unis ont augmentées depuis mi-2005.
De manière plus générale, les données purement économiques ne sont pas les seules raisons pour lesquelles les compagnies se sont installées en Chine et vont y rester. A ceux qui vous diront que le Vietnam ou la Malaisie est la nouvelle Chine, il faut rappeler que la population du Vietnam représente 7% de celle de la Chine et qu’il faut atteindre un certain degré de sophistication pour pouvoir outsourcer dans un secteur comme celui de l’automobile par exemple. La Chine a appris de ces joint-ventures et a réussi à développer des infrastructures qui rendent l’environnement business extrêmement porteur.

Attention toutefois à toujours garder un œil sur le management des contrats avec les partenaires chinois qui doivent faire face à ces pressions économiques externes. La culture du ChengBao承包 (terme pour contracter une mission, un ordre, une série d’articles à produire) est répandue, et la sous-traitance vous fera perdre de vue le véritable producteur final de vos produits.
A ce sujet, l’anecdote parfois met la lumière sur des pratiques que certains qualifieront de culturelles.
Parfois, en louant une voiture avec chauffeur en Chine, vous vous mettez d’accord sur un prix de 400 RMB à demander au conducteur, et c’est à ce moment qu’il se passe une chose étrange qui vous emmène d’un taxi à un autre alors que le premier conducteur demande au second de vous conduire pour 300.
Pour la production, c’est la même chose et donc la pratique de la transaction doit être monitorée d’aussi près que le clauses de contrat sur les taux de change ou sur le prix des matières première de base. Il arrive que la macro et la micro-économie fassent bon ménage.
09:15 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, chine, compétitivité, coût de main d'oeuvre, monnaie
14.07.2008
Investir dans la majorité
Les innovations dans les technologies de l’information et des communications ne sont pas seulement destinées aux early-adopters, férus de haute technologie, adeptes de la dernière trouvaille géniale de Steve Jobs et recherchant la dernière façon de personnaliser son portable.
La technologie peut aussi améliorer la vie de dizaines de millions de personnes qui sont bien loin des considérations des dix millions de personnes qui achèteront le nouvel iphone 3G d’ici la fin de l’année.
Car l’usage du mobile peut rendre les activités de la microfinance plus rapides, impliquant moins d’acteurs avec moins d’étapes et donc à moindre frais. Ainsi les banques rurales peuvent consacrer plus de temps à développer de nouveaux produits et services, explorant la base client et lançant de nouvelles propositions de valeur.
C’est en 2004 qu’un opérateur téléphonique aux Philippines lança son service G-cash permettant à travers une technologie basée sur le SMS de proposer des services financiers basiques au plus grand nombre, dans des régions où le réseau d’agences bancaires ou de distributeurs de billet fait cruellement défaut. Un envoi de SMS avec le numéro du destinataire, un code et le montant d’argent à transférer, et la transaction est faite. Soit en passant par de l’e-money, sorte de monnaie virtuelle que peut manager un opérateur téléphonique, soit en transférant de l’argent réel lorsque les banques sont dans la boucle.
La monnaie électronique, selon la définition du Comité de Bâle, est « une valeur stockée ou un produit prépayé pour lesquels un enregistrement de la valeur ou des fonds accessibles au client à des fins diverses est conservé sur un appareil électronique en possession du client »
De la même manière, en Afrique du Sud, au Kenya, au Brésil et en Inde, de tels services sont disponibles et proposent transferts d’argents, crédit à la consommation, relevés de compte, achats, paiements de factures, prêts de petits montants, etc. Bref le minimum du service bancaire.
Avec 750 millions de personnes vivants encore à la campagne et 530 distributeurs de cash par millions de personnes à comparer à plus de 10 000 pour les Etats-Unis, la Chine est sans aucun doute un marché idéal pour cette nouvelle forme de service financier. Alors que l’installation de nouveaux ATM coûte cher et prend du temps, cette solution de passage par le tuyau China Telecom (le leader incontestable de la télécommunication en Chine) semble être judicieuse.
La Corée et le Japon ont déjà développé des solutions pour le paiement par mobile avec une puce élaborée et la technologie NFC de transmission de données sans contact, on peut d’ores et déjà utiliser son portable comme une carte de crédit, un pass pour les transports, un billet d’avion ou une place de théâtre tout en se servant d’une boisson au distributeur du coin ou s’acheter son snack préféré au 7-11.
Mais mettre en place le réseau de terminaux de paiement électronique est là encore trop onéreux donc la technologie basée sur le SMS est la plus facile et évite d’éduquer encore une fois le consommateur à une nouvelle technologie disruptive. Une façon aussi de fidéliser sa clientèle pour une banque, de diversifier ses activités pour un opérateur de télécommunication ou d’accroître sa base client.
En faisant travailler ensemble opérateurs téléphoniques, régulateurs, banquiers et marchands, la Chine peut accroître la part des transferts d’argent des populations rurales et faire que l’ouvrier venus de l’ouest chinois et travaillant sur les chantiers de Pékin puissent transférer en toute quiétude la moitié de son salaire à sa famille à Lanzhou.
Dans le monde, 3 milliards d’être humains possèdent un mobile. Seulement 1 milliard possèdent un compte bancaire.
18:40 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : microfinance, services financiers, mobile payment, mobile banking
22.06.2008
Bulle Verte
Un pays qui commence à moins se reposer sur ces ressources pétrolières, se réveille et commence à se diversifier.
Il se diversifie dans le tourisme, secteur où une quelconque xénophobie n’a pas sa place; dans les services financiers, ce qui entraîne l’émergence de la culture de la transparence ; dans l’éducation et les médias enfin, ce qui requiert l’accès à l’information pour tous.
Un pays qui commence à ne plus recevoir de pétrole, commence à collaborer.
C’est sans doute la réponse la plus adaptée, certes non satisfaisante sur le court terme, aux routes et aux ports européens bloqués. Puisque pour la première fois de l’histoire moderne, le développement économique se fera sous contraintes, il faudra donc collaborer dans un monde où les Etats ne sont pas en compétition les uns avec les autres mais où les multinationales le sont. La collaboration sera nécessaire pour savoir utiliser au plus juste les quatre éléments fondamentaux du 21ème siècle : l’atome, l’eau et le remplacement inéluctable du pétrole par la source d’énergie la plus démocratique qu’il soit, le soleil.
C’est ainsi que l’on pourra sortir des conflits jumeaux de la dépendance des pays acheteurs de pétrole envers une poignée de pays instables et parfois hostiles couplée au défi que pose la pollution générée par l’addiction au pétrole.
C’est ainsi que la 5ème révolution industrielle a déjà commencé pour certains, pour ceux qui embaucheront les « green collars » de demain.
Les quatre révolutions industrielles nous ont apporté successivement la vapeur, l’industrialisation, le train et les journaux puis l’électricité, les lignes d’assemblage, les voitures et la radio; la troisième les nouveaux matériaux, les avions, la supply chain et la télévision et cette dernière décennie l’informatique, le village global, la logistique mondialisée et l’internet.
Que nous apportera la cinquième révolution ? Sans doute le bouleversement disruptif de deux secteurs qui pèsent chacun plus de mille milliards de dollars chacun : le secteur des transports et celui de l’énergie. Le choc aura au moins la même résonance que celui qu’a eu Internet dans nos vies quotidiennes. La bulle verte ne fait que commencer.
A 140 dollars le baril, le seuil de douleur est déjà atteint pour le secteur de l’aéronautique. Nous savons déjà que le paysage concurrentiel des compagnies aériennes sera totalement bouleversé d’ici 5 ans. Les cycles se raccourcissent et seuls les meilleurs dans la modération énergétique survivront.
En fin de cette semaine, la Chine a annoncé une augmentation du prix de l’essence de 17%. C’est le début de la fin du soutien des gouvernements des pays en émergence à l’achat de combustibles fossiles.
Dans le domaine de l’automobile, puisque les biofuels de première génération sont éthiquement inacceptables lorsqu’ils sont en compétition avec les cultures destinées à nourrir les populations, puisque l’hydrogène n’est pas encore au point car trop onéreux et ne résout pas le problème du stockage d’énergie, la solution à moyen terme est l’électrique. En écrivant un peu de science fiction julesvernique, on imagine d’ores et déjà des voitures hybrides à dominante électrique ou tout électrique qui peuvent se connecter au réseau local. C’est ici, dans votre garage ou sur la voirie du Paris de 2012 que deux mondes se connecteront.
Ce sera tout d’abord une réinvention technique, une voiture électrique avec une réserve d’énergie sous le capot permet par exemple de résoudre le problème du stockage des énergies intermittentes. Ce qui est intéressant avec les énergies renouvelables type solaire et éolien est le fait qu’elles peuvent se concevoir à petite comme à très grande échelle. La maison de demain aura sans doute un bilan énergétique proche de la neutralité suivant la localisation géographique, voire un bilan énergétique positif, c'est-à-dire qu’elle saura produire de l’énergie de façon autonome grâce à des panneaux solaires ou des mini éoliennes, soutenues par la géothermie, une meilleure isolation et d’autres solutions ayant un impact économique et écologique positif. Or, le problème avec les énergies renouvelables est leur caractère intermittent, qui est ici résolu par l’utilisation de solution de stockage d’énergie.
Si le réseau électrique veut devenir intelligent, il lui faudra un cerveau, un nouvel opérateur qui devra voir le jour, l’ERGO pour Energy Recharge Grid Operator et saura faire l’adéquation charge-capacité, réduire les pertes sur le réseau, savoir répondre aux pics de charge, résoudre les black-out californien, savoir comment utiliser l’énergie nocturne des centrales nucléaires françaises, etc.
Une fois l’infrastructure mise en place, les économies d’échelles suivront, la nouvelle loi de Moore ne mesurera plus la croissance des capacités de calculs des microprocesseurs mais la croissance de densité énergétique et la baisse des prix au KWh des moyens de stockage d’énergie. On vendra l’électron comme l’on vend le paquet d’information.
La nouvelle stratégie ne délimitera plus les cultures entre le monde de l’énergie/utilité et celui de la voiture/commodité. Pour rendre l’offre attractive et proposer de la valeur tangible au consommateur, on vendra demain des voitures comme l’on vend aujourd’hui des portables en chargeant un abonnement pour posséder un véhicule mais aussi pour avoir l’accès à l’infrastructure de charge. On ne pourra pas recharger son véhicule quand l’on veut, à part lorsque l’on voudra bien payer un peu plus que le tarif habituel, mais c’est bien l’opérateur ERGO qui arbitrera les recharges, de façon bidirectionnelle.
Pour retourner au stade géopolitique et à la tectonique des plaques géostratégiques, il faudra une Chine forte et courageuse pour entrer de plein pied dans la nouvelle économie de l’électron. La production d’électricité devra être générée par des moyens carbonement neutres. Quel rythme voudront bien adopter le géant asiatique, lui qui est passé directement dans le monde des télécommunication au cellulaire en sautant pratiquement l’étape téléphone fixe ? La force de la capacité de production chinoise sera un élément essentiel, poussée par le dirigisme de son économie et la pression de plus en plus insupportable sur l’économie et la santé de sa population de la pollution des méga-cités chinoises.
Les forces de lobbying devront être contrées par ce développement économique, forcément sous contraintes.
08:40 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : stratégie, chine, energie, économie, bulle verte
27.04.2008
Yes We Neng
Xunzi est un penseur, philosophe du temps des royaumes combattants, ayant vécu 300 ans avant notre ère, confucianiste par éducation mais qui prit le contre pied de son maître en écrivant le chapitre 性恶 (xing e) , « la nature humaine est détestable ». Dans cette partie, très argumentée, à l’image de toute son oeuvre, il présente l’homme comme étant naturellement mauvais.
Tout le monde détient le 可 (Ke), le pouvoir de devenir l’homme sage tel l’exemplaire Yu, mais peu de personnes détiennent le 能 (Neng), la capacité à atteindre l’état d’homme respectable aux deux vertus les plus importantes : le 仁(ren) et le 義 (yi), la bienveillance et la probité.
Près de 1900 ans avant Hobbes, Xunzi invente le concept d’homme loup pour l’homme.
Allant plus loin dans l’analyse, Xunzi, cette fois ci dans la lignée des aphorismes de Confucius, développe l’idée de l’environnement de l’humain, facteur le plus important du développement de l’individu. Un homme deviendra mauvais à côtoyer des gens de petites vertus, telle est la triste vérité. Et ainsi, Xunzi invente le concept de terreau social, bien avant Durkheim pourrait-on dire.
Enfin, Xunzi met bien l’accent sur la capacité du 能, le sinogramme du pouvoir, de la volonté, qui prend toute son épaisseur sémantique à cette époque, 2300 ans avant le Yes We Can d’Obama.
Le sens de la volonté et de la coopération n’a jamais été aussi important pour des peuples occidentaux et chinois qui doivent se comprendre pour faire face aux challenges du 21ème siècle et travaillez ensemble. Prenez le grand bond en avant pour construire l’économie moins carbonée de demain : c’est en opérant des transferts de technologie et en investissant dans les projets clés liés à l’économie d’énergie que le développement des industries vertes pourra se concrétiser.
Les plus belles technologies de piégeage de carbone ne pourront pas atteindre leur seuil d’efficacité si les chinois ne peuvent pas en profiter. De l’autre côté, les zones économiques spéciales, sorte de terrain expérimental et principe qui a fait ses preuves en Chine trouveront de nouveaux défis à relever avec l’instauration des zones Low Carbon pour améliorer l’efficacité énergétique des process de production.
Sur ce sujet en particulier, la Chine a encore beaucoup à apprendre, surtout lorsque l’on voit que la courbe d’intensité énergétique (Wh pour produire de la valeur ajoutée) n’est pas bien orientée : c’est ici que les européens trouveront en Chine un important marché et des projets gigantesques pour changer l’orientation de la courbe. C’est tout le sens du Neng, du vouloir, vivre ensemble, travaillez ensemble.
Alors Xunzi pourra t-il alors faire son entrée dans les programmes de philosophie des petits français ?
21:10 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : coopération, chine, occident, neng, xunzi, philosophie, stratégie
09.03.2008
Lorsque les pays ne sont plus émergents
L’expression « pays émergent » a été inventé par un économiste lors d’une conférence en Thailande en 1981 afin d’encourager les investisseurs à s’intéresser à ces pays que l’on ostracisait en les reléguant dans les sables mouvants du tiers monde.
27 ans plus tard, certains pays ne peuvent plus être désignés par cette appellation : Singapour, Taiwan et la Corée du Sud. Comment ces pays ont su attirer les investisseurs et construire des champions nationaux et pas leurs pays voisins ? L’histoire appelle à la prudence. L’Argentine était un des pays les plus riches au début du 20ème siècle, puis, après des décennies de déclin péroniste, elle était redevenue la star des années 90 jusqu’à la crise financière de 2001. De la même manière, le Liban était appelé la Suisse du Moyen Orient avant de s’enfoncer dans la guerre civile.
Peut-être que la meilleure manière de définir un pays élevé au rang de pays dit développé et donc sorti des sigles BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) ou N11 (Next Eleven pour le Bangladesh, l’Egypte, l’Indonésie, la Corée, le Mexique, le Nigéria, le Pakistan, les Philippines, la Turquie et le Vietnam) est le comportement des investisseurs à l’arrivée dans un de ces pays. L’exemple plus qu’anecdotique raconte que l’homme d’affaire aura totalement confiance dans la mise en place d’un contrat à Singapour mais qu’on ne peut dire encore que ce soit le cas en Inde ou en Chine.
Dans un livre récent, «les parrains asiatiques », Joe Studwell nous livre des éléments de réponse à la question que l’on peut légitimement se poser à la vue de la dernière étude du BCG sur les 100 compagnies les plus prometteuses venues des marchés émergents. Pourquoi seulement 5 d’entre elles seulement trouvaient leurs origines en Asie du Sud Est alors que 20 indiennes, 13 brésiliennes et 42 chinoises font partie des ces nouveaux challengers globaux ?
Pour être comptabilisée comme étant de référence mondiale, une entreprise ne doit pas seulement être bien dirigée et assez large, elle doit profiter d’une marque de valeur, de sa propre technologie de pointe et de méthodes de business innovatrices et reconnue comme tel. Studwell décrit les leaders dans ces régions comme des entreprises tentaculaires mais dépassée, de grands conglomérats sans cohérence dirigées par des managers patriarcaux et dont la seule compétence est de vivre sur les rentes d’un copinage avec les gouvernements locaux. Elles sont capables de faire de bons deals, mais pas de conduire un plan stratégique et lorsqu’elles ont besoin d’une technologie, elles l’achètent à l’étranger.
De plus, la région a ses propres handicaps, les 10 membres de l’ASEAN essayant de construire une zone économique à l’européenne n’ont que trop de mal à former des espaces d’expressions cohérents pour les entreprises. Encore aujourd’hui, il se fait plus de commerce avec l’extérieur de cette zone d’échange, en théorie libre, qu’à l’intérieur de celle-ci.

Comment alors comprendre les miracles singapouriens, coréens et taiwanais ? Comment surpasser les problèmes de corruption, les différences culturelles même à l’intérieur de pays fragmente type Indonésie pour profiter de l’étonnante richesse de cette région ? Profiter de l’incroyable culture d’hospitalité et d’un tourisme de proximité, surtout lorsque les voisins s’enrichissent sont quelques unes des opportunités de cette région, afin de construire une nouvelle Méditerranée ou de nouvelles Caraïbes de l’Asie.
20:40 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie globale, stratégie
05.03.2008
Soigner le dragon chinois
Parmi les grands défis que la Chine de demain devra relever, il en est un particulièrement sensible et complexe, celui du système de santé et de protection sociale. Ce n’est pas seulement la santé et le bien-être de 1,3 milliards de personnes qui est en jeu car l’impact de ce dossier aura des répercutions bien au-delà des frontières chinoises. Déjà, l’épisode du Sars et le combat contre le Sida sont d’une portée autre que le simple sujet national.
En 2003, la crise du Sars a causé d’importantes pertes sèches : plus de 300 milliards de yuans ponctionnés à l’économie chinoise et indirectement aux entreprises étrangères qui ont vu leurs supply chain fortement perturbées. C’est aussi le moment où le gouvernement central a pu peser de tout son poids pour mettre en place de façon relativement rapide pour un territoire aussi vaste des systèmes de contrôle drastiques, plus d’hôpitaux traitant les maladies infectieuses, plus de campagnes de sensibilisation à destination du grand public. Bien sûr, les étrangers ont participé à ces efforts d’investissement dans les services de santé chinois puisque les importations d’équipements médicaux atteignent des sommets à plus de 2 milliards d’euros par an.
De façon assez admirable et curieuse, le ministère de la santé a très rapidement avoué les faiblesses d’un système largement corrompu, au service très peu fiable avec des coûts très élevés pour très peu de qualité à proposer au contribuable chinois. La stratégie adoptée comme dans beaucoup de secteurs est celle de l’investissement massif, venu de l’étranger essentiellement. Comment soutenir des initiatives privées à l’intérieur d’un système qui se revendique socialo-communiste ? L’équilibre est difficile à trouver entre les responsabilités étatiques et les mécanismes de marché. Ainsi, l’hôpital de Suzhou a délégué de manière complète le management de son hôpital tout en conservant la propriété publique. Dans la seule région du ZheJiang, c’est déjà 60 millions de dollars qui ont été attirés par une région riche et manquant cruellement de cliniques privées. C’est alors que le mécanisme de marché fonctionne complètement, peu importe la couleur du chat comme disait le camarade Deng, pourvu que les hôpitaux voyant cette concurrence arriver, ont dû monter en qualité de service et en efficacité pour attirer les chinois qui recherchent des soins à standards internationaux.
13 000 hôpitaux recouvrent le territoire chinois dont seulement 8% sont privés, traitant 3% des patients chinois.
Lorsque l’on pense que de nouvelles maladies, des maladies de pays riches, s’invitent dans ce pays émergent, comme le diabète, le cancer du sein ou les maladies cardiovasculaires, on comprend mieux pourquoi le marché pharmaceutique est en train d’exploser de 15 à plus de 40 milliards de dollars entre 2006 et 2012.
Autres chiffres significatifs, qui donnent à entrevoir l’immensité du problème : seulement 12 médicaments atteignent des chiffres d’affaire de plus de 50 millions de dollars en 2007 et plus de 80% des traitements n’atteignent pas les 10 millions de dollars de revenus. Marché incroyablement fragmenté, qui n’exploite pas les effets d’échelles du pays.
23:25 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, santé, protection sociale, assurance maladie
10.02.2008
Celui qui frappe le premier...
Monsieur Romney, candidat malheureux à l’investiture républicaine ne veut pas voir les Etats-Unis devenir la France du 21ème siècle, une autre grande nation mais plus une nation leader. Sommes nous donc définitivement à la traîne dans la course économique mondiale puisque c'est à cette aune que se porte le jugement sévère du candidat sur la France ?
Prenons par exemple le secteur de l’acier qui se livre une bataille féroce au plus haut niveau avec une offre de rachat par BHP Billiton sur Rio Tinto de 147,5 milliards de dollars, soit le PNB d’un pays comme le Maroc, offre qui intervient après l’opération du chinois Chinalco et de l’américain Alcoa qui ont pris ensemble une participation de 12% de la compagnie pour quelques 14 milliards de dollars. Pendant ce temps, en France, le débat se porte sur l’usine de Grandange qui déclare 36 millions d'euros de pertes en 2007 (3,6% de son chiffre d'affaire), 20 millions en 2006.
Que faire lorsqu’un président va au secours d’une usine autant symbolique que désespérément condamnée alors qu’il délaisse le dossier du différend entre Aréva et Alstom ? Que faire lorsque les politiques ne trouvent pas d’autres solutions au dossier Société Générale que de préconiser que l’Etat rachète des actions ? Que faire lorsque le gouvernement annonce ouvertement que les fonds souverains sont menaçants pour l’économie française ? Sommes nous condamnés à la "protectionnite" ? Plus jamais leader sur les marchés mondiaux ?
Le monde a changé, les acteurs se sont diversifiés, les indiens rachèteront encore de l’appareil industriel européen, les fonds venus des pays exportateurs prendront des participations avisées dans nos fleurons financiers et bancaires et la réponse à ce mouvement global n’est pas de mettre en place un appareil protectif mais au contraire de s’ouvrir pour entrer dans la compétition mondiale.
39 milliards, c’est le déficit commercial français avec l’extérieur cette année. "Il est symptomatique de constater que 1% des quelque 100.000 entreprises exportatrices concentrent 70% de la valeur de la valeur de nos exportations", a relevé M. Novelli.
En effet, les parts de marché du pays sur les exportations ont chuté de 16% ces dernières années, le double du taux des Etats-Unis et le triple de celui de l’Allemagne.
Pourtant la France a des atouts pour réussir dans les pays en émergence, notamment dans l’industrie, qui représente encore près de 25% de la valeur ajoutée du pays. L’industrie qui innove et à haute valeur technologique : l’aéronautique, les semi conducteurs et l’énergie nucléaire, l’industrie à forte tradition de marques : la haute couture, les cosmétiques et autres produits de luxe, et enfin d’autres secteurs : la chimie et la génération d’électricité qui bénéficient de la masse critique du marché européen. Ces trois segments constituent 42% des emplois en France et qui seront autant de moyens pour se battre pour l’emploi.
D’autres secteurs comme l’automobile et les télécommunications font face à un défi plus grand avec une compétition internationale sur la qualité, l’innovation et le coût plus intense. Les secteurs des biens de consommations électriques sont ainsi exposés à cette compétition venue des économies en développement. Ainsi, dans ces secteurs, les français ont perdu en 13 ans 360 000 emplois et la productivité a stagné.
Une véritable politique industrielle serait donc de favoriser l’émergence de PME assez importantes pour pouvoir se battre à l’international, de mettre le focus sur les secteurs qui ont de l’avenir et entrer dans l’ère de la transition d’une économie dont la majorité des emplois sont nourris par des industries à forte valeur ajoutée.
Monsieur Romney, qui a eu la bonne idée de se retirer de la course a annoncé d’autre part que "les chinois volaient les technologies américaines et qu’il fallait renforcer les lois protectrices de la propriété intellectuelle" lors de sa campagne.
Pour qu’une nation soit leader dans le monde, il faut qu’elle soit respectée de ses alliés et partenaires. Ce n’est pas en prononçant des discours bénéfiques sur le court terme de la campagne nationale mais désastreux sur le long terme de la diplomatie internationale que la place des Etats-Unis dans le monde retrouvera de sa splendeur.
先下手为强
Celui qui frappe le premier prend l’avantage.
11:35 Publié dans Vie Economique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : campagne américaine, France, pays émergents, industrie, stratégie industrielle

